Après ces 11 jours de route vers le Sud, nous arrivons enfin en Terre de Feu. Nous faisons halte à Tolhuin, petit village en bordure de l’immense Lac Fagnano. Ici, les petites maisons sont bardées de bois colorés et de chacune sort une cheminée fumante. De l’autre côté du lac, des montagnes aux sommets saupoudrés de neige et à leur pied, de grandes forêts de lengas. Ce paysage est totalement nouveau, loin de l’aridité des espaces que nous avons traversé en Argentine. A notre arrivée, nous avons très envie de sortir nous promener sur la plage de ce très beau lac. Nous sortons naïvement du camion, en short et en tongs (vêtements que nous n’avons pas quittés depuis près de 3 mois). Trois bourrasques de vent glacial plus tard, nous voilà revenus au chaud dans le camion, chauffage en route! Nous voilà officiellement dans un autre voyage! Il va falloir sérieusement penser à faire le switch des vêtements de la garde-robe!
Le lendemain matin, nous partons à la découverte des lagunes de Tolhuin. Une petite balade de 10 km qui borde le lac et traverse la forêt de lengas. De petits panneaux pédagogiques nous aident à découvrir ce nouvel écosystème froid et humide. Beaucoup de mousses, de résineux, de nouveaux oiseaux ainsi que des tourbières. Nous découvrons également nos premières lagunes vert-bleu et nous nous émouvons de ce nouveau monde, frais mais extrêmement beau.
L’après-midi, nous continuons notre route vers Ushuaïa. Il nous reste une bonne journée avant notre rendez-vous alors nous décidons de parcourir la « Ruta J », route de la fin du monde. C’est une piste de 60 km qui se parcourent en 3h environ car le ripio est en très mauvais état. Cependant, nous ne regrettons pas de nous y être engagés. Nous traversons d’abord une forêt assez densément peuplée pour la région. Les habitations sont souvent de simples cabanes en bois, de plein pied ou à un étage, au milieu d’un terrain herbeux, parcouru de petits ruisseaux, où s’entassent des monticules de bûches coupées à la hâche. Nous avons l’impression d’être transportés chez des trappeurs canadiens! La route longe ensuite le canal de Beagle pendant une bonne dizaine de kilomètres et le paysage est spectaculaire. Les eaux très calmes en l’absence de vent reflètent le paysage comme un miroir. On a parfois du mal à différencier l’eau et le ciel. La route sillonne entre terre et mer. Nous traversons tantôt des marais et des rivières, longeons de petits étangs dans lesquels barbotent canards et oiseaux. Nous pouvons parfois apercevoir l’autre rive du canal de Beagle, côté chilien. Nous ressentons véritablement cette ambiance de fin de la terre, d’autant plus que nous sommes quasiment seuls. Nous croisons tout au plus 3 véhicules durant les 60 km. Nous arrivons à la fin de la route en fin de journée. La route s’arrête au portail d’un sémaphore. Impossible d’aller plus loin en véhicule. Il existe un sentier qui permet de continuer un peu à pieds, jusqu’au bout du bout. Il se fait tard, nous cherchons un endroit où nous arrêter pour passer la nuit. Il n’est pas facile de trouver un endroit accessible sans risquer de nous enliser. Nous choisissons donc le bord de la route, le long d’une plage, à quelques centaines de mètres du sémaphore. Nous ne risquons pas d’être dérangés par les voisins ni par le trafic de voitures quasiment inexistant. Malgré l’heure tardive (certainement 21h), le soleil tarde à disparaître. En cette période de l’année, la nuit ne dure qu’à peine 4h. Nous aurons la chance d’assister au coucher de soleil le plus long de notre vie. Vers 22h30, le ciel s’embrase pendant plus d’une heure! Un spectacle saisissant qui n’en finit jamais de nous surprendre par ses changements de couleurs et de lumière. Le tout se reflétant dans le canal de Beagle sur lequel naviguent tranquillement deux ou trois paquebot de croisière qui filent doucement vers l’Antarctique. Cette « route J » mérite vraiment le long détour, c’est une expérience hors du commun.
Le lendemain matin, nous reprenons la route dans l’autre sens pour rejoindre la ville d’Ushuaïa. Ce nom est lourd de sens, il évoque le bout du monde, la partie la plus australe de la planète et en tout cas de notre voyage. Il marque aussi le début d’une toute autre aventure: celle des glaciers! La route qui mène à Ushuaïa est très belle et sillonne entre lacs et montagnes. L’arrivée dans la ville, quant à elle, n’a pas grand chose de spectaculaire. Deux grands poteaux de bois indiquent l’entrée puis il faut traverser pendant une bonne dizaine de minutes un long boulevard industriel et portuaire pour rejoindre le centre. Celui-ci se résume à une petite rambla le long du canal de Beagle et à quelques rues commerçantes parallèles perchées sur la montagne.
Nous filons directement à notre premier rendez-vous: le retrait du dossard de Sylvain qui va participer au Ushuaia Marathon Race le lendemain matin. Nous arrivons donc dans le grand gymnase à la sortie de la ville et retirons rapidement son dossard. Nous passerons la fin de la journée à nous promener dans les rues commerçantes d’Ushuaia qui proposent essentiellement des magasins de souvenirs et de vêtements de sports, quelques bars et restaurants. Il reste quelques constructions en bois coloré, datant de l’origine de la ville mais l’incroyable croissance démographique de ces trente dernières années a créé une sorte de méli-melo de constructions sans harmonie: conteneurs, cabanes de tôles, bars modernes en béton… Ce serait mentir de dire qu’ Ushuaia est une jolie ville mais nous apprécions tout de même l’ambiance qui y règne. A nous très bientôt la montagne, la rando, les glaciers, moment tant attendu de notre voyage.
Nous irons ensuite nous garer dans un quartier résidentiel, spot vraiment pas glamour mais qui a l’avantage d’être proche du départ de la course.
Samedi 7 décembre, 6h du matin, Sylvain part très motivé pour réaliser son premier trail de 42km. Cette course est 100% montagne et totalise près de 3000m de dénivelé à parcourir. J’ai repéré un endroit stratégique dans l’une des dernières et plus difficiles côtes du parcours. Nous arrivons vers 11h sur les lieux, drapeau de Normandie en main, pour encourager Sylvain dans ce dernier effort. 35 minutes plus tard, alors que nous l’attendons de pied ferme pensant qu’il n’allait vraiment pas tarder, Sylvain m’envoie un message pour me dire qu’il est déjà arrivé! Nous l’avons raté de quelques minutes et sommes vraiment déçus! Il est allé bien plus vite qu’il ne croyait et termine le parcours en 5h30, ce qui lui donne la 11ème place du classement général et la 4ème place de sa catégorie! Une très belle performance!
L’après-midi, nous visitons le musée de l’ancienne prison d’Ushuaia. Ce lieu résume très bien l’histoire de la Terre de Feu et des explorations en Antarctique. Un couloir a même été laissé en l’état pour permettre aux visiteurs de mieux s’imaginer les conditions de vie dans la prison. Il faut savoir qu’Ushuaia était une colonie pénitentiaire, c’est-à-dire qu’on y envoyait des prisonniers pour travailler à la construction de la ville. Un petit train reliait la prison à l’actuel parc national de Terre de Feu où étaient envoyés les bagnards pour exploiter les forêts et rapporter le bois nécessaire aux constructions. Nous passons l’après-midi dans ce musée à en apprendre un peu plus sur les peuples indigènes et les premiers colons ainsi que sur les explorateurs.
Le soir, notre deuxième rendez-vous important arrive. Direction l’aéroport d’Ushuaia pour accueillir…Papy et Mamie! Nous sommes tous très émus de nous retrouver après ces 4 mois de séparation! Nous nous rendons dans le Air BnB loué pour trois jours et passons une belle soirée de retrouvailles à raconter nos aventures et à lire les courriers des copains des enfants.
Nous passerons les trois premiers jours à visiter Ushuaia et ses environs: le parc national Tierra del Fuego et la laguna Esmeralda. Ces petites randonnées de mise en jambe nous permettent de profiter des uns des autres, de nous raconter tout ce que nous n’avons pas pu nous dire en 4 mois et de nous délester un peu des enfants qui sont ravis d’avoir de nouvelles oreilles à leur écoute! Le parc Tierra del Fuego est joli mais pas transcendant. Les sentiers déambulent tantôt dans la forêt de lengas, tantôt dans de petits marais semés d’herbes hautes et de petits arbustes épineux. Nous longeons un grand lac dans lequel plongent de basses montagnes aux sommets enneigés. De l’autre côté, le parc est bordé par le canal de Beagle qui apporte sur le rivage d’énormes moules agripées aux rochers. Sur la plage se trouve la poste du bout du monde, le bureau de poste le plus austral de la planète. La visite se réalise dans la journée et les sentiers ne présentent pas de difficulté particulière.
Le soir, nous profitons de l’ambiance de la ville en nous baladant sur la rambla et en allant manger une planche dans le bar Patagonia, marque d’une bière artisanale créée en Patagonie.
Nous finirons notre séjour ici par la célèbre laguna Esmeralda, un petit lac vert émeraude que l’on découvre après une randonnée de 9km à travers une forêt puis une zone humide longeant une rivière sur laquelle les castors ont construits d’énormes barrages et enfin un petit pierrier. C’est la première lagune d’une longue série que nous découvrons avec beaucoup de ravissement. Nous ne sommes pas seuls sur cette balade phare des environs d’Ushuaia. Certains continuent jusqu’au glacier, nous nous contenterons du pique-nique au bord de l’eau avant de redescendre. Pour finir, nous irons visiter rapidement le secteur du glacier Martial, qui n’est autre que la station de ski en hiver. Comme dans toutes les stations de ski, le paysage est dénaturé par les infrastructures et les travaux estivaux. En revanche, la vue sur Ushuaia depuis la piste de ski est très jolie.
Avant de partir, nous postons nos cartes postales du bout du monde, espérant qu’elles arriveront avant notre retour!
A partir de demain les choses sérieuses commencent…
Notre séjour à Cordoba terminé, il est temps d’accélérer. Nous devons impérativement être à Ushuaia le 4 décembre, un rendez-vous important nous y attend…je dirais même deux rendez-vous! Nous avons donc 11 jours pour parcourir 3500 km.
Nous passons les deux premiers jours à rouler. Rien d’intéressant jusqu’à Bahia Blanca, une route rectiligne, de la pampa à perte de vue, des poids lourds, des nids de poule…voilà pourquoi je ne commencerai mon décompte qu’à partir de l’entrée de la Ruta3.
Jour 1: A partir de Bahia Blanca, nous rejoignons la côte Atlantique et la fameuse Ruta 3 qu’on ne quittera (presque) pas jusqu’à Ushuaia. Nous n’avions pas vu l’Océan depuis le Brésil, cela fait pile deux mois. C’est donc avec un grand plaisir que nous faisons notre premier arrêt sur la plage du petit village balnéaire de El Condor. L’envie de se baigner les pieds est irrésistible pour Gaspard mais l’eau est fraîche et le vent assez fort ce jour-là. Nous optons donc pour une partie de ballon sur le sable. Nous passons une excellente nuit sur la plage, à l’abri des dunes. Quel plaisir de se réveiller les pieds dans le sable avec un grand soleil! Les enfants jouent, on déjeune, porte ouverte, en regardant l’océan… La mer donne envie de ralentir, de contempler, de profiter en laissant le temps filer… Nous prenons le temps d’aller courir, à tour de rôle, pour profiter encore de cette longue plage de sable fin et de l’air doux de cette belle matinée. Avant de quitter le village, nous nous arrêtons face aux falaises qui abritent des centaines de milliers de perroquets Loros à cette saison. Les creux façonnés par les embruns et le vent sont des abris de prédilection pour ces couples qui viennent ici se reproduire et élever leurs bébés. Ils repartirons dans quelques mois pour migrer vers une région plus chaude le temps d’un hiver avant de revenir l’année prochaine. Saviez-vous que les perroquets vivent en couple avec le même partenaire toute leur vie? Lorsque l’on s’approche de la falaise, un véritable vacarme se fait entendre. Les perroquets ne font pas dans la discrétion! Nous observons le joyeux ballet de ces oiseaux qui sortent des nids et reviennent avec la nourriture pour les petits. Puis nous reprenons la route vers notre deuxième destination.
Jour 2: Nous roulons tout l’après-midi sur cette interminable ligne droite puis nous arrêtons en fin de journée près de Sierra Grande, à Playas Doradas. Le temps est agréable, il n’y a pas de vent, nous sortons la table et les fauteuils, chose que nous n’avions pas fait depuis bien longtemps. La douceur du soir dure longtemps, idéal pour un barbecue devant le coucher du soleil. Les enfants jouent librement sur la plage pendant que nous préparons le dîner. Un beau paysage, le bruit des vagues, un repas simple en famille, rien de plus…mais c’est déjà tellement!
Jour 3: Le lendemain, nous roulons jusqu’à Puerto Madryn, la plus grande ville que nous croisons depuis Cordoba. C’est une petite ville balnéaire et touristique, camp de base pour la visite de la fameuse Péninsule de Valdes.
