Iguazu, Iguaçu, Iguassu … peu importe l’orthographe, la sensation est la même!
Iguazu, Iguaçu, Iguassu … peu importe l’orthographe, la sensation est la même!

Iguazu, Iguaçu, Iguassu … peu importe l’orthographe, la sensation est la même!

Nous traversons la province de Missiones en Argentine pour rejoindre Foz do Iguaçu au Brésil. Ce trajet ne devait durer que 3 heures mais c’était sans compter le temps de passage de la frontière Brésil-Argentine puis de nouveau Argentine-Brésil. Nous savons maintenant que les journées de passage de frontière sont des journées perdues. Même si ce ne sont que de simples formalités (merci au passeport français), cela prend tout de même du temps: d’abord faire tamponner nos passeports pour la sortie du pays, puis faire tamponner le TIP du véhicule pour que lui aussi soit enregistré comme sorti du territoire. Ensuite passage à la douane d’entrée et recommencer: faire tamponner nos passeports pour l’entrée et faire-faire le document pour le véhicule. Ce jour-là nous sommes entrés en Argentine puis ressortis pour le Brésil, il a donc fallu faire ces démarches deux fois!

Nous traversons donc la belle province de Missiones dans laquelle nous aurions aimé passer plus de temps. Le paysage est verdoyant et vallonné, une petite appendice argentine coincée entre le Brésil et le Paraguay qui contient les deux grandes réserves naturelles de Yaboty et d’Iguazu et abrite de nombreuses espèces animales. Nous traversons la réserve d’Iguazu par la Nationale 101, qui se termine par 30km de piste de terre en pleine jungle. C’est vraiment très beau et encore une fois, on est seuls. Inkaiko est secoué malgré mes efforts pour éviter trous et bosses, cela fait beaucoup rire les enfants!

Nous arrivons de nuit à Foz Do Iguaçu, au Brésil, dans un camping proche des chutes brésiliennes. Certainement la dernière adresse bon marché du secteur qui se transforme à vitesse grand V en un temple du tourisme à l’américaine: hôtels 5 étoiles et parcs d’attractions en tout genre. Deux aéroports desservent la merveille naturelle: un côté argentin et un côté brésilien. Les touristes viennent pour la plupart en excursion de deux ou trois jours à l’occasion d’un voyage au Brésil ou en Argentine. Ils prennent un vol intérieur, visitent les chutes des deux côtés et repartent vers une autre destination. Notre petit camping, qui loue aussi quelques chambres et des cabanes, est très bien équipé. Ce doit être l’endroit le mieux organisé que nous ayons vu depuis le début du voyage. On sent l’empreinte du tourisme occidental, le fonctionnement ressemble à nos établissements français: réception, proposition de transport vers les chutes, proposition de livraison de repas, bar, possibilité de prendre le petit déjeuner sur place…

Le lendemain matin, nous prenons le transport organisé par le camping pour nous rendre aux chutes côté argentin. Nous avons choisi cette option afin d’éviter un nouveau passage de douane avec Inkaiko. Avec le recul, nous aurions mieux fait de dormir en Argentine pour visiter les chutes le lendemain puis entrer au Brésil, on aurait gagné notre temps (et notre argent!).

Nous arrivons au Parc national d’Iguazu et choisissons d’emprunter le sentier inférieur le matin, à l’inverse de la majorité des visiteurs. Nous avons de la chance, la fréquentation est faible. Nous avons beaucoup d’espace et de temps pour admirer les centaines de cascades qui jaillissent de toute part. Le spectacle est saisissant, on se croirait dans le jardin d’Eden avec ces longs rideaux blancs qui coulent sans fin le long des parois rocheuses habillées de végétation d’un vert éclatant. Le bruit de l’eau est apaisant et continu, chaque point de vue est plus beau que le précédent, c’est un régal pour les yeux! Nous continuons la visite par le sentier supérieur. L’intensité va crescendo au fur et à mesure que nous avançons. Une fois les deux sentiers terminés, nous montons dans le petit train qui mène tout en haut du site, au niveau du Rio qui coule paisiblement avant de s’écrouler avec force et fracas dans la gigantesque faille pour former ces cascades immenses. Le Rio semble presque immobile (ce n’est qu’une illusion car le débit et le courant sont très importants). C’est une rivière large et paisible entourée d’une dense végétation comme on commence à avoir l’habitude de voir. Je m’imagine les premiers explorateurs, descendant la rivière avec un sentiment naïf de toute puissance sans imaginer ce qui les attend quelques mètres plus loin et au moment de s’en rendre compte, ne rien pouvoir faire pour empêcher l’embarcation d’être emportée par ces eaux sauvages et puissantes. Cela s’est peut-être passé, ou peut-être pas, peu importe. J’aime rêvasser en me racontant ces histoires, en imaginant ce qu’était ce lieu avant que l’empreinte coloniale ne vienne le transformer. Cependant, malgré les passerelles et autres installations touristiques, le lieu n’est pas dénaturé. La nature ici reste reine. D’ailleurs, les passerelles ont déjà été détruites par deux fois suite à des années particulièrement pluvieuses et à une montée des eaux exceptionnelle. Des vestiges des anciennes passerelles ici et là nous rappellent que la Nature est et restera plus forte, quoique nous fassions.

