Les premières Serras…découverte de la « Mata atlanticà »
Les premières Serras…découverte de la « Mata atlanticà »

Les premières Serras…découverte de la « Mata atlanticà »

Suivant les conseils du gérant du camping de Cassino (une jolie plage au sud de Porto Alegre), nous nous rendons à Praia Grande, dans le Parc national de Serra Geral. C’est une ville touristique qui accueille principalement pendant l’été (décembre, janvier, février) de nombreux Brésiliens, mais aussi des Uruguayens et des Argentins qui recherchent des lieux en pleine nature et des vues époustouflantes.

La géographie des lieux est très particulière: de hauts plateaux s’érigent au sommet de falaises escarpées, découpées par des rivières et torrents, formant des canyons de 700 mètres de haut! L’eau coule à flots, évacuant les pluies intenses des terres vers l’Océan atlantique qui n’est qu’à une trentaine de kilomètres. Elle est présente partout: du petit ruisseau à la grande rivière, l’eau dévale les pentes en permanence, sans que rien ne puisse l’arrêter. Lorsqu’il pleut en amont, les rivières sortent de leur lit en moins de 30 minutes et montent de plusieurs mètres. Le niveau baisse également rapidement car l’eau s’évacue très vite jusqu’à la mer. Le relief abrupte offre à nos yeux une vue spectaculaire des canyons depuis les différents miradors et l’eau, dans sa course infernale, chute de temps à autres de plusieurs dizaines de mètres, formant de magnifiques cascades qui tombent, tels des voiles de mariées, dans des piscines naturelles d’eau pure. L’eau dans le parc est potable et très minéralisée, son passage à travers le sol, les plantes, les racines et les cailloux la filtre et la minéralise. Attention cependant à ne pas en abuser!

Praia Grande se trouve entre deux parcs nationaux (Aparados da Serra et Sera Geral) qui font partie des 74 parcs nationaux du Brésil qui visent à préserver les écosystèmes naturels mais aussi à la recherche scientifique, à l’éducation environnementale et à l’éco-tourisme. Les alentours sont truffés de Pousadas (auberges) proposant des petites cabanes en bois, allant de la plus simple à la plus luxueuse.

Nous choisissons le « camping Malacara », situé aux portes du canyon du même nom que nous souhaitons visiter le lendemain. Le lieu ressemble plus à un parking qu’à un camping, au milieu d’un hameau, où se réunissent les voisins en fin de journée pour capter internet. Nous arrivons à la nuit tombée. Sur la place, devant la petite construction en bois qui semble servir de réception, sont réunis trois adultes et sept à huit enfants. Nous avons bien du mal à identifier la propriétaire des lieux mais heureusement, l’un des villageois parle espagnol et nous parvenons à converser avec lui. Il nous présente Jenny, une septuagénaire très tranquille, qui ne parle pas un mot d’espagnol, ni d’anglais, ne de quoi que ce soit d’autre que le portugais. Nous comprenons que le camping lui appartient. Elle nous montre les toilettes, les douches (chaudes d’après elle…) et nous branche à l’électricité. Il y a aussi une petite cuisine à disposition avec un frigo, une gazinière, un évier et un peu de vaisselle. L’autre femme, une jeune trentenaire, bébé sous le bras, une cigarette à la main, joue machinalement à une sorte de Candy Crush sur son téléphone, levant la tête de temps à autre pour traduire à Jenny un mot qu’elle a compris dans notre espagnol bien approximatif. Nous échangeons un bon moment ainsi, dans une langue peu officielle de « portu-gnol » tinté de français et d’anglais…on ne se dit pas grand chose mais le peu prend pas mal de temps!!! Je comprends tout de même que 4 des enfants présents sont à elle, que les deux fillettes brunes sont les voisines et que Luna est la fille du monsieur qui parle espagnol. Les quelques enfants du village sont très intrigués par Inkaiko et en font la visite. Agathe se lie rapidement avec Luna. Elle a son âge, apprend aussi le violon et aime les chevaux. A coup de Google traduction, elles parviennent à discuter et à faire connaissance. Gaspard échange quelques passes avec un garçon d’à-peu-près son âge. Luna me demande de sortir ma guitare alors je m’exécute. Je joue quelques morceaux pour le plus grand bonheur du petit David, 18 mois, qui tombe littéralement amoureux de moi à en juger par son regard rempli de tendresse et d’admiration! Il ne me lâche plus d’une semelle. Sa maman s’étonne car elle me dit qu’il est très sauvage et ne va jamais avec personne. Tout ce joyeux petit monde continue comme cela à jouer, à discuter, sans que l’heure avancée ne semble inquiéter personne! Nos enfants, eux, ont les estomacs qui crient famine et aimeraient bien rentrer au calme dans le camion. En effet, il est presque 21h! Finalement, je dis au revoir et nous rentrons dans le camion. Peu de temps après, tout le monde rentre chez soi.