Nous décidons de faire laver notre linge ici et trouvons une laverie qui propose de laver et sécher le linge en quelques heures…chose très rare en Argentine où il n’existe pas de laveries automatiques, seulement des blanchisseries qui prennent votre linge pour 24h et vous le lavent, le sèchent, le repassent et l’imbibent d’adoucissant et de parfum. Cette laverie correspond plus à ce que l’on connait en France, sauf que la propriétaire lance elle-même les machines et les séchoirs. Vous pouvez ainsi vous promener en attendant et revenir quand c’est sec! La dame connaît même le lavage à 60°C!!! Miracle!!! Et pour couronner le tout, le tarif défie toute concurrence, à peine 8 euros pour 3 machines dont une à 60°C et trois séchages! Cela doit vous amuser (ou pas!!!;)peut-être que vous vous en fichez royalement!) de lire mon petit laïus sur le lavage du linge. Ce ne sont pas des questions que l’on se pose à la maison, mais j’avais tout de même envie d’en parler car tous ces petits gestes du quotidien que l’on fait sans y penser en France, deviennent une véritable problématique quand tu voyages à 4 dans 6 m² en te déplaçant quotidiennement! Bref, tout cela pour dire que c’est certainement la meilleure laverie d’Amérique du Sud que nous avons trouvé là. Nous avons laissé le linge à 14h30, elle nous a dit de revenir le chercher à 19h, cela nous laissait pas mal de temps pour profiter de la ville.
Ce qui nous frappe dès que nous arrivons à Puerto Madryn, c’est l’ambiance européenne qui y règne. Elle est certainement la ville la plus européenne que nous ayons visité: restaurant, bars, musique qui passe dans la rue, boutiques et enseignes, vêtements et attitude des locaux…tout résonne Europe! On se croirait sur une plage espagnole en plein été!
Cette journée est magnifique, il fait presque 30 degrés, le vent est faible et la plage magnifique…à l’unanimité nous optons pour un après-midi baignade, ballon, bronzette, mots croisés!!! Comme cela est plaisant après plusieurs semaines de montagne, de sec, de poussière! L’océan est frais mais au bout de quelques minutes, nous arrivons tout de même à entrer dans l’eau et nous baigner. Les enfants jouent avec les vagues, puis une partie de foot s’engage…mission que je confie à Sylvain pour profiter un peu de ce moment pour finir mon cahier de mots fléchés qui a une dizaine d’années!!! L’après-midi passe ainsi et une fois le linge récupéré, nous quittons Puerto Madryn pour rejoindre les copains Tib-Casita qui sont à Puerto Pyramides, la porte d’entrée de la Péninsule de Valdes où ils viennent de passer 3 jours.
Nous passons la soirée avec Fred et Julie et nous nous racontons respectivement nos dernières aventures depuis Humahuaca, lieu de notre rencontre. Nous ne voyons pas les enfants de la soirées qui sont trop occupés à reprendre leurs histoires où ils les avaient laissées. Ils sont vraiment trop contents de se retrouver, notamment Agathe pour qui Julia est un vrai coup de coeur! Cette douce soirée est aussi très agréable pour nous, adultes, qui pouvons discuter sans avoir les enfants auprès de nous! Nous finissons tard, sans avoir fait le tour de tout ce qu’on avait à dire mais la fatigue se fait sentir! Cette nuit ne sera pas aussi reposante qu’escomptée…une colonie de petits scarabées a réussi à entrer dans le camion malgré nos précautions et la chasse avant de dormir ( j’ai une petite technique avec l’aspirateur à batterie…presque infaillible)! Au cours de la nuit, toujours une de ces petites bêtes pour venir nous chatouiller les jambes, les bras, le visage…un régal! Ajouté à cela: la chaleur! La soirée est chaude…la nuit aussi! Nous dormons les lanterneaux ouverts, jusqu’à ce qu’un orage éclate avec le vent et la pluie qu’il apporte avec lui. Pas le choix, il faut fermer les lanterneaux…et crever de chaud! Le vent secoue le camion assez fortement et nous avons bien du mal à retrouver un sommeil serein.
Jour 4: Le lendemain matin, le temps a bien changé. Impossible de déjeuner dehors tous ensemble! Julie nous livre ses bons pancakes (vraiment adorable!!!) et chacun prend son déjeuner chez soi. Nous prenons tout de même une bonne heure ensuite pour envoyer tous les enfants jouer dans le camping-car et nous prendre une tisane entre adultes dans le camion au calme…bonheur!!! Nous nous quittons ensuite pour plusieurs semaines ou plusieurs mois en nous promettant de nous retrouver sur la route!
Nous prenons la direction de la Caleta Valdes qui est au bout de la presqu’île. C’est LE lieu privilégié pour observer de nombreuses espèces d’animaux marins: éléphants de mer, manchots de Magellan, nombreux oiseaux et…des orques! Fred et Julie ont passé trois jours ici à scruter l’horizon avec leurs jumelles sans apercevoir un seul petit aileron d’orque…le temps changeant sera-t-il plus favorable? Nous découvrons d’abord le long de la piste de nombreux guanacos, herbivores de la familles des lamas et des chameaux qui peuplent toute la patagonie. Nous croisons également de très beaux chevaux sauvages et des lapins. Une fois au bout de la péninsule, nous nous arrêtons à la pinguinera. Comme son nom l’indique, c’est ici que nous verrons nos premiers petits manchots de Magellan. Difficile d’imaginer, quand tu te baignes dans l’océan par 30°C que tu peux voir des manchots ici. Pour moi, manchots était égal à: banquise, froid, glace, arctique ou antarctique, bonnet, écharpe, gants… Nous partons vers un deuxième mirador, puis vers un troisième où nous pouvons observer des femelles éléphant de mer étalées lamentablement sur le sable pour faire la sieste. Certaines tentent un déplacement, lent et coûteux, absolument disgracieux, qui semble leur demander beaucoup d’énergie. Les éléphants de mer, contrairement aux otaries et loups de mer, n’ont pas la possibilité de se mouvoir avec leurs nageoires antérieures. Ils doivent se contorsionner pour ramper sur le sol, déplacement totalement inefficace qui les rend très vulnérables aux attaques d’orques. C’est justement pendant que nous nous amusons de ce spectacle désolant qu’une autre touriste française repère au loin des sauts dans l’eau: ce sont des orques, sur le mirador précédent. Ni une, ni deux, nous repartons en courant vers le camion pour nous rendre sur les lieux en espérant qu’ils attendront ces quelques minutes pour se laisser admirer. Coup de chance, les orques sont encore là, visibles à l’oeil nu et semblent essayer de chasser. Une éléphant de mer gît sur le sable, immobile alors que les 4 prédateurs s’approchent dangereusement d’elle…si l’un d’entre eux saute sur la plage, elle sera perdue. Coup de chance pour elle, les orques battent en retraite et rejoignent l’océan quelques minutes plus tard. Nous sommes ravis d’avoir pu les observer, même si c’était assez court. Nous avons eu beaucoup de chance de n’être là que quelques heures et de les voir. Jusqu’ici les horaires de milieu-fin d’après-midi sont plutôt propices à l’observation des animaux. C’est à cette heure-là que nous avons vu le plus de baleines franches au Brésil, que nous avons observé le Jaguar dans le Pantanal, les iguanes au Paraguay. En fin de journée, les animaux sortent de leur sieste pour se nourrir avant la nuit. Ils sont bien plus actifs que la journée. Ils le seraient aussi au lever du jour mais à chaque fois que nous avons mis le réveil pour les observer, nous avons fait choux blanc…c’est que cet horaire ne nous convient pas, la fin d’après-midi correspond mieux à notre rythme et par chance à celui des animaux!
Nous reprenons la piste qui nous ramène à Puerto Pyramides où nous avons dormi la veille. Nous repasserons une nuit ici avant de continuer notre route vers le Sud.
Jour 5: Le lendemain, nous roulons de nouveau quelques heures en direction de la réserve biosphère de la Laguna Azul (une parmi tant d’autres). Nous nous arrêtons brièvement à Trelew pour observer la réplique du dinosaure le plus grand du monde dont on a retrouvé des fossiles dans la région…impressionnant!!! Nous continuons la route jusqu’à la pingüinera Cabo Dos Bahias. Il est déjà tard, la réserve va bientôt fermé. Nous décidons de nous installer non loin de l’entrée sur un espace qui donne une vue magnifique sur la baie et qui nous offrira encore un magnifique coucher de soleil. Nous partons nous balader sur le bord de l’océan. Le paysage est magnifique, sauvage, brut. Le ciel est chargé, presque menaçant. Parfois, une éclaircie parvient à percer les nuages pour illuminer la pampa d’or, de vert, de blanc et de bleu. Le spectacle est saisissant, les sensations puissantes. Les guanacos, conscients de notre présence, prennent un peu de distance et se préviennent entre eux. Nous observons un grand nombre d’oiseaux qui, encore une fois, en cette fin de journée, sont très actifs et chassent. Il y a notamment le Pétrel, immense oiseau de proie de 2m d’envergure, qui se déplace gracieusement et rapidement, et le goéland dominicain, magnifique espèce blanche et noire au bec jaune-orangé, entre autres. Ici la présence humaine est quasiment inexistante. Seuls quelques touristes passent ici pour visiter la réserve. Il y a également une estancia dans une autre anse un peu plus loin. Et c’est tout. Peu de choses pour venir perturber le parfait équilibre naturel de cet écosystème. Nous voyons au détour de notre balade des squelettes de guanacos, peut-être malades ou dévorés par un puma. Ici c’est monnaie courante. Les animaux morts continuent à appartenir à la nature. Les charognards se chargent de nettoyer la place, nulle besoin d’une action humaine quelconque!
Après l’un des plus beaux couchers de soleil qu’il nous aura été donné de voir, nous passerons la soirée chacun de notre côté, l’une écrivant, l’autre composant, autour d’une tisane et d’un carré de chocolat…douce soirée dans notre cocon, seuls dans ce grand silence.
Jour 6: Ce matin, nous visitons la pinguinera de Cabo Dos Bahias. Nous pouvons y observer une grande colonie de manchots de Magellan venue se reproduire et élever les petits ici. C’est vraiment une saison propice pour l’observation de ces animaux car les oeufs sont en train d’éclore et nous pouvons observer les petits. Les parents, vivant en couple, se relaient auprès des petits pour aller prendre un bain dans l’océan. Les manchots ont une plage et ont dessiné des sentiers pour s’y rendre. Ils sont vraiment drôles à observer avec leur démarche de clown et leur manière de se tenir en réunion. Ce sont des animaux sociaux, il n’y a aucun doute, il font beaucoup les choses en groupe. Nous nous régalons pendant une bonne heure à regarder ces petites boules de plumes et à analyser leur comportement. Un super moment en famille!
Puis, nous reprenons notre route en direction du Sud et nous arrêtons au bord de l’océan sur un petit parking éloigné de la route surplombant une plage. Encore un joli spot et une douce soirée qui nous permettra d’allumer une nouvelle fois le barbecue!
Jour 7: Ce matin, avant de partir, nous avons la chance d’observer deux dauphins qui jouent non loin du rivage. Ce sont les dauphins noirs et blancs de Patagonie. Spectacle court mais magnifique qui met de bonne humeur!
Nous reprenons la Ruta 3 en direction du Sud. Cette route est dangereuse: le vent de côté qui s’intensifie à mesure que nous roulons vers le Sud, les ornières dans le bitume créées par les nombreux poids lourds qui transitent par ici et les nombreux guanacos qui traversent comme si de rien n’étaient rendent la conduite vraiment stressante et peu agréable. Le paysage est le même pendant des centaines de kilomètres: de la steppe, quelques collines et des kilomètres de clôtures qui longent les lignes droites d’asphalte, auxquelles sont accrochés, par endroits, des cadavres de guanacos malchanceux qui n’ont pas réussi à la franchir avec le reste du troupeau. Après quelques heures, nous quittons la route pour nous enfoncer sur une piste de gravier qui nous mène à Puerto Deseado.
Cette petite bourgade portuaire se situe à l’embourchure du Rio Deseado, rivière vert jade qui se jette dans l’Océan atlantique. Nous y venons principalement pour partir en excursion sur une île qui abrite les fameux Pingouin Gorfou sauteurs, drôles de bêtes que l’on ne peut voir que sur une poignée d’îles dans le monde. Malheureusement, le mer étant trop déchaînée, il n’y aura pas de départ de bateau possible dans les deux jours à venir et notre rendez-vous de début décembre nous empêche de rester plus longtemps.
Nous décidons alors d’aller faire un peu d’escalade dans un des canyons bien connu des grimpeurs locaux. Un grands nombre d’entre eux sont présents en ce dimanche après-midi. Nous sommes immédiatement accueillis par l’une d’entre eux, qui nous présente le secteur et les voies qui sont agréables. La roche est très abrasive, c’est une roche sableuse avec de nombreuses aspérités qui paraissent être de bonnes prises. Une fois sur les voies, ces prises ne sont finalement pas si bonnes et le vent qui s’engouffre dans le canyon rend la grimpe difficile et peu agréable. Après quelques voies bien laborieuses, nous décidons de profiter de la fin d’après-midi pour faire quelques courses en ville et trouver un joli spot pour dormir.