Clou du spectacle: la Garganta del Diablo. 82 mètres de haut. Une longue passerelle nous conduit au bord de la chute et nous offre une vue imprenable et spectaculaire sur cette cataracte surpuissante. D’ici on peut sentir l’immense force de l’eau et son rugissement assourdissant. Il faut crier pour pouvoir se parler. On se sent tout petit, insignifiant face à cette monstrueuse merveille de la nature. Il n’y a pas assez de mots, nous sommes subjugués!

Nous finissons la balade tranquillement avant de rentrer au camping. Les enfants ont adoré et ont hâte de dessiner ce qu’ils ont vu dans leurs carnets de voyage. Nous profitons tous du retour en minibus pour faire une petite sieste.

De retour au camping, nous rencontrons Johan , Julie et leurs deux enfants qui arrivent pour s’installer avec leur camping-car. Nous passerons la soirée avec eux à échanger sur nos expériences de voyage. Ce sont des voyageurs chevronnés qui sillonnent les routes du monde depuis 5 ans et dont on a beaucoup à apprendre!

Le lendemain, nous partons visiter les chutes côté brésilien. Au regard de ce que nous avons vu la veille, nous avons du mal à imaginer qu’on puisse découvrir quelque chose de plus impressionnant, même si tout le monde dit que la vue la plus spectaculaire est au Brésil. On a d’ailleurs l’habitude de dire ici que l’Argentine a les chutes et que le Brésil a la vue. Les infrastructures brésiliennes sont très différentes de l’Argentine: un grand hall couvert pour la billetterie devant lequel a été construit un immense bassin d’ornement, des bus à double étage pour vous conduire à l’entrée du point de vue, une route parfaitement asphaltée et une piste cyclable aménagée pour les touristes qui souhaitent une plus grande immersion, un hôtel de luxe au bout…il ne reste pas grand chose de naturel dans cette partie du parc.

Une fois descendus du bus, nous commençons à emprunter la première passerelle. Là encore, nous avons la chance que la fréquentation soit faible, ce qui nous laisse du temps pour profiter. Petit à petit, le spectacle s’intensifie. De nombreux arcs en ciel apparaissent au pied des chutes d’eau, créant une atmosphère féérique, presque mystique. Plus on avance, et plus c’est beau. On ne nous avait pas menti, les chutes de ce côté sont magnifiques. On peut non seulement voir celles que nous avons la veille mais en plus, celles qu’on ne pouvait soupçonner. La passerelle nous conduit jusqu’au pied des chutes, où l’eau s’abat avec fracas, déplaçant l’air avec force et formant un nuage de gouttes d’eau rafraichissantes. On se croirait sur la côte normande en pleine tempête! Ici encore, la Nature nous offre généreusement ce qu’elle a de plus beau, de plus pure. L’eau, si abondante ici, donne à la végétation sa force et sa grandeur et me renvoie à mes pensées… Le merveilleux existe, il est là, devant nos yeux et sous nos pieds. L’eau est créatrice de toute vie, elle est partout autour de nous, en nous. Et nous avons une grande responsabilité : la préserver.

L’après-midi, nous visitons le Parque das Aves. C’est un très beau parc de volières dans lesquelles ont peut observer les Aras, perroquets, perruches, colibris, toucans, etc, et découvrir la biodiversité de la Matà Atlanticà. Le Parc est magnifique et très pédagogique. Les affichages sont simples, visuels et concis, si bien que les enfants en ressortent en ayant bien compris les enjeux de la lutte contre la déforestation car celle-ci détruit l’habitat des oiseaux, leur alimentation et conduit à leur disparition. Il y a également toute une explication sur le Cecropia, arbre emblématique et pionnier de la Mata Atlanticà qui représente un écosystème à lui tout seul. Les relations d’interdépendance entre les espèces dans la forêt et la notion d’écosystème sont également très bien expliquées et sensibilisent le public. Ce parc a réussi le pari de faire d’une attraction touristique un lieu de sensibilisation et tout cela dans un cadre magnifique et agréable, bravo à eux!

Nous sommes tous les quatre ravis de ces deux jours passés à Iguazu qui terminent en beauté ce mois passé au Brésil, pays où la nature est reine et abondante. Nous aimerions y passer encore plus de temps mais nous décidons finalement de passer au Paraguay pour poursuivre notre route ensuite vers l’Argentine.