Yaboty Ultra Maraton, Paraiso, Frontière Argentine
Yaboty Ultra Maraton, Paraiso, Frontière Argentine

Yaboty Ultra Maraton, Paraiso, Frontière Argentine

Etape très attendue pour Sylvain et moi, le trail de Yaboty qui a lieu le dimanche 21 septembre. Avant de rejoindre le camping d’où partira le trail, nous décidons d’aller visiter les chutes de Yucumà. L’Argentine et le Brésil se partagent cette merveille naturelle, créée par une cassure au fond de l’immense Rio Uruguay, dessinant une cascade de 1800m de long.

Nous commençons la journée par un « café colonial » chez une famille de fermiers qui préparent le petit déjeuner traditionnel aux touristes. Un menu gargantuesque: gras de porc grillé, omelette, pains maison à de différentes farines (maïs, blé), gâteau à la banane, biscuits maison, pastéis au boeuf, gougères, confitures maison, mélasse de sucre de canne, jus de fruit maison, tisane et café maison… Nous repartons repus, prêts à affronter les 30 km de vélo à travers la jungle pour rejoindre les chutes!

Lorsque nous arrivons, nous sommes très surpris d’apprendre que l’entrée du parc naturel est payante et que nous devons obligatoirement être suivis d’un driver du parc en 4×4 qui nous distribuera de l’eau si besoin et pourra mettre nos vélos sur la remorque quand nous en auront marre. On a beau expliquer que ce n’est pas nécessaire, on n’a pas vraiment le choix. Pour couronner le tout, nous devons obligatoirement mettre casque, genouillères et coudières…question d’assurance me dit-on à l’accueil! Je vous laisse imaginer la tête de Sylvain lorsqu’il a dû s’habiller comme robocop pour faire du vélo, sur une piste certes, mais très propre et sans difficulté! Les 15km à parcourir sont vraiment agréables. Nous avons croisé des coatis, un cobra corail, des papillons par centaines, des oiseaux immenses. Quelques côtes font un peu peiner Gaspard mais il parvient tout de même au bout de cette piste sans monter dans le 4×4! Au bout, les chutes. Malheureusement ce jour-là, le fleuve était trop haut et les chutes presque invisibles. Selon la hauteur du Rio Uruguay, les chutes peuvent être invisible ou mesurer jusqu’à 30 mètres de haut! La balade vaut malgré tout le coup, une guide présente sur la rive nous donne pas mal d’explications sur le fleuve, la faune et la flore locale et même sur la retraite des Brésiliens! En effet, elle nous explique qu’elle fait ce job alors qu’elle est retraitée afin de réunir assez d’argent pour voyager en Europe. Le durée de cotisation obligatoire au Brésil est entre 18 et 35 ans selon la pénibilité du travail. On aimait déjà beaucoup ce pays, mais sur ce coup, il marque encore un point!

Nous repartons par la piste à vélo, sauf Gaspard qui déclare forfait pour les 15km retour (principalement en montée) et préfère faire une sieste dans le 4×4. Il sera rejoint quelques km plus loin par Agathe qui aura bien pédalé mais les grandes côtes et la chaleur humide auront eu raison de son courage! Finalement, assez pratique le driver au 4×4!!! Le gars de l’accueil nous dira par la suite que jusqu’à aujourd’hui, une seule personne avait fait l’aller-retour à vélo…nous serons donc les deuxièmes!

Nous prenons la route ensuite vers Sao Miguel do Oeste pour aller retirer nos dossards pour la course de dimanche. La route est belle et vallonnée. Nous entrons dans les territoires agricoles et fertiles à la terre rouge où les contrastes sont saisissants: le vert est pure et éclatant, le rouge vermillon est mat et brut et pour sublimer cela, le ciel est bleu azur, sans l’ombre d’un nuage. Nous roulons sur une piste de cailloux de 30 km. Notre Inkaiko tremble de toute part, tout vibre à l’intérieur, les portes s’ouvrent, les étagères dégoulinent d’objets en tout genre, les couverts s’entrechoquent dans un vacarme métallique, les enfants abandonnent leur travail, trop secoués pour pouvoir tracer le moindre trait sur leurs cahiers…cette fois nous y sommes, au fin fond du Brésil!!! La fin de la route est heureusement beaucoup plus calme, avec un passage de fleuve sur une barge qui amuse beaucoup les enfants…et les parents!!!

Nous passerons ensuite 3 jours et 3 nuits à Paraiso, dans ce camping de la jungle, en compagnie de coureurs et d’organisateurs argentins (et des burrachudos!!!). Dès notre arrivée, le contact se fait facilement avec Gustavo et ses deux équipiers. Ils viennent de Santa Fe et Gustavo est là pour entraîner et encourager les deux autres. Il nous propose rapidement de s’occuper des enfants pendant qu’on court et de les conduire jusqu’à l’arrivée, à Paraiso, la petite ville à 10km de là. Les enfants se sentant en confiance, on acceptera sa proposition. C’est fou comme on accorde la confiance rapidement à quelqu’un en voyage, nous fiant à notre seule intuition! Les rencontres, lorsqu’elles viennent à nous, sont sensibles, véritables et souvent intenses. Elle s’imposent à nous, comme une évidence. Quand le « courant » passe, les échanges deviennent très vite familiers. Je ne sais pas vraiment encore si c’est propre à l’Amérique du Sud ou bien à cette attractivité que nous créons par le seul fait de vivre cette aventure… Ici, les touristes étrangers ne viennent jamais. On est bien loin des circuits touristiques ordinaires. Autant vous dire que les Français semblent venir d’une autre galaxie!