Nous décidons d’emprunter la piste le long du Rio qui sillonne à travers des canyons creusés par les marées. En effet, ici, le Rio se mêle à l’océan et l’eau entre dans les canyons à marée haute. Le paysage est sublimé par la lumière de fin d’après-midi qui fait ressortir les contrastes de vert et d’or. Nous trouvons un spot parfait, en bordure de falaise mais à l’abri du vent, surplombant le Rio et l’un des canyon qui s’emplit deux fois par jour, à marée haute. Nous passons la fin de journée à observer le Rio changer de couleur au fur et à mesure que le soleil descend. Nous profitons d’un magnifique coucher de soleil qui nous rappelle encore une fois à quel point nous sommes chanceux d’être là, à cet instant précis, seuls dans cette nature sauvage et préservée.
Jour 8:
Le lendemain matin, nous nous réveillons avec un paysage extraordinaire. Les couleurs sont encore différentes de la veille. Le rio est vert clair laiteux, les touffes d’herbes jaunes de la steppes sont légèrement couchées par le vent et les lapins sauvages sautillent de part et d’autres à la recherche de leur petit déjeuner. Sylvain part courir sur la piste qui longe le rio et moi je vais me balader dans le canyon voisin pour admirer les nids que les oiseaux ont créé dans les creux des falaises. Au fond du canyon, là où le rivage n’est que rarement recouvert par les marées les plus importantes, une herbe rase et vert fluo pousse, sur un sable blanchi par le sel. Quelques animaux viennent ici se délecter de cette végétation salée: chevaux, brebis, lapins… Après cette balade, nous prenons le temps de faire une petite séance de yoga en observant ce paysage singulier.
Nous reprenons la route en fin de matinée en direction de Puerto San Julian. Nous n’avons que deux heures de route et arrivons en milieu d’après-midi. Nous décidons donc de parcourir la piste côtière qui surplombe l’Océan. De magnifiques miradors nous permettent d’observer (et d’écouter) des colonies de lions de mer qui se vautrent au soleil sur les rochers plats. Les plus jeunes s’amusent à faire des saltos dans l’eau en se propulsant à l’aide des rochers. Les femelles, elles, sont lamentablement étalées sur la pierre chaude, sous le bon contrôle d’un mâle jaloux qui guette quelconque rival qui voudrait s’approcher de son harem. Après avoir longuement observé ce théâtre, nous décidons de rejoindre une petite plage repérée à l’entrée de la piste pour passer la nuit. Nous nous y rendons et visualisons un espace à peu près plat qui semble bien stabilisé pour garer Inkaiko. Mais cette stabilité n’était qu’une impression, nous avons à peine le temps de nous rendre compte qu’il y a plus de sable que de cailloux que nos roues sont déjà ensablées de 10 cm. Inutile d’essayer d’avantage, nous n’avancerons plus sans aide. Heureusement, deux couples de jeunes pêcheurs sont présents avec leur pick-up sur la plage et acceptent gentiment de nous tirer de là. Nous nous garons un peu plus haut cette fois et passons une soirée et une nuit paisible avec des températures vraiment clémentes et l’absence de vent, choses rares pour cet endroit à en croire ce que nous disent nos sauveurs.
Jour 9: Aujourd’hui, dernière étape argentine de notre descente vers la Terre de feu. Nous faisons un bref passage à Rio Gallegos, ville ultra-moche qui fut le principal port militaire de la guerre des Malouines. Depuis le début de notre descente, nous avons croisé de nombreux panneaux sur lesquels était inscrit: « Las Malvinas fueron, son y seran argentinas ». Nous nous rendons sur un site mémorial de cette guerre qui a eu lieu en 1982 et opposait l’Argentine au Royaume-Uni. Les Îles Malouines sont un archipel situé au large de la Terre de Feu dans l’Océan atlantique appartenant au Royaume-Uni. En 1982, l’Argentine décide d’en reprendre le contrôle et déclare la guerre. Celle-ci ne durera que 4 mois et se terminera au profit du Royaume-Uni qui en conservera la souveraineté. Malgré la défaite, l’Argentine continue à revendiquer la souveraineté de ces territoires bien que ses habitants, principalement anglais, aient voté très majoritairement pour le maintien de la gouvernance du Royaume-Uni. Ce mémorial nous permet d’expliquer aux enfants ce qu’il s’est passé ici, dans cette ville-base aérienne d’où décollaient les avions de guerre argentins. Après une trentaine de minutes sur les lieux à supporter un vent abrutissant, nous décidons de reprendre la route pour nous approcher au maximum de la frontière.
Nous arrivons en fin de journée au bord de la « Laguna Azul », petit cratère volcanique qui abrite une lagune et un grand nombre d’animaux qui ont élu domicile dans ce petit espace protégé des rudes éléments patagons. Nous garons le camion en faisant attention à ce qu’il soit face au vent afin d’éviter les secousses pendant la nuit et partons visiter ce petit cratère. C’est un véritable ravissement qui s’offre à nos yeux. Nous avons l’impression de pénétrer dans un petit monde enchanté où cohabitent lapins, brebis, oiseaux, canards. Nous nous promenons au coeur du cratère en toute humilité en essayant de perturber le moins possible ce petit ecosystème fragile et féérique. Nous passerons notre dernière soirée bien au chaud dans le camion en écoutant le vent siffler dehors.
Jour 10: passage des frontières détroit de Magellan, arrivée en Terre de Feu
Dernier jour de route avant d’atteindre la Terre de Feu. Nous avons deux frontières à passer (Argentine-Chili puis Chili-Argentine) ainsi que le célèbre détroit de Magellan. En effet, la Terre de Feu est une province argentine mais elle est séparée du reste du pays par un territoire chilien d’environ 200km. Nous avons bien fait attention à vider notre frigo de nos produits frais, interdits d’entrée au Chili. Nous passons la frontière sans encombre. Celle-ci est plutôt bien organisée et les étapes bien définies: migration pour nos passeports, puis douane pour le document du camion et enfin la SAG pour la vérification des produits interdits. La liste est longue et nous avons forcément quelques articles prohibés. Cependant, la femme qui inspecte le véhicule est très sympa, elle nous laisse nos lentilles en nous demandant de les finir à Ushuaia et vide notre poubelle des peaux de bananes et autres épluchures de légumes. Nous continuons notre route jusqu’au fameux détroit de Magellan, ce nom qui nous rappelle nos cours de géographie, les histoires d’explorateurs, de transatlantique, de colons. Ce nom à lui seul est synonyme de voyage et de terres lointaines. Il nous rappelle que nous sommes très loin de chez nous, à quelques jours de la fin du monde! Nous arrivons devant l’embarquement de la barge qui va nous faire traverser le bras de mer. Pas de chance, l’une d’elle vient de partir et nous devons attendre une heure pour embarquer sur la prochaine. Nous en profitons donc pour prendre quelques photos et boire un maté dans le camion. On ne tient pas longtemps dehors, le vent glacial gèle nos jambes nues qui n’ont pas mis de pantalon depuis bien longtemps! Nous comprenons alors que notre voyage va prendre une autre tournure et que nous allons pouvoir sortir nos vêtements d’hiver. Les glaciers et l’Antarctique ne sont plus très loin, nous les avons attendus et pourtant, nous ne sommes pas vraiment prêts! A peine une heure plus tard, nous voici embarqués sur le ferry pour une bonne heure de traversée. Le détroit est agité, certaines vagues parviennent à éclabousser jusque sur le camion, à l’intérieur du Ferry. Nous observons le détroit à travers les vitres du salon des voyageurs en prenant conscience d’une nouvelle aventure qui commence…
Nous avions prévu au départ de passer quelques jours à Buenos Aires pour visiter les superbes quartiers de cette capitale. Mais le voyage c’est aussi l’imprévu, se laisser guider par nos intuitions, par les conseils des locaux et savourer le temps qui passe…Nous l’avons tellement savouré qu’il ne nous reste plus assez de temps pour aller jusqu’à Buenos Aires. Les locaux nous parlent tous de Cordoba, que c’est la plus belle ville du pays, qu’elle est agréable et sécure…
Nous nous laissons donc tenter par toutes ces éloges et décidons que notre city break, le premier depuis Montevideo et certainement le dernier avant très longtemps se passera à Cordoba.
A peine arrivés, nous sommes surpris par la circulation qui est plutôt limitée, les automobilistes sont courtois et font attention, on se croirait plus dans une petite ville que dans une capitale provinciale. Nous trouvons sur notre application I-Overlander des lieux gratuits et sécures pour stationner plusieurs jours, dans un parc en plein milieu de la ville. En effet, ce parc immense regorge de places de parking gratuites, tout au long des petites rues qui le traversent. Nous choisissons une place à peu près plate, sous un arbre et commençons déjà à apprécier cette ville accueillante.
Nous commençons notre visite par le centre historique qui s’est construit autour de la « Manzana Jésuitica ». En effet, au XVIème siècle, le royaume d’Espagne proposa à des diocèses de s’installer en Argentine pour évangéliser la population. Les frères Jésuites ont donc élu domicile ici, construisant de nombreux édifices religieux et des bâtiments annexes. Leur objectif était certes d’évangéliser la population mais également de l’instruire et de la cultiver. En effet, les jésuites étaient très attachés à l’éducation, à la connaissance, aux sciences et à l’art. Ils ont construit ici la première université d’Argentine. La ville a continué à croitre sur ce modèle et détient aujourd’hui la plus grande proportion d’étudiants (12%). L’université est très présente dans la vie de Cordoba, ainsi que sa vie culturelle et nocturne. Nous croisons de nombreux théâtres, salles et associations culturelles, académies de sciences, d’anthropologie, etc. Je ne connais pas la moyenne d’âge exacte de la ville mais nous sommes frappés par la proportion de jeunes.
Nous continuons notre visite en déambulant dans les rues, les différents quartiers: celui des grossistes, les centres commerciaux affichant les grandes marques aux prix européens et les échoppes bien plus abordables (certes avec quelques contrefaçons!). Au détour d’une rue piétonne, nous tombons sur la place principale, sur laquelle les joueurs d’échecs se retrouvent en fin de journée pour tenter d’affronter un cador. Quelques pas plus loin, artistes de rue, artisans et musiciens s’installent le long de la promenade et animent les rues en début de soirée. Nous remontons au camion à pieds le long du grand boulevard pour y déposer nos emplettes et nous rendons dans un bon restaurant non loin du parc.
Très bonne adresse (merci google!), tout le monde se régale! L’occasion de goûter le célèbre « Fernet Coca », boisson nationale. Cela a goût d’un médicament édulcoré au caramel…pas exceptionnel!!! Nous nous laissons même tenter par un dessert…chose qui ne nous arrive plus depuis que nous sommes en Argentine tellement les plats sont gros! Nous quittons ce très bon restaurant repus et nous arrêtons devant une guinguette à quelques mètres du camion. Ce soir il y a un concert et une très bonne ambiance. On y dégustera un Capirinha en écoutant la fin du concert avant d’aller nous coucher épuisés par cette belle journée.
La nuit ne sera pas des plus reposantes: à 5h du matin, quelques voitures se garent non loin du camion. Musique forte (comme on commence à en avoir l’habitude en Argentine), bavardages, rires…nous sommes vendredi soir et c’est l’heure de la sortie des bars. Les gens viennent boire un dernier verre ici avant de se quitter. Nous sommes réveillés pendant une bonne heure jusqu’à ce que tout le monde quitte les lieux. Deux heures plus tard, ce sont les débrousailleuses, balayeuses, tondeuses et tout un tas de trucs en -euses qui s’actionnent pour nettoyer le parc. Notre nuit est terminée…elle aura été de courte durée!
Nous sommes samedi matin, c’est le week-end. Le Parc Sarmiento grouille de coureurs et sportifs en tout genre qui viennent y faire de l’exercice. Cela nous donne bien évidemment envie de courir à nous aussi. Sylvain part faire son tour, puis Agathe et moi parcourons 4km en sillonnant le parc. C’est vraiment un endroit agréable, avec un petit étang sur lequel certains pratiquent le kayak, des promenades pour les piétons, une pistes cyclable et des équipements sportifs tous les 200 mètres. De plus c’est vraiment très ombragé, la température est douce et idéale pour courir et faire du sport. Quelques kilomètres de course à pied et une séance de yoga plus tard, nous voilà fin prêts pour une deuxième journée.
Nous commençons par nous rendre au marché agroécologique de l’Université, qui a lieu chaque samedi matin sur le campus. A peine arrivés, me voilà dans mon élément! Producteurs de légumes et de fruits bio, produits d’entretien bio pour le camion, falafels, tartes chaudes, boulettes indiennes, cosmétiques maison, miel…le paradis des écolos!!! Le tout animé par un concert de musique indescriptible devant lequel s’agitent une dizaine de personnes, dansant main dans la main autour d’une petite plante dans un pot de fleur…hippies-land bonjour!!! Nous passons un bon moment ici, en profitons pour acheter des produits bio pour nettoyer le camion et la vaisselle (introuvables dans les magasins), nous nous chargeons de fruits et de légumes bio vendus à des prix défiants toute concurrence! Nous dégustons quelques mets de toutes sortes dénichés sur des étals en écoutant le concert et en regardant, amusés, ces joyeux lurons adorer leur plante. Un super moment dans le seul marché bio que nous aurons rencontré jusqu’ici en Amérique du Sud.
Cordoba, en plus d’être jolie, culturelle, agréable, est aussi la ville la plus européenne que nous ayons visité depuis le début du voyage. On s’y sent un peu comme chez nous et même si nous sommes venus chercher la découverte d’autres cultures, je dois avouer que ce petit air de France, après presque 4 mois de voyage, a quelque chose de doux et de réconfortant, comme quand on revient passer quelques jours chez sa maman.