Le lendemain matin, Luna vient nous voir et nous demande si nous voulons aller dans le canyon Malacara accompagnés de sa maman. Celle-ci est guide officielle et est habilitée à accompagner les touristes. En effet, le canyon ne peut pas se visiter sans guide pour trois raisons: la première c’est que le sentier n’est pas balisé et qu’on se perdrait à coup sûr ; la deuxième c’est que les guides sont en permanence en lien avec le contrôle météo pour pouvoir rebrousser rapidement chemin en cas de crue annoncée (il peut bien pleuvoir à plusieurs kilomètres et la rivière peut monter sans prévenir) ; enfin la troisième c’est qu’elle a en sa possession des guêtres épaisses à mettre le long de nos jambes pour prévenir les morsures de serpents! Nous acceptons donc volontiers qu’elle nous accompagne.

La randonnée est très agréable. Nous suivons Dani à travers cette forêt atlantique dense et humide. Elle nous fait découvrir des plantes médicinales et arbres endémiques, nous suçons des trèfles 10 fois plus gros que ceux que nous connaissons en France, dégustons des fruits dont j’ai oublié le noms (mais délicieux!) et découvrons l’histoire des canyons et de la région. Elle nous explique qu’une partie du chemin empruntée était, avant 1992, date à laquelle la Serra est passé sous la protection des parcs nationaux, une route empruntée par des gros camions qui venaient couper des arbres. Depuis la fermeture de la route, la nature a repris ses droits rapidement, les arbres ont poussé à grande vitesse si bien qu’e l’on ne puisse pas du tout ‘il est difficile d’imaginer que des camions passaient ici il y a 30 ans! Le chemin est tantôt boueux, tantôt pierreux et nous traversons à plusieurs reprises la rivière avec de l’eau arrivant parfois jusqu’au genou. Nous observons le sommet du canyon depuis ses profondeurs accompagnés par le chant des oiseaux et les cris des singes que l’on perçoit au loin. L’humidité ambiante, la végétation luxuriante, et le son de l’eau parcourant les rochers créent une atmosphère brumeuse et mystique. Au bout du sentier, nous trouvons deux piscines naturelles dont l’une d’elle mesure 13 mètres de profondeur. L’envie de s’y baigner est très forte mais à cette saison l’eau est fraîche et la température extérieure pas suffisamment élevée pour se réchauffer. Nous tenterons la baignade jusqu’à mi-cuisses mais pas plus loin.

Nous rentrons pour 13h au camion, ce fut une très belle balade à la découverte de la fameuse « mata atlanticà ».

Cet après-midi là, nous partons à vélo à travers les pistes de Praia Grande pour découvrir la jolie petite ville, déguster un sorbet à l’Acaï tant attendu pour ma part et aller admirer la « Cascata Magia das Aguas ». Le soir, les enfants sont de nouveau au rendez-vous, accompagnés de leur maman qui vient comme chaque soir capter internet pour jouer sur la place avec son téléphone. Luna revient jouer avec Agathe accompagnée d’une amie. Les filles s’entendent bien et passent un bon moment. Gaspard, lui, pourtant d’habitude locace et extraverti, se terre dans le camion pour éviter les échanges avec son camarade de jeu de la veille. Je crois que la barrière de la langue est vraiment difficile pour lui.

Le lendemain, le temps est pluvieux. Nous tentons de nous rendre sur les plateaux pour admirer la vue. Nous nous arrêtons sur deux miradors et pouvons observer le haut des canyons surplombant une magnifique mer de nuages. Un paysage cotonneux qui laisse vite place à un brouillard épais bouchant totalement la vue. C’est avec regrets que nous quittons la serra, la météo du lendemain ne sera pas plus clémente. Aussi, nous repartons vers la côte pour trouver un endroit où nous poser quelques jours en attendant la fin de la perturbation.