Nous rencontrons également José, Gricelda et leurs deux petits fils, Xavier et Benjamin. Une fois n’est pas coutume, nous passerons le samedi après-midi à bavarder autour d’un maté en évoquant tout un tas de sujets sociaux, historiques et politiques. José est très cultivé et plus calé que nous sur l’Histoire de l’Europe! Nous percevons de plus en plus la jeunesse de ce Continent et l’empreinte coloniale européenne dans la culture des Argentins comme des Brésiliens. Benjamin, du haut de ses 11 ans, connaît parfaitement la faune locale. Il nous apprend à différencier les crapauds inoffensifs des vénéneux, nous présente une mygale, un petit poisson qu’il vient de pêcher dans la rivière. Il nous parle un peu de la réserve nationale de Yaboty et de ses caïmans… Benjamin a soif de connaissances, il échange beaucoup avec nous et cherche à connaître des mots en Français. Demain, il courra les 13 km à travers la jungle avec son cousin de 8 ans…de quoi donner une belle leçon à bon nombre d’enfants du même âge en France! En fin de journée nous partons tous ensemble faire une petite marche de reconnaissance sur le début du sentier…ça grimpe!!! Le défi ne sera pas une mince affaire.

Le lendemain matin, dès 5h, c’est l’effervescence sur le petit terrain de camping. Les navettes déposent les coureurs du 50km qui partent à 5h pétante, accompagnés d’un animateur survolté et de musique festive! Le départ du 36km à 6h30 sonnera aussi la fin de notre nuit. L’ambiance est très sympathique et bon enfant. Nous prenons un léger mais énergétique petit déjeuner, puis Sylvain se prépare lui aussi à partir pour le 26km. L’animateur appelle Sylvain et lui pose quelques questions au micro…mais qui sont donc ces Français qui viennent courir? Certains pensent qu’on est connus en France!!! Le départ est vraiment très festif, musique, chant, danse, fumigène coloré… La télévision est présente et je me retrouve interviewée: questions en Portugais, réponses en Espagnol…on s’arrange!!! A quelques minutes du départ, l’orage attendu fait son apparition, grondement de tonnerre et pluie battante s’abattent sur la ligne de départ: la course s’annonce particulièrement humide! C’était peu dire! C’est sous un orage tropical que je pars pour les 13km de course: pluie torrentielle, grêle, tonnerre, éclairs et vent de face…les pires conditions que j’ai jamais connues, comme si la jungle voulait me montrer de quoi elle était capable, comme pour me prévenir que si je voulais fouler son sol, je devais savoir que cette terre était hostile et montrer que j’en étais digne! Nous évoluons à travers la forêt dense sur des « sentiers » étroits dessinés à coups de machette, passant parfois à travers des champs pentus et détrempés que certains coureurs prennent pour des toboggans. De temps à autres, nous débouchons sur une piste qui nous permet d’être plus détendus mais aussi plus exposés aux éléments. Tout à coup, j’entends des cris, des éclaboussures, ce doit être la fameuse cascade. Le chemin traverse une rivière, au pied d’une chute d’eau que j’ai à peine le temps d’apercevoir, puis continue droit dans la rivière. Près d’un km à sonder chaque pas pour ne pas glisser sur un rocher. Le rythme est haché, en fonction du terrain rencontré mais étant partie dans la première vague, je ne me retrouve pas coincée derrière d’autres coureurs dans les passages techniques comme une échelle ou une corde. J’avance bien, sans pour autant me faire violence. Je veux que cette expérience reste un bon souvenir et du plaisir. Lorsque j’arrive enfin proche de la ligne d’arrivée, Agathe et Gaspard, le sourire aux lèvres et fiers de leurs parents, m’accompagne pour le passage de la ligne d’arrivée. Petite interview à la fin à laquelle je me contente de répondre que je ne sais pas dire si ce sont les pires ou les meilleures conditions que j’aie jamais connues…c’était incroyable!

Belle surprise lorsque nous regardons le classement: Sylvain remporte la 6ème place au général (sur 111 coureurs) et 3ème de sa catégorie. Quant à moi, 79ème au général sur 228 coureurs, 28ème féminie et 11ème de ma catégorie…mon meilleur résultat! Après avoir assisté au podium, nous rentrons au camping préparer un repas pour José et sa famille. Je pensais leur faire découvrir des plats français mais j’avais omis le fait qu’on était dimanche et que tous les magasins étaient fermés. Heureusement, le propriétaire du camping a de la viande plein les congélateurs et me vend 2,8 kg de côte de boeuf et me trouve quelques patates chez lui. Avec ce que j’avais dans le camion, je prépare un repas complet « entrée-plat-dessert ». Nous faisons cuire la viande dans l’immense barbecue, à la brésilienne : sur des pics à brochette en métal qui ressemblent à des épées de près d’un mètre de long! C’est un grand plaisir pour moi de cuisiner pour des gens. J’en ai l’habitude en France et cela fait bien longtemps que je n’ai pas fait cela. Au moment de nous mettre à table, José prononce quelques mots de gratitude pour nous avoir rencontrés, auxquels nous répondons réciproquement. Il termine ce court échange en souhaitant bon appétit à tout le monde et je comprends à ce moment-là qu’il s’agit d’une tradition…comme une prière avant le repas. Ouf, je n’avais pas encore tapé dans mon assiette!!! Nous passons un excellent moment à nous remémorer la course et à échanger sur nos traditions culinaires et sociales avant de se souhaiter bonne nuit après cette journée éreintante et riche en émotions!

Le lendemain matin, nous nous quittons chaleureusement et échangeons nos contacts. Comme presque à chaque fois que nous avons rencontré quelqu’un, José me dit de le contacter en cas de souci en Argentine. C’est encore une fois le coeur rempli et des souvenirs plein la tête que nous tournons cette nouvelle page, prêts à démarrer un nouveau chapitre à Iguazu.