L’après-midi, après avoir parcouru la moitié de la ville à la recherche d’un Western Union ouvert (qu’on trouvera finalement au fond du nouveau terminal de la gare routière), nous nous rendons dans le quartier de Guëmes. C’est l’ancien quartier colonial de la ville, qui longe la rivière et qui fut délaissé par la population, aspirant à des lieux plus modernes. Aujourd’hui parfaitement réhabilité, c’est le quartier hipster de la ville, le plus touristique mais aussi celui qui accueille toute la vie nocturne. Nous retrouvons ici les maisons coloniales typiques que nous avions découvert à Montevideo: de petites constructions colorées, basses à toit plat avec portes et fenêtres arrondies. Elles ont presque toutes été réhabilitées et forment un ensemble charmant et chaleureux. De nombreux passages étroits menant vers des cours intérieures recèlent des trésors cachés: bars à bières, salons de thé, petites boutiques de créateurs. Il y a de nombreux bars, tous plus originaux les uns que les autres, prêts à accueillir touristes mais aussi tous les jeunes de cette ville qui, le soir venus, quittent leur costume d’étudiants pour profiter de Cordoba by night! Il faut attendre un bon 17h30 pour que les rues de ce quartier s’animent. Le paseo de Los Artes, marché artisanal, s’installe chaque soir et des centaines d’artisans de toutes spécialités viennent exposer leur travail. C’est vraiment magnifique! Il y a tout type d’artisanat: pierres, bijoux, bois, couture, cosmétiques, nourriture, antiquités, coutellerie, céramique, etc. Le travail est toujours d’une grande qualité et les prix très raisonnables comparés à ce que l’on peut trouver en France. Nous passons deux bonnes heures à déambuler dans les ruelles, puis, les bras chargés, décidons de remonter au camion en taxi pour déposer tout cela avant de revenir dîner dans ce quartier qu’on apprécie tant. Nous sommes frappés par l’effervescence qui règne dans les rues. Nous sommes samedi soir, comme partout ailleurs en Argentine la ville se transforme. Tout le monde sort, prêt à retrouver ses amis pour un repas, un verre, un pique-nique au bord de l’eau ou une nuit de folie dans les bars et les boîtes de la ville. Tous les trottoirs grouillent de jeunes gens, mêlés aux familles, aux couples, aux bandes de copains qui se rendent à leur lieu de fête. En voyage, j’apprécie beaucoup les samedi soir en ville, même petite. C’est une véritable plongée dans la vie sociale des locaux et en Argentine notamment, la différence avec les autres jours de la semaine est vraiment frappante.
L’heure du repas un samedi soir à Cordoba est proche de 22h. Cela nous laisse encore un peu de temps pour profiter de la petite fête foraine, promesse faite aux enfants la veille. Après une heure de manèges, nous reprenons le taxi pour nous rendre dans un des restaurant emblématiques de Cordoba, dans le quartier Guëmes, la puña traditionnel « Los infernales ». A peine entrés, nous retrouvons l’ambiance de la puña que nous avions fait à Salta. Tables en bois éparpillées, décoration locale un peu chargée, musiciens et couvert simple. Nous sommes très bien accueillis et nous nous faisons plaisir avec une planche apéro, une belle pièce de boeuf, une bonne bouteille de vin, et même un mi-cuit au chocolat en dessert! J’aime beaucoup l’ambiance des puñas, cette douce simplicité alliée à la passion de la musique qui réunit des argentins de tout âge appréciant de chanter tous ensemble toute la soirée. La bonne bouffe, les amis, la musique…la vie quoi!!! Nous traînons jusqu’à un bon 1h du matin avant de reprendre notre taxi pour rentrer au camion.
Nous redoutions cette deuxième nuit de fête étant samedi soir, mais étonnamment, celle-ci sera plus silencieuse que la précédente.
Le dimanche matin, nous nous réveillons au chant des aspirateurs, balayeurs, nettoyeurs qui remettent le parc en ordre après une nuit de fête. De nombreux sportifs sont déjà en train de courir, marcher ou s’exercer dans le parc. Comme la veille, nous en profitons nous aussi pour courir et faire un peu de yoga avant de déguster un gros brunch et de dire « au revoir » à Cordoba, la Hermosa!
Nous avons tous sans exception beaucoup apprécié cette ville et ne regrettons pas du tout d’y avoir passé le week-end. Elle est à la hauteur de sa réputation, tant par sa beauté que par l’ambiance qui y règne. J’ai même proposé à Agathe de venir y faire un an d’étude pour profiter de tout ce qu’elle a à offrir, chose qu’elle envisage en effet!
Nous quittons la ville pour une longue route, la plus grande distance que nous n’aurons jamais parcouru: près de 3500km à parcourir en 11 jours pour gagner l’autre extrémité du pays: Ushuaia!
Amateurs d’escalade, nous souhaitions profiter de ce voyage pour explorer pas mal de sites en Amérique du Sud. Ce sport est peu développé encore ici, notamment au Brésil où nous n’avons trouvé aucun spot de grimpe. Le Paraguay en possède un seul, Tobati, où nous avons grimpé deux fois. L’Argentine, quant à elle, regorge de sites, plus ou moins récents, notamment dans la région de Cordoba où se trouvent les deux plus gros sites du pays: la Ola avec plus de 160 voies et Los Gigantes avec plus de 200 voies.
Nous commençons par nous rendre sur le site de la Ola, qui se trouve sur la route entre San Juan et Cordoba, dans la Parque Nacional El Condorito. La route pour venir jusqu’ici est magnifique. Ce sont des paysages de moyenne montagne, avec beaucoup de verdure, des rivières qui s’écoulent dans les vallées et de jolis villages qui se succèdent. Nous avons l’impression de traverser les pré-Alpes en France. Un air d’Europe semble flotter dans l’air: les habitations, les magasins, les vttistes, les coureurs…nous avons bien quitté les Andes pour un monde qui ressemble étrangement au nôtre! Nous parcourons la vallée de Mina Clavero puis montons dans la Quebrada par une route spectaculaire qui sillonne entre des monticules rocheux donnant une vue plongeante sur la vallée. Nous décidons de nous arrêter en bord de route pour dormir, sur un espace plat, à côté du départ des voies. Difficile de trouver meilleur endroit pour se garer à cet endroit, à moins de redescendre dans la vallée mais nous préférons être proche des voies d’escalade pour en profiter dès le lendemain matin. Finalement la nuit fut assez calme, la route étant surtout empruntée en journée.
Jour de grimpe 1: Secteur Torres Jemeles
Nous passons la journée sur ce beau secteur qui offre une bonne dizaine de voies essentiellement dans le 6. Dévers avec gros bacs, vertical, dalle avec petites prises…ce secteur est vraiment varié et possède de belles longueurs de 30 mètres. Nous nous régalons, ainsi que les enfants qui réussiront respectivement une 5+ pour Gaspard et une 6b pour Agathe! Excellente journée pour toute la famille!
Jour de grimpe 2: Secteur Escuela
Nous choisissons un secteur facile avec de la grimpe dans le 5 essentiellement pour permettre à Agathe de passer des voies en tête et travailler nos manipulations. L’occasion pour moi aussi de me réconcilier avec la grimpe en tête, chose que je n’avais plus fait depuis longtemps, trop envahie par la peur. Les deux jours de grimpe à San Augustin plus la veille sur ce site m’ont redonné confiance. Je prends beaucoup de plaisir à grimper en tête sur toutes les voies dans le 5! Je suis très contente d’avoir réussi…même si j’ai conscience que le niveau était très simple et que je suis loin d’y parvenir sur une 6a! Nous enchaînons quelques rappels également, pour le plus grand plaisir d’Agathe qui n’en avait jamais fait. Journée plus mitigée pour Gaspard qui ne se sent pas à l’aise. Il essaie de grimper deux fois mais prend peur et peine à descendre…ce n’est décidément pas le plus téméraire de la famille!
Jour de grimpe 3: Los Gigantes
Nous décidons de nous rendre sur le site de Los Gigantes, à 2h d’ici, pour deux jours de grimpe également. Nous quittons la Ola le matin, faisons le plein de courses à Villa Carlos Paz et nous rendons à Los Gigantes. Une idée un peu folle nous prend: et si nous partions en bivouac avec la tente jusqu’au pied des voies??? Ni une, ni deux, à peine arrivés sur le parking, nous commençons à préparer les sacs! Tente, matelas, duvets, nourriture et eau pour 4 personnes, matériel d’escalade, réchaud, un jeu de yam…1h30 plus tard, nous voilà partis, sacs sur le dos, pour une ascension de 2h jusqu’au fameux Cerro de la Cruz, majestueuse paroi de 120m qui surplombe tout le massif. La rando est exigeante, beaucoup de rochers à escalader, un sentier sinueux et parfois mal balisé, et surtout un paquetage lourd sur le dos, mais nous parvenons tous les 4 au pied du Cerro juste à temps pour monter le campement avant la nuit.
Cette nouvelle expérience est galvanisante, les enfants sont vraiment heureux, s’amusent dans la tente avec leurs duvets en attendant que nous préparions le repas….si nous pouvons appeler cela un repas. Nous n’avons pas vraiment eu le temps de préparer quelque chose d’élaboré alors nous nous contenterons de sandwichs jambon-fromage et d’un fruit. Nous passons la soirée au chaud dans nos duvets à jouer au Yam, puis nous nous endormons les uns blottis contre les autres. Le sommeil sera de courte durée. Je me réveille la première, effrayée par des bruits de pas d’animaux autour de la tente. Je réveille Sylvain qui ne semble pas du tout inquiet. Je pense au jambon, au fromage que nous avons, cela attire peut-être les animaux, ils vont peut-être vouloir entrer, déchirer la tente pour nous prendre notre nourriture…Je me sens tellement vulnérable au milieu de cette nature qui, de jour, me semble si douce et si belle! La nuit, nous sommes les intrus, les hôtes de cet environnement si peu familier et nous n’avons plus qu’à prier pour que ses habitants acceptent notre présence.
Au milieu de la nuit, le vent se met à souffler en rafales, secouant de manière discontinue la tente dans tous les sens! Me voilà réveillée à chaque bourrasque, si tant est que je m’étais endormie… Agathe a elle aussi peur, elle se réveille régulièrement pou se blottir contre son père. Le seul qui passe une bonne nuit, c’est Gaspard, qui pense que son lit est la tente entière et grimpe sur tous ses voisins, les confondant avec son oreillers ou son matelas! Bon clairement, cette première fois ne sera pas la nuit la plus reposante de notre vie mais en revanche, comme toutes les premières fois, elle restera gravée dans nos mémoires!
Nous prenons le petit déjeuner sous notre auvent en débriefant. La nuit a été courte et longue à la fois mais tout le monde est super content! Il est clair que dormir en tente en pleine nature est une expérience nouvelle qui devra être renouvelée souvent avant que je puisse vraiment dormir, mais j’ai vraiment envie de recommencer malgré tout et les enfants aussi. Sylvain, lui, a surtout subi notre insomnie, ni le vent, ni les bruits d’animaux n’ont perturbé son sommeil…injustice tout de même!!!
Jour de grimpe 4: Cerro de la Cruz
Après avoir démonté le camp, nous nous attaquons au Cerro de la Cruz. Nous aurions bien aimé enchaîner plusieurs longueurs pour gravir les 120m mais nous n’osons pas laisser les enfants seuls en bas. En cas de problème, impossible de redescendre rapidement pour les aider. Nous enchaînons donc des voies en couenne de 30 à 35 mètres, toutes dans le 6. C’est une grimpe principalement en dalle avec de petites prises de pieds et de main, encore différente de ce que l’on a connu sur le site de la Ola. En milieu d’après-midi, nous redescendons vers le parking avec pour objectif de grimper un peu sur un autre secteur qui se trouve sur le chemin. Nous cherchons ce fameux secteur un moment, trouvons quelques voies équipées mais ne ressemblant pas tout à fait à la photo du topo. Nous doutons d’être au bon endroit. Il se fait déjà tard, nous décidons finalement de redescendre au parking. Nous rejoignons le camion vers 17h30. Le temps de ranger tout notre matériel, nous quittons Los Gigantes une heure plus tard, juste à temps pour rejoindre Villa Carlos Paz avant la nuit que nous passerons au bord du lac.
Cette nuit fut extrêmement reposante. Après cette escapade au coeur de la nature, la ville avait quelque chose de rassurant pour ma part. Nous étions au fond d’une impasse au bord d’un lac, avec vue sur les montagnes verdoyantes et sur les lumières de la petite ville touristique et balnéaire qui accueille la bourgeoisie de Cordoba le week-end. Nous y resterons jusqu’au lendemain midi, profitant de la vue pour faire une jolie salle de classe aux enfants.
Petit article sur ces quelques jours passés à Villa San Augustin, village touristique de la province de St Juan, où il fait vraiment bon vivre. Les températures à cette saison sont idéales, il n’y a ni vent, ni moustiques, ni poussière, des conditions parfaites pour nous reposer après ces quelques jours de haute montagne dans la Puna.
C’est une étape importante de notre voyage, une sorte de pèlerinage sur les trace de notre ami Erwanig (dit « Kiké » en Agentine), qui a passé plusieurs semaines ici il y a plus de douze ans, lors d’un voyage au long court autour du monde. Ce village est resté cher à son coeur ainsi que les gens qu’il y a rencontrés et nous sommes curieux de découvrir ce lieu et ses habitants.
Lorsque nous arrivons, nous nous présentons à Estela, patronne d’un camping dans lequel notre ami avait travaillé plusieurs semaines en tant que guide pour les balades à cheval. Estela se remémore immédiatement Kiké. Elle nous invite à sa table et nous raconte quelques anecdotes. Cela semble lui faire très plaisir de nous recevoir, elle nous dit que c’est un peu comme avoir de la visite de la famille! Agathe et Gaspard se sentent immédiatement très bien ici, la portée de trois petits chaton y étant pour quelque chose! Nous nous sentons immédiatement chez nous et décidons de rester camper ici quelques jours.
Nous profiterons de ce temps de pause pour faire laver notre linge, aller faire de l’escalade sur le site tout récent qui se trouve à 500 mètres du camping, monter à cheval avec Don Pedro, faire un peu de vélo dans la Valle Fertil et même reprendre un peu l’aquarelle! Nous prenons le temps de vivre et c’est très agréable!
Nous rencontrons aussi Griselda, une autre amie de Kiké qui a ouvert un petit hôtel non loin du camping. Elle nous reçoit elle aussi à bras ouvert, comme si nous étions de la famille. Nous partageons de supers moments d’échange autour d’un maté. Griselda nous invite à manger le lendemain midi. Elle prépare une tarte, je me charge de la picadilla (apéritif) et du vin. Nous passons trois bonnes heures à bavarder de tout et de rien, un moment très agréable.
Petite anecdote: le dernier soir, nous faisons un asado improvisé pour cuire un « chivito » que j’ai moi-même malencontreusement commandé! Voilà ce qui arrive lorsque tu comprends de manière approximative l’espagnol! Lors d’une balade à cheval, Pedro, le mari d’Estela, me parle de chivito et me dit que celui du village est le meilleur de la planète. Pour moi, à ce moment-là, un chivito est une spécialité uruguayenne: un sandwich avec une tranche fine de boeuf! Je lui dis bien sûr que j’aimerai le goûter… Ni une, ni deux, Estela viens me voir le jour-même pour me proposer d’en acheter pour moi car elle doit de toute façon se rendre au magasin qui les prépare. Je comprends tout de même à ce moment-là, qu’il s’agit plutôt d’un morceau de viande assez gros et non d’un sandwich. Je comprends également qu’il s’agit de viande de cabri… Estela me parle d’une cuisson au four…je pense à un rôti!!! Quelle ne fut pas ma surprise lorsque, à peine rentrée de notre séance d’escalade, Estela approche, toute fière, avec son chivito dans les mains!!! Elle tenait un cabri entier, par les deux pattes arrière, prêt à être cuisiné! A ce moment-là, je crois que ma première sensation fut le dégoût…ce petit être qu’on a pelé puis coupé en deux et vidé pour être cruellement mangé par des méchants humains!!! Puis, polie comme je suis, j’ai affiché mon plus grand sourire, prête à me lancer dans ce nouveau défi! Estela m’a beaucoup aidée et guidée, elle s’est occupé d’aller chercher le bois, nous a montré comment gérer la cuisson…elle y a pris beaucoup de plaisir et nous avons passé un excellent moment! Nous avons refait le monde en dégustant cet excellent chivito (et oui, il faut l’avouer, je crois que Don Pedro avait raison, le Chivito de San Augustin est le meilleur de la planète!) accompagné d’une bonne bouteille de vin. Estela en a profité pour me raconter quelques cancans du village…croustillant! Ce moment restera pour moi un excellent souvenir dans ce voyage et un moment de partage authentique avec une belle personne…comme quoi, la nourriture et la cuisine sont vraiment un langage universel et les meilleurs prétextes à la convivialité!
Nous quittons la petite bourgade de San Augustin requinqués et nous dirigeons vers la région de Cordoba.
Nous avons tellement aimé la Puna nord, cette partie de l’Altiplano andin, perchée à 3500m d’altitude (cf article sur Tolar Grande et la Puna Nord) que nous décidons d’y retourner, mais cette fois par le Sud. Nous prenons donc la route direction El Penon, dans la province de Catamarca.
Nous sommes frappés par la différence d’état des routes entre la province de Catamarca et celle de Salta. Il s’agit du même environnement, même relief, même conditions climatiques mais les routes sont toutes asphaltées et de très belle qualité. La route est goudronnée jusqu’à Antofagasta de la Sierra, notre point de chute. Sur la route, nous découvrons une immense dune de sable fin. Nous vérifions l’altitude…nous sommes bien à 3000 mètres et non à la plage! Ici le vent est quasiment permanent et transporte les grains de poussière qui s’amoncèlent devant un obstacle, formant tantôt de petites buttes, tantôt des dunes immenses! Nous nous amusons à la gravir et à la descendre à toute vitesse, cela nous dégourdit les jambes après une journée de route. Nous nous arrêtons à quelques kilomètres d’El Penon pour passer la nuit au bord de la Laguna Blanca. Le paysage est encore une fois saisissant, lagune bleue, bordée de blanc et de vert fluo, bordée par une grande prairie où broutent tranquillement un troupeau de vigogne et protégée par de grandes montagnes colorées. J’aperçois au loin sur la lagune de petites taches. Je saisis les jumelles pour mieux voir et oui, c’est bien ce que je croyais…ce sont bien des flamants roses!!! Je suis toute émue par cette vision et me précipite de hors pour essayer de les voir de plus près. Nous faisons une jolie balade autour de la lagune et observons tous ces animaux sauvages pendant un bon moment. Nous passerons une très belle nuit tout seuls au milieu de cette nature magnifique.
Le lendemain, nous prenons la direction d’El Penon. Le paysage qui défile devant nous est à la fois familier car ressemblant à celui de la Puna nord, et à la fois unique et merveilleux. Les dégradés de couleurs pastels, les vigognes, les roches, c’est un régal pour les yeux. Nous nous arrêtons à l’office de tourisme pour prendre quelques renseignements sur les zones à visiter et surtout sur la praticabilité des routes. La jeune femme nous explique que le volcan Galan et Piedra Pomez ne peuvent être réalisés sans 4×4 et qu’il n’y a pas de loueur à El Penon, ni à Antofagasta. La seule solution est de partir avec un guide. Elle nous propose de nous mettre en relation avec l’un d’entre eux. Nous continuons vers Antofagasta. La journée est très venteuse, difficile de sortir du camion sans avoir de la poussière dans chaque orifice du corps! Nous nous arrêtons pour déjeuner au pied du volcan Antofagasta et son impressionnante coulée de lave. Nous souhaitions réaliser la petite randonnée qui permet d’atteindre le sommet mais le vent nous dissuade de monter. Nous passerons l’après-midi à visiter les environs en camion.
Le soir, nous nous installons chez le guide qui nous a contacté pour réaliser le tour au Volcan Galan et à Piedra Pomez. Il nous propose de nous garer chez lui et de profiter du WiFi de sa maison. Le lendemain matin, nous partons très tôt (7h30) pour visiter le Volcan Galan. Il s’agit du plus grand cratère du monde (45 km de diamètre) qui a été identifié comme cratère il y a peu. Les anciens savaient qu’il y avait des volcans autour mais c’est quand les images satellites sont arrivées qu’on a pu identifier qu’il s’agissait d’un seul et même cratère. Le tour dure environ 6h. Il faut à peu près 2h pour atteindre le haut du cratère depuis El Penon. Nous passons par la Laguna Grande où nous pouvons observer les flamants roses tous réunis et serrés les uns contre les autres pour se protéger du froid matinal. Puis, nous traversons un dédale de colonnes rocheuses aux formes étranges qui semblent presque sculptées par le vent. Ce sont des cheminées de lave qui étaient autrefois entourées de montagnes que l’érosion a fait disparaître. Ne restent aujourd’hui que ces cheminées dont la roche est plus dure et moins sensible à l’érosion. Nous nous amusons à trouver des formes humaines et animales dans ces colonnes. Puis nous continuons vers l’entrée du cratère. Les lumières et les couleurs sont fantastiques et changent au fur et à mesure que le soleil monte dans le ciel. Nous arrivons à l’entrée du cratère qui culmine à 4790 mètres d’altitude! La vue sur la Laguna Diamante est splendide! Une lagune d’un bleu turquoise étincelant, entourée de blanc et de vert fluo, avec, par endroit, des auréoles rosées, dues aux différentes bactéries présentes dans l’eau. Le guide nous explique que la couleur des flamants roses peut être différente en fonction de la lagune dans laquelle ils se trouvent. Ce sont des bactéries qui donnent la couleur à la lagune où elles se trouvent et selon le type de bactéries qu’ils consomment, leur couleur est différente. Ces bactéries sont les mêmes que celles qui ont donné la vie sur terre il y a des millions d’années. Nous continuons à l’intérieur du cratère vers les geysers. Ici, l’eau sort de terre à 86 degrés. Nous sortons de la voiture et nous approchons de la vapeur qui s’échappe du sol. L’ambiance est étonnamment chaude et humide, cela contraste fortement avec cette journée froide, venteuse et sèche. Nous continuons un peu plus loin, là où l’eau refroidit peu à peu. Ici commencent à réapparaître des colorations dues à des bactéries qui supportent cette chaleur. A 86°C, aucune bactérie ne subsiste. A 70°C, l’eau commence à prendre une couleur orangée, à 55°C, une couleur verte. Nous ne résistons pas à toucher cette eau chaude, merveille de la nature en plein désert d’altitude! Nous amorçons ensuite le chemin du retour en observant avec émerveillement le paysage grandiose qui nous entoure et qui est déjà bien différent de celui que nous avons vu ce matin. A chaque heure du jour, la lumière différente donne à voir un nouveau spectacle. Depuis que nous voyageons c’est la lumière de fin d’après-midi que je préfère, elle sublime tout, comme un dernier coup de projecteur pour sublimer le final avant l’extinction des feux.
Une fois rentrés à El Penon, nous passons le reste de l’après-midi à nous balader dans le village et les alentours. Le vent est enfin tombé et nous en profitons pour sortir marcher un peu. Nous assistons à une attaque de Lama par un chien du village qui nous a suivi. Les pauvres lamas dans leur enclos sont effrayés, bien que quelques téméraires essaient de tenir tête au cabot surexcité. Le chien finit par se lasser et s’enfuir. Le paysan pénètre dans l’enclos des lamas et vient à notre encontre. Il parle avec un accent très prononcé et nous ne comprenons pas exactement tout ce qu’il nous dit. Il semble fâché, je ne sais pas vraiment s’il nous en veut d’avoir mené le chien jusqu’ici ou s’il cherche à qui il appartient. Discussion de sourds qui ne mène pas à grand chose. Nous préférons ne pas nous mêler des histoires du village et prenons gentiment congé en nous excusant de ne pas comprendre.
Nous passons la soirée bien au chaud dans le camion et nous couchons tôt car la journée a été longue.
Le lendemain, nous partons visiter en Campo de Piedra Pomez, la plus grande coulée de lave au monde (75 km²) qui a la particularité d’être blanche et rose. Ces pierres, formées il y a entre 73 000 et 100 000 ans, viennent d’une violente éruption volcanique du Cerro Blanco: des nuages de cendre chaude ont été projetés en l’air puis ont refroidi très rapidement en regagnant le sol, ce qui a créé des bulles d’air à l’intérieur de la roche. Cela la rend très légère et très poreuse. Nous avons fait l’expérience de frapper contre un bloc et d’en sortir des notes de musique. Cela fait caisse de résonnance à l’intérieur! Années après années, le vent a sculpté ces roches leur donnant des formes surréalistes et en créant une oeuvre d’art géante naturelle!
Nous avons passé une bonne heure à grimper sur ces meringues géantes et à faire des « cache-cache ». Un souvenir magnifique de cette merveille naturelle complètement inattendue, trésor encore bien caché de l’Argentine!
Nous terminons cette aventure dans la province de Catamarca par la ville de Fiambala où nous passerons le week-end: sandboard dans les dunes, restaurant, thermes naturels…une journée de break en famille très agréable!
Après un séjour de près d’une semaine à Salta, nous reprenons la route en direction de Cafayate. Nous empruntons la Ruta 68, superbe route panoramique et asphaltée (cela fait tout de même du bien après les centaines de km de piste de la Puna!). La route part des collines verdoyantes de Salta pour monter progressivement vers Cafayate, petite oasis andine touristique qui bénéficie d’un climat chaud et sec, d’une irrigation naturelle et d’un sol très minéralisé, cocktail favorable à la culture du raisin et à la réalisation de vin. Nous traversons des vallées en suivant les cours d’eau, puis, progressivement, la végétation se raréfie et laisse place aux épineux, aux cactus de tout genre et à un paysage plus minéral, tantôt jaune, tantôt gris, tantôt rouge. Nous nous arrêtons quelques fois pour profiter de quelques points de vue et de spots remarquables. Les formations rocheuses sont belles et différentes de celles du Nord, mais bien moins impressionnantes, nous ne nous attardons pas longtemps.
En arrivant à Cafayate, nous décidons de faire le tour de la bourgade. Nous nous baladons à travers le marché artisanal. L’artisanat est très présent en Argentine et de grande qualité. Amoureux de pierres et de bijoux, c’est ici votre Paradis! Il y a aussi des articles en céramique, des lampes en cardon (grand cactus) et calebasses, des instruments de musique en bois…on a envie de tout acheter car en plus d’être beau, c’est très bon marché!
Nous quittons la place principale en suivant un défilé dansé et costumé. Les danseurs suivent un Pick-up qui diffuse de la musique en réalisant des chorégraphies de danse traditionnelle. Moment très sympa! Nous retrouvons nos amis Belges ainsi qu’un autre couple rencontrés à Salta quelques jours plus tôt et passons une belle soirée à discuter autour d’un bon verre de vin local!
Le lendemain, nous partons en direction de Cachi sur la fameuse Ruta40. Cette portion est réputée pour être en très mauvais état. En effet, il faudra rouler doucement! L’effet tôle ondulée causé par le passage de nombreux véhicule est désagréable: il va falloir une nouvelle fois dégonfler les pneus! En effet, sur les pistes de ripio, nous dégonflons à 2,5 à 3 bar pour plus de confort et pour pour protéger l’intérieur du camion. Les secousses sont moins puissantes et les vibrations amoindries également.
Malgré l’état de la piste, cette route est vraiment une des plus belles routes d’Argentine! La Quebrada de Las Flechas, forêt de roches acérées pointant vers le ciel, est vraiment impressionante, très différente de tout ce que nous avons vu jusqu’ici. On se sent tout petits au milieu de toutes ces flèches de pierre pointant vers le ciel! La route se poursuit entre canyons rocheux et vallées fertiles parcourues par le Rio Calchaqui qui offre à cette région de bonnes conditions de culture et des oasis de verdure au creux de ces monuments minéraux. J’aime beaucoup l’alliance du minéral avec la verdure des oasis. Cela crée du contraste et amène de la vie dans cet océan de pierre. Je me rends compte que je suis vraiment attachée à la verdure et que je ne pourrais pas vivre dans un endroit sans plantes. Même si j’aime beaucoup les pierres, en bijoux comme en escalade, les ambiances totalement minérales me semblent sèches et hostiles, aussi impressionnantes que morbides, comme si l’Homme n’était pas le bienvenu parmi ces géants de pierre, ou alors seulement en tant que photographe, le temps d’une visite furtive.
En fin d’après-midi, nous bifurquons à gauche en direction d’une lagune où nous retrouverons nos amis Belges, près de laquelle se trouve un spot d’escalade. La piste est étroite et sillonne à travers les montagnes avec parfois des pentes assez importantes. Une heure de pur bonheur de voir notre Inkaiko parvenir à enchaîner ces virages dans un paysage andin époustouflant! Nous rejoignons la famille liégoise déjà installée au bord de la lagune. Le lieu est magnifique! Nous sommes seuls au beau milieu des montagnes, si l’on ne compte pas les dizaines d’ânes qui nous entourent! Nous passerons une bonne soirée au coin du feu, les enfants réalisant une construction Inka avec des pierres et du ciment (totalement local!) et les adultes profitant de ce moment de répit pour bavarder autour d’un verre de vin.
Le lendemain matin, nous partons en randonnée tous ensemble en direction du site d’escalade. Une belle montée exigeante mais assez courte nous mène vers le haut de la montagne, où des dizaines d’immenses rochers rouges semblent avoir été déposés dans un désordre total. Certains tiennent en équilibre sur d’autres, créant des ponts des tunnels ou des grottes. les enfants trouvent ce lieu paradisiaque! Non pas pour la vue splendide sur la lagune mais pour les cavernes et abris qu’ils investissent en 10 minutes et transforment en un hôtel avec cuisine, chambres, accueil, bar, etc! Le repérage des voies n’est pas évident sur un site pareil. Les secteurs sont difficiles à identifier et leur approche reste exigeante. Pas de sentier balisé, parfois un peu d’escalade de rocher en rocher sans aucun assurage…il nous faut une bonne heure avant de trouver un des secteurs équipés et correspondant à notre niveau. Le temps a passé vite, nous pique-niquons ici et grimpons un peu. La journée est très chaude, les réserves en eau s’amenuisent alors nous décidons de ne pas chercher un nouveau secteur (ce qui nous prendra encore pas mal de temps) mais de rentrer aux camions. Nous passerons une dernière soirée tous les 8 dans ce lieu magique à discuter et observer les étoiles.
Le lendemain, nous quittons la lagune de Brealito non sans quelques craintes quant à la remontée par la piste. A l’aller, nous avons descendu quelques pentes en nous disant « j’espère que ça ira pour remonter ». Nous faisons ce trajet à deux véhicules pour pouvoir s’aider mutuellement en car de problème. Finalement, nos deux camions montent sans encombre, encore une fois nous sommes fiers de notre Inkaiko. Nous continuons la route jusqu’à Cachi, village andin bien plus petit que Cafayate et déjeunons ici en regonflant nos pneus et en faisant le plein d’eau avant de nous quitter cette fois pour un bon moment. Nos amis belges partent vers Humahuaca tandis que nous partons vers le sud. Nous nous disons « au-revoir » et « à bientôt » car nous sommes persuadés que nos chemins viendront à se recroiser!
La route 33 entre Cachi et Salta est elle aussi majestueuse! Elle traverse le parc de Los Cardones, immense étendue recouverte de Cardons, ces cactus géants qui ont des dizaines voir centaines d’années, puis elle débouche sur une route de montagne qui descend la Quebrada del Escoipe en des dizaines de boucles et de virages à l’épingle. Spectacle époustouflant que je ne prendrai pas en photo car j’ai passé le trajet à discuter avec une autostoppeuse qui rentrait d’un des mirador où elle vend toute la journée des tortillas aux touristes qui s’arrêtent. Elle vit un peu plus bas, non loin de la vallée. Sa mère tient un parador (sorte de petit restaurant pour faire une pause, manger un snack ou boire un verre). Chaque matin, cette femme _qui semble avoir à peu près mon âge_ monte en stop en altitude pour vendre ses tortillas et redescend le soir venu. Elle est ébahie par notre camion et nous confie qu’elle n’avait jamais vu d’intérieur de camping-car. Un an de voyage, pour elle comme pour la quasi totalité des gens d’ici, c’est inconcevable. Elle parvient à se libérer 14 à 21 jours (week-end compris) répartis dans l’année depuis qu’elle est à son compte. Elle rêve de partir un peu en vacances, par exemple au Nord de Salta ou un peu plus au Sud. Nous lui parlons de la Quebrada de Humahuaca, de la fameuse montagne aux 14 couleurs, qui est à quelques heures d’ici et qu’elle ne connaît pas. Encore une leçon de vie que nous recevons et qui nous fait relativiser sur nos conditions de vie ou de travail en France…on se gardera bien de faire des commentaires sur notre « difficile vie d’occidentaux qui travaillent trop »!!!
Nous finissons la descente vers Salta et passons la nuit au bord d’un petit lac non loin de la route 68 (celle de Cafayate) que nous serons obligés d’emprunter de nouveau pour filer vers le Sud.
Jour1: Purmamarca – Salinas Grandes – San Antonio de Los Cobres
Nous quittons la région de Jujuy et décidons de nous rendre aux Salinas Grandes, un petit salar parmi tant d’autres, le « mini Uyuni » comme on aime l’appeler ici pour faire venir les touristes. Nous traversons la Cuesta de Lipan, sommet montagneux qui culmine à 4170 m par une très belle route en lacets. Nous redescendons ensuite vers les salinas que nous apercevons au loin. Une grande étendue blanche tranchée dans la largeur par une route rectiligne qui mène vers le Chili et le fameux paso de Jama, poste frontière perché à plus de 3000m d’altitude. Nous nous arrêtons dans un petit bar sur le bord de la route qu’on appelle ici Parador afin de boire un thé de Coca. De l’intérieur, nous avons une vue magnifique sur les salinas. Nous étudions la carte, deux choix s’offrent à nous: faire demi-tour et rentrer à Salta ou emprunter la ruta 79 qui longe les Salinas puis rejoint la Ruta 40 jusqu’à San Antonio de Los Cobres, aux portes de la Puna et de Tolar Grande, mystérieux village dont le nom raisonne dans ma tête depuis longtemps sans que je sache expliquer pourquoi. Nous demandons par curiosité à la propriétaire des lieux l’état de la route jusqu’à San Antonio de Los Cobres. A notre grande surprise, elle nous dit que c’est tout à fait praticable avec notre camion, même s’il y a des portions un peu désagréables, en allant doucement, aucun souci. Nous nous regardons et nous disons: c’est parti!
Nous voilà donc lancés sur cette piste qui sera la première d’une longue série à travers la Puna, ces hautes plaines perchées à plus de 3000m d’altitude qu’on appelle communément l’Altiplano. La Puna est la partie Argentine de l’altiplano. Celui-ci s’étend également sur le Nord-Est du Chili, l’Ouest de la Bolivie et le sud du Pérou. Nous n’avions absolument pas connaissance de cette région argentine qui est peu connue en Europe. Nous avions bien entendu parler de Jujuy, de Salta, de Cafayate, mais de la Puna, jamais. Pour autant, depuis que nous sommes arrivés en Argentine, un ensemble de petits signes n’ont eu de cesse de me mener vers Tolar Grande, village poussiéreux, loin, haut, difficile d’accès qui semble pourtant recéler des trésors naturels incroyables. Quelques jours avant, je me renseignais pour parcourir cette partie de l’Argentine en 4×4 depuis Salta, persuadée que nous ne pouvions pas le faire avec notre camion. Un guide francophone m’a gentiment répondu par Whatsapp, me disant qu’on pouvait tout à fait le faire. Il m’a indiqué l’itinéraire, les points d’altitude, le numéro des pistes à suivre, etc.
Cet après-midi là, alors que la jeune femme qui nous a servi le thé de Coca nous dit que la route est praticable, la voie s’éclaire: nous partons maintenant à Tolar Grande! Cela nous prendra plusieurs jours mais nous venons, sans le savoir, de faire le plein d’eau, de courses, de carburant…rien ne nous retient!
Nous nous engageons donc sur cette fameuse route 79 puis 40 jusqu’à San Antonio de Los Cobres. Nous mettrons plus de 3h30 pour parcourir les 100 km de piste à travers des paysages époustouflants, tantôt montagneux, tantôt sableux, toujours poussiéreux! Nous sommes éblouis par ces paysages si singuliers, caractéristiques de l’Altiplano: des étendues de terre grise, jaune pâle, si fine qu’elle se répand au gré du vent qui souffle très fort en cette fin de journée, formant par endroit de petites dunes et recouvrant les quelques touffes d’herbes qui parviennent à subsister dans ces conditions extrêmes. Le soleil tape fort la journée, faisant monter le thermomètre à plus de 20°C mais la nuit tombée, celui-ci redescend vite à des températures proches de 0°C, voire négatives. Le vent souffle en continu, c’est puissant, abrutissant. La poussière vole dans tous les sens, des tornades de chaleur se forment par endroits et sont bien visibles grâce à la poussière qu’elles transportent. Les enfants sont fascinés par ce phénomène. Nous traversons des hameaux abandonnés, ensemble de quelques maisons de pierre et de terre, dépourvues de toit et partiellement recouvertes de sable. Nous comprenons aisément pourquoi personne ne souhaite vivre ici, dans ce paysage aussi fascinant qu’effrayant où le quotidien ne peut être que difficile et exigent. La piste est assez agréable jusqu’à la jonction avec la 40 et la Province de Salta. A partir de là, le revêtement est en moins bonne état. L’effet « tôle ondulé » est plus prononcé. Plus nous avançons, plus nous avons l’impression de nous enfoncer dans un désert rocailleux. A quelques kilomètres de San Antonio, nous croisons un guêt qu’il faut traverser. Nous doutons fortement de la capacité d’Inkaiko à traverser cette rivière. Cela semble profond à gauche, meuble à droite… Nous commençons à mettre tous les cailloux que nous trouvons au fond de la rivière. Les plus grosses pierres possible afin de créer un passage solide pour éviter que nous nous enfoncions. Tout à coup, un 4×4 pickup arrive. Je lui demande de nous tirer. Il nous dit d’essayer de passer et qu’il nous tirera si on s’embourbe. Sylvain s’exécute sans se faire prier, passer cette rivière en sachant qu’on a de l’aide au cas où…ça change la donne! Sylvain reprend les traces du 4×4, bien à droite du passage que nous pensions emprunter, et Inkaiko passe sans aucune difficulté! Nous continuons notre route jusqu’à notre spot pour la nuit, sur les hauteurs de San Antonio de Los Cobres.
La nuit ne tarde pas à tomber. Le vent souffle très fort, au point que le camion se fait fortement secouer. Nous nous attendons à passer une mauvaise nuit. Mais soudainement vers 22h, le vent tombe d’un seul coup. C’est un phénomène complexe lié aux différences de températures entre le jour et la nuit qui n’a absolument rien à voir avec le vent que nous connaissons en France. Nous passons finalement une très bonne nuit, à 3600 m d’altitude
Jour 2 : Le lendemain, nous faisons le plein d’essence à San Antonio avant de nous engager sur la piste 51 qui mène à notre première étape: le Salar de Pocitos. Dernière vérification auprès du pompiste qui nous confirme qu’en allant doucement, notre véhicule peut y aller sans problème.
Nous partons donc pour une grosse journée de piste. Celle-ci commence par une partie bien dégueulasse, effet tôle ondulée dès qu’on dépasse les 20km/h! Nous passons devant la piste secondaire qui mène vers le viaduc de la Polvorilla, pont courbé de 224m de long et de 63m de haut, perché à 4220m d’altitude. Ce viaduc est une prouesse technique des ingénieurs qui réussirent à faire circuler un train entre Salta et le col Paso Socompa à la frontière chilienne. Surnommé « le train des nuages » et inauguré en 1924, celui-ci a longtemps fait le lien entre les villages Andins, les mines et Salta. Nous nous disons que nous irons voir ce viaduc en rentrant car cela ajoute tout de même 36 km aller-retour à notre trajet (soit plus d’une heure!).
La route continue ensuite à monter en lacets et mène jusqu’à un sommet à 4650m d’altitude avant de redescendre vers le Salar de Pocitos. De nombreux camions empruntent cette piste à flanc de montagne. Le métier de routier ici n’est pas des plus facile, cela demande une attention vraiment soutenue en permanence. Nous quittons la route 51 qui mène au Chili et entrons dans la Puna par la 29. A partir de Pocitos, la piste est super bonne, agréable et roulable, on roule à plus de 60 km/h! Une longue ligne droite interminable traverse le salar de Pocitos. Nous nous arrêtons brièvement pour observer cette croûte de sels minéraux qui reste accrochée à la terre lors de l’évaporation de l’eau. Le salar ressemble à une champ labouré avec des blocs de terre rouge recouverts d’une fine pellicule blanche.
Nous continuons notre route vers Tolar Grande. Les paysages qui s’offrent à nous sont de plus en plus spectaculaires. Les montagnes alentours sont multicolores, dégradés de couleurs indescriptibles contrastant avec le bleu du ciel toujours aussi franc et profond. Plus nous avançons, plus ces grandes étendues d’herbes dorées laissent place à une terre rouge et sèche. Des monticules rouges s’érigent de toute part, nous donnant l’impression d’entrer sur la planète mars! La piste sillonne dans une sorte de canyon, notre camion laisse derrière lui un nuage de poussière rouge…qui s’infiltrera partout à l’intérieur! Une pancarte en bois indique « Desierto del Diablo ». Celui-ci porte bien son nom: un désert rouge, sec, rude, avec des formations rocheuses inquiétantes qui forment un canyon sinueux dans lequel nous nous engouffrons. Nous passons le Salar del Diablo, étendue blanche au milieu de tout ce rouge puis sortons de ce magnifique enfer très impressionnant. La piste continue à travers des paysages toujours plus grandioses, aux couleurs inattendues et inexplicables, jusqu’aux fameuses « Ojos de Mar ». Ce sont des petites étendues d’eau plus ou moins profondes qui recèlent un grand trésor: des bactéries qui sont présentes depuis plus de 3500 millions d’années et qui ont été à l’origine de la vie sur Terre…intéressant, non? Ces petits étangs ressemblent à des yeux vus du ciel, d’où leur nom (ojos=yeux). Le soleil tombant de la fin d’après-midi donne une couleur or aux montagnes environnantes et fait briller les sels minéraux qui recouvrent les berges des Ojos…encore un spectacle incroyable, aux frontières de l’irréel qu’il est vraiment difficile à décrire!
Après cette longue journée de route et toutes les images emmagasinées dans mon téléphone et dans notre tête, nous nous rendons compte que les pistes ont eu raison de notre galerie de toit qui a perdu une patte de fixation dans la bataille. Elle avait déjà commencé à plier au centre depuis plusieurs semaines, mais là; elle ne tient plus que sur un point à l’arrière et manque de se briser. Sylvain fabrique une réparation de fortune avec nos cales afin de ne pas empirer le problème jusqu’à notre arrivée à Salta pour réparer.
Nous entrons en fin de journée dans le village de Tolar Grande qui semble de prime abord être un village totalement abandonné. Finalement, après l’ancien village tombé en désuétude, nous pénétrons dans le nouveau village, qui lui, contrairement à ce que nous imaginions, est plutôt vivant. Il possède une école, quelques petits commerces, auberges et restaurants. Nous passerons la nuit ici, face à l’école, sur un petit parking plat à l’abri du vent.
Jour 3 : Le lendemain matin, nous nous réveillons avec un défilé de locaux qui entrent et qui sortent de l’école à côté de laquelle nous sommes garés. Celle-ci a été transformées en bureau de vote. En effet, ce matin, les Argentins doivent élire leurs représentants à l’Assemblée et au Sénat pour donner ou non la majorité à Milei (majorité qu’il n’a pas aujourd’hui, ce qui fait barrière au passage de nombreuses lois). Un habitant vient nous parler, curieux de savoir d’où on vient et surtout comment ce véhicule français est arrivé jusqu’ici, à 3500m d’altitude, au fond de la Puna argentine! Il a marché 7 km pour venir voter ce matin, dans la fraîcheur du lever du jour. Lorsque je lui demande si la vie n’est pas rude ici, il peine à comprendre ma question. Pour lui, la vie ici est parfaite, il va de temps en temps à Salta pour faire le plein de courses, de feuilles de coca mais c’est tout. Il aime sa montagne, son village, son mode de vie. Il respire d’ailleurs le bonheur avec ses yeux rieurs et son sourire franc. Il a bien du mal à comprendre pourquoi nous nous infligeons cette année entière de voyage à travers l’Amérique du Sud! Ici, les gens ne prennent pas de vacances, pas de jours de congé. On travaille tous les jours, pour gagner peu. Le mode de vie des européens est à des années lumières des réalités des andins.
Nous quittons Tolar Grande avec une lumière matinale éclatante, qui donne à l’altiplano des couleurs magnifiques encore différentes de celles de la veille. Je crois qu’il n’est pas possible de se lasser d’un tel spectacle. Nous roulons la fenêtre ouverte, comme pour nous imprégner encore une fois de ce paysages que l’on sait unique. J’ai conscience à ce moment là, que je suis en train de contempler un des plus beaux paysages que je verrai de ma vie…je savoure cet instant en pleine conscience, les yeux écarquillés, émerveillée!
Nous faisons la route en sens inverse avec le même émerveillement que la veille. Dans l’autre sens, nous voyons de nouvelles choses, les paysages nous semblent différents et tout aussi époustouflants!
Sur la route, les enfants en profitent pour avance dans leur programme scolaire. Nous nous arrêtons également à Pocitos pour récupérer un peu de bois dans les tas de déchets qui servira à réparer la galerie.
Nous rentrons le jour même à Salta, sans trop nous arrêter si ce n’est que pour regonfler nos pneus à San Antonio de Los Cobres. La route entre San Antonio et Salta se fait bien, elle est asphaltée et semble jolie. Malheureusement, lorsque nous quittons les hautes altitudes, nous entrons dans les nuages et la grisaille. Salta est sous la pluie et nous ne verrons pas les beaux panoramas que nous offre la route.
Nous arrivons en fin de journée à Villa San Lorenzo, banlieue riche de Salta, où nous attend Franck dans son petit camping pour voyageurs…
Nous commençons notre aventure Argentine avec la région au Nord de Jujuy (dire « rourouille »), appelée aussi « boucle nord de Salta ». Nous empruntons la Ruta 9, qui est très belle, asphaltée et monte progressivement en altitude. Quelques kilomètres après San Salvador de Jujuy, la végétation commence à se faire de plus en plus rare, pour laisser place à un décor totalement différent de tout ce que nous avons connu jusqu’alors. Ici tout est roche. Les rios sont asséchés à cette saison et ne sont que de grandes étendues de sable, de gravillons et de pierres. De chaque côté de cette rivière minérale s’élèvent d’imposantes montagnes qui ressemblent à des monticules de pierres enchevêtrées les unes sur les autres. Le ciel est couvert ce jour-là, les nuages bas et le brouillard amplifient tout ce gris, contrastant avec les couleurs vives et l’omniprésence de l’eau et de la végétation au Brésil et au Paraguay. Cette fois ça y est: c’est l’Argentine et les Andes! Nous traversons quelques villages constitués de maisons basses en pierre recouvertes de terre, habitat typique de cette région, adapté aux conditions extrêmes de soleil, de vent et de poussière et surtout, réalisées avec les matériaux présents sur place! Ici, pas vraiment de place pour la couleur. Peu d’arbres, pas de fleurs, tout est terre, tout est roche. Ma première impression est mitigée, je regrette déjà le Pantanal, les aras, les perruches vertes et les capibaras… Je n’arrête pas de dire: « c’est minéral!!! »
Nous nous arrêtons d’abord dans la petite ville de Tilcara, camp de base pour la visite de la Quebrada de Humahuaca, située à 2600m d’altitude. C’est une petite ville au centre agréable, touristique, qui compte un bon nombre d’auberges pour héberger les backpackers et voyageurs du monde entier. Sa place centrale s’anime en fin de journée et une bonne cinquantaine d’artisans déballent leurs articles typiques de cette région: bijoux en pierre, ponchos en alpaga, trousses et sacs en coton coloré typique des andes…un régal pour les yeux et le porte-monnaie car tout est très bon marché. Au détour de notre balade, nous découvrons le marché couvert qui accueille aujourd’hui un concert en l’honneur de la fête des mères. Les locaux dansent et partagent un alcool léger qui semble ressembler à de la pomme. Des bénévoles passent entre les badauds pour en proposer un verre gratuitement. Ici, la population est bien moins expressive que dans tous les endroits que nous avons traversé. Les gens sont vraiment typés andins, ils sont de culture Mapuche, beaucoup plus discrets, voire timides. Les regards se posent sur nous qui sommes clairement des gringos dans cette fête locale. Agathe principalement se sent gênée par ces regards et ressent pour la première fois sa condition d’étrangère, un nouvel apprentissage qu’apportera ce voyage! Nous rentrons ensuite au camion et profiterons de la fête quasiment toute la nuit depuis notre lit.
Le lendemain, nous partons pour notre première randonnée vers la Gargantua del Diablo, petite cascade pas vraiment spectaculaire mais qui permet de nous acclimater tranquillement à l’altitude et de nous familiariser avec ce terrain rocailleux et poussiéreux que nous foulerons pendant plusieurs semaines. Nous commençons par la visite de Pucarà, ruines d’un ancien village Inka en partie reconstitué. Nous découvrons la facture des constructions de l’époque, en pierre, terre et bois de cardon. Nous continuons ensuite jusqu’à la Gargantua del Diablo, à 2900 m d’altitude, à travers piste, sentier escarpé et canyon. La vue d’en haut sur la vallée et le village est magnifique, Tilcarà a des allures d’Oasis dans ce paysage sec et minéral. Je me rend compte que vue d’en haut, la ville semble verte (ce n’est pas tout à fait l’impression que cela donne quand on est à l’intérieur!). Nous redescendons en empruntant le même chemin. A la sortie du sentier, nous sommes interpellés par un homme à qui il est difficile de donner un âge. Il est assis sur une pierre et parle fort, en mâchant ses mots…et sa boule de feuille de coca! Il serre fortement la main de Sylvain, puis la mienne. Il nous demande d’où nous venons et baragouine un espagnol que nous ne comprenons pas. Son attitude n’est pas vraiment agressive mais vraiment tendue, sa poignée de main se fait insistante et peu agréable. Il saisit ensuite la main d’Agathe et ne la lâche plus. Nous ne nous sentons pas vraiment à l’aise. Il a l’air dans un état second, ni méchant, ni bienveillant. Difficile de lire sur son visage sans expression et dans ses yeux vitreux. Heureusement, un couple arrive et le jeune homme qui est de la région fait diversion en parlant à l’homme et nous fait signe de nous en aller. Nous ne nous faisons pas prier. Nous ne saurons jamais vraiment ce qu’il nous voulait, mais nous apprendrons à reconnaître cette attitude très crispée caractéristique de ces hommes qui chiquent la coca toute la journée en l’accompagnant d’alcool et que nous saurons éviter désormais. Nous finissons tranquillement la journée sur la place centrale à déambuler et à acheter quelques souvenirs.
Le soir-même, nous continuons vers Uquia, petite bourgade suivante à une demi-heure de Tilcara. Nous continuons notre acclimatation en dormant à 2900 m d’altitude. Nous trouvons un spot sur I-Overlander, non loin de l’entrée de la Quebrada de las Senoritas que nous visiterons le lendemain. Près du camion, se trouve une sorte de construction ronde, faite de cailloux de toutes formes et regorgeant d’offrandes à la Pachamama. La nuit est silencieuse mais je dors mal, mon sommeil est entrecoupés et je fais pas mal de cauchemars, ce qui est vraiment très rare pour moi. Agathe parlera aussi beaucoup dans la nuit, Gaspard nous rejoindra dans notre lit suite à un cauchemar.
Le matin, nous partons visiter la magnifique Quebrada de Las Senoritas, un canyon rougeoyant qui est traversé en saison des pluies par des torrents éphémères qui guident l’eau du sommet des montagnes jusqu’aux rios dans la Vallée. La visite se fait obligatoirement avec un guide. Celui-ci nous explique que la grande amplitude thermique entre le jour et la nuit est responsable de nombreuses fractures dans la roche, exposant les minéraux à l’air et à l’oxydation, d’où la teinte si particulière des montagnes. Ici c’est le rouge et le rose qui l’emportent. Le soleil pénétrant dans les étroits couloirs du canyon donne une couleur toute particulière à la roche et une lumière changeante au détour de chaque virage. Un régal pour les yeux!
Le guide nous explique aussi la légende locale qui donnaient une explication à cette couleur rouge: elle raconte qu’un groupe de femmes incas, poursuivies par les Espagnols, ont fui vers ce lieu en emportant l’or de leur peuple. Elles y ont enfoui leur trésor et pour se soustraire aux envahisseurs, elles se sont remises à la Pachamama (la Terre Mère), qui les aurait métamorphosées en imposantes formations rocheuses pour les protéger à jamais. La montagne serait rouge parce que les princesses ont écoulé leur sang pour qu’on n’oublie pas les conséquences de la cupidité. Il nous parle aussi de l’attachement à la Pachamama. Les sanctuaires à la Pachamama, comme celui à côté duquel nous avons dormi, ont pour rôle d’enfermer le mal à l’intérieur. Je commence à comprendre pourquoi notre nuit a été si perturbée (on y croit où pas, mais je suis persuadée qu’il y a en effet des énergies particulières à cet endroit)!
A l’issue de la visite, nous rencontrons Didier et Sandrine, un couple Belges qui voyage avec un magnifique Sprinter 4×4. Nous décidons de passer un peu de temps ensemble et d’aller bivouaquer à Humahuaca, à 3200m d’altitude.
Nous continuons donc vers la petite ville de Humahuaca, plus petite que Tilcara mais toute aussi mignonne. Nous trouvons un spot à 3200m d’altitude, sur le bord de la Ruta 73, une route de terre très bien entretenue qui monte vers la fameuse Hornocal que nous irons visiter le lendemain. Nous passons la soirée à discuter avec nos compagnons de voyage tout en entreprenant un barbecue. Allumer un feu à cette altitude n’est pas évident, l’oxygène manque et le feu manque de s’éteindre à chaque moment. Il nous faudra plus d’une heure trente et beaucoup de d’huile de coude pour cuire 4 saucisses! Leçon à retenir: pas de barbecue à cette altitude! Nous passons une assez bonne nuit, même si le sommeil est en effet beaucoup plus léger qu’à plus basse altitude.
Le lendemain matin, nous montons à 4350m d’altitude pour observer la fameuse Hornocal, surnommée « la montagne aux 14 couleurs ». La route est spectaculaire, un enchaînement de virages donnant vue sur sur la vallée et les montagnes environnantes. Après une bonne trentaine de minutes, la voilà, la fameuse montagne colorée! La roche semble avoir été découpée en tranches triangulaires, le sommet acéré pointant vers le ciel. Les différentes couches sédimentaires se sont succédées au cours des aires géologique et l’oxydation a fait le reste du travail. Un mille-feuille de roches jaunes, roses, violettes, grises, bleues, vertes…magnifique! Nous randonnons sur le sentier qui mène vers d’autres points de vue sur cette montagne. Nous observons nos première vigognes qui déambulent gracieusement entre les touffes d’herbes jaune et les petits cactus. Notre pas est légèrement plus lent que d’habitude, l’altitude commence à se faire sentir au bout de deux heures de balade. Malgré le thé à la coca du matin et les bonbons à la coca, je commence à ressentir les effets de l’altitude. Le mal de tête commence, j’ai du mal à trouver l’énergie pour répondre aux questions de Gaspard. Sylvain, Didier et Sandrine s’engagent vers le dernier sentier pour accéder au mirador mais le dénivelé pour remonter me semble insurmontable à ce moment-là. Je décide de rester avec les enfants sur le parking. Malgré l’agua de Florida que j’applique sur mes tempes, mon front et ma nuque, le mal de tête ne se calme pas vraiment. Ce n’est pas intense mais j’ai l’impression d’être dans le brouillard. Une fois Sylvain revenu, nous redescendons pour déjeuner à une altitude plus acceptable. Le mal de tête s’intensifie en redescendant et me fatigue. Cela se passera assez rapidement une fois posés.
En fin d’après-midi, nous descendons au village d’Humahuaca pour faire des courses. A peine garés, un camping-car immatriculé en France se gare en face de nous. Il s’agit de la famille « Tib-casita »: Fred, Julie et leurs deux filles Julia et Louna. Nous commençons à discuter, à échanger sur nos expériences et nous les invitons à venir nous rejoindre sur notre spot un peu au dessus du village. Nous passerons une bonne soirée à 10, les enfants sont très heureux de pouvoir jouer avec des copains. Ces moments de rencontre avec les autres voyageurs sont toujours très appréciables, de petites pauses d’échange d’idées et d’expériences qui sont précieuses. Nous passerons la journée suivante au même endroit, les enfants font école, nous partageons les repas et je passerai l’après-midi à écrire mes articles en retard.
Le lendemain matin, nous quittons les copains pour nous rendre sur notre dernier stop sur cette ruta 9: Tres Cruces. Nous montons à 3700 m d’altitude. Tres cruces se trouve à la frontière Bolivienne, porte d’entrée de l’altiplano par Tupiza. Nous nous arrêtons au pied du fameux Puente del Diablo qui se trouve à 4200 m d’altitude. Nous partons pour une randonnée de 13km pour rejoindre ce pont. A cette altitude et avec ce dénivelé, nous n’évoluons pas aussi vite que d’ordinaire. Il nous faudra 5h pour réaliser la boucle entière. Les dernières centaines de mètres au sommet se font doucement, les pauses sont nombreuses. C’est Gaspard qui peine le plus mais il parvient tout de même jusqu’au sommet avec grande fierté. La-haut, nous découvrons des roches plates et roses qui s’étirent vers le ciel. Nous avançons sur ces rochers plats très abrasifs en admirant la vallée de l’autre côté. Au bout d’une centaine de mètres, nous débouchons sur une sorte de cuvette pleine de sable fin. Il faut descendre en désescaladant. Une fois en bas, le voilà, la fameux pont du diable: la roche, sculptée par l’eau, forme un pont étroit entre deux promontoires rocheux. Qu’il serait tentant de le traverser!!! Mais la roche est friable et fragile, nous nous contentons de la petite photo à l’extrémité du pont et nous évitons de « tenter le diable »! Dans la cuvette de sable, parviennent à pousser on ne sait comment, quelques plantes et arbustes, bénéficiant de l’ombre et de l’eau qui stagne. La nature n’a vraiment pas fini de nous surprendre, la vie est partout, elle s’adapte, elle résiste, elle est résiliente.
Nous passons un moment ici à contempler, mais les quelques nuages présents dans le ciel commencent à s’agglutiner en altitude. Nous craignons qu’un orage éclate. Nous entamons donc la descente rapidement, trop rapidement. Mon pied me fait mal depuis quelques jours. Je me suis enfoncée une épine dans l’orteil et cela me fait encore souffrir. Chaque pas dans la descente est un supplice. Heureusement, j’ai mes bâtons pour me soutenir. Nous nous dépêchons donc de rejoindre le camion. L’effort paraît moins intense qu’en montée alors nous accélérons le pas. Nous n’avons plus d’eau, l’air est sec et le soleil cuisant. Il nous faudra tout de même plus de deux heures pour rejoindre notre point de départ. Les dernières trente minutes, je commence à ressentir les mêmes symptômes que lors de la visite d’Hornocal. D’abord un léger mal de tête, puis du mal à répondre aux questions des enfants, à supporter même qu’on me parle. Le mal de tête s’intensifie de minute en minute. Je termine les dix dernières minutes de marche les yeux quasiment fermés et en boîtant. Une fois au camion, je ne peux rien faire d’autre que de m’allonger, les yeux fermés. Je prends un doliprane qui se montrera bien plus efficace que la coca. Après trois bons quart d’heure de repos, je peux enfin revenir à une activité à peu près normale. Cela va beaucoup mieux mais je suis fatiguée. Je me mets à douter de ma capacité à rester longtemps au-dessus de 4000m, l’avenir nous le dira.
Ce fut une très belle randonnée, la première vraie rando à une si haute altitude. Nous sommes tous très contents de l’avoir faite. Nous dormons ici, à 3700m d’altitude d’un bon sommeil quoique un peu léger.
Le lendemain matin, le doute nous tient: que fait-on? la partie sud de la Bolivie (nous sommes si près)? Redescendre vers Salta? Visiter les Salinas Grandes? Nous roulons vers Tilcara en nous posant cette question sans cesse. Finalement, nous décidons d’aller voir les Salinas Grandes en passant par Purmamarca…cette route nous mènera vers l’inattendu, l’intense, l’incroyable…bien au-delà de ce que nous pouvions soupçonner à ce moment-là!
Nous entrons facilement en Argentine et passons notre première nuit à Formosa. Tout ici a l’air bien organisé, la ville est organisée en « quadros » formés par des rues en ligne droite qui se coupent à la perpendiculaire, sur le modèle espagnol. Ce qui nous frappe dès notre entrée en Argentine, c’est la fréquence des contrôles de police sur la route et des patrouilles dans les villes. Nous nous sentons bien gardés en tant que voyageurs…je ne sais pas ce que nous ne penserions si nous étions habitants…
Le lendemain, après avoir effectué les tâches obligatoires à chaque changement de pays (trouver des cartes prépayées pour nos téléphones et faire du change), nous nous engageons sur la longue Ruta 81 qui traverse le Chaco en longeant la frontière paraguayenne et au nord, bolivienne. 900 KM de ligne droite! Nous prenons la mesure des distances qui nous attendent lorsque le douanier, souhaitant nous indiquer notre chemin jusqu’à Salta, nous dit: « dans 100km tu prends à droite pour prendre la Ruta 81! ». Jusqu’ici nous étions habités à ce qu’on nous indique « le deuxième quadro à droite » ou ‘la deuxième route à gauche », mais ici, le prochain carrefour peut se trouver à des centaines de kilomètres. Nous entrons dans la démesure qu’on est venue chercher sur ce continent: démesure des espaces, démesure des paysages, démesure des montagnes, démesure des distances!
Nous parcourons donc le Chaco d’un bout à l’autre en 8h de route. Hormis 3 ou 4 sections un peu dangereuses avec des nids de poules et des animaux en libertés pratiquant l’éco-paturage, la route est dans l’ensemble très agréable, totalement asphaltées et de qualité. Nous pouvons donc avaler les kilomètres rapidement. Ici, rien à voir ni à admirer. Le Chaco est une gigantesque plaine recouvrant une partie du Paraguay, du Sud de la Bolivie et du Sud-Ouest du Brésil. Son nom signifie « territoire de chasse » en Quechua. La déforestation illégale est importante, mettant en difficulté les ethnies guarani de la région qui sont expulsés de leurs terres et s’en vont peupler les bidonvilles des villes. La culture du soja destiné au bétail des élevages européens détruit d’importantes surfaces de savane et de forêts sèches. Certaines partie du Chaco sont très sèches et d’autres plus humides. Nous traversons la partie la plus occidentale, sèche et peu peuplée, où la vie est rude et le paysage désolé.
Plus nous approchons de la Bolivie, plus nous croisons de checkpoint de police, destinés à lutter contre le trafic de drogue très important dans cette région frontalière. Nous commençons à voir des gens très différents des habitants du Paraguay: plus petits, la peau plus mate, plus marqués, avec une sorte d’excroissance sur le visage au niveau de la joue…la fameuse boule de coca. On sent que la vie est beaucoup plus difficile dans cette région. Les habitations sont très sommaires allant de simples cases à de petites maisons basses, souvent en terre, sont regroupées dans les quelques villages qui bordent cette longue route 81. Plus nous nous enfonçons dans le Chaco, plus les visages sont fermés, marqués par le temps, le soleil et la nécessité. Nous ne nous sentons pas suffisamment sereins pour dormir ici, dans un des villages. Non pas par manque de confiance en la population mais surtout parce qu’on ne se sent pas à notre place ici, avec notre camion quasi neuf valant plus qu’une famille entière ne pourra espérer gagner en une vie…
Nous roulons donc jusqu’à la nuit et gagnons un village à la sortie de la route 81 qui permet un stationnement gratuit dans le parc municipal gardé toute la nuit. Nous y passerons une très chaude nuit à plus de 30 degrés qui se terminera par une pluie diluvienne au petit matin, la première depuis 5 mois! Celle-ci nous vaudra notre deuxième enlisement du voyage!
Au moment de quitter le parc, impossible d’avancer. Notre camion s’est enfoncé de 5cm dans la boue et ne peut se dégager. Je vais alors chercher de l’aide chez l’épicier d’à côté. Lorsque j’entre dans la boutique, je trouve deux hommes, une boule de coca dans la bouche, déformant leur visage à outrance. Ils m’indiquent le hangar d’en-face et m’informent que le propriétaire a un tracteur. En arrivant devant le bâtiment de tôle, je trouve un groupe de jeunes hommes, vêtus treillis et de vestes militaires, attablés autour d’un maté, eux aussi chiquant la coca. Je leur explique mon problème en espagnol et me rend compte que mon accent trop castillan est peu compréhensible ici. L’un d’entre eux semble mieux maîtriser l’espagnol et traduit à ses camarades. Ils me disent d’attendre quelques minutes le temps de finir le maté et de sortir le tracteur. Moins de cinq minutes plus tard, les voilà arrivés avec le tracteur. Ils nous sortent de là rapidement, sans dire à peine un mot ni décrocher de sourire. On est bien loin des sourires chaleureux et des paroles enjôleuses des uruguayens, des brésiliens et des paraguayens. Cela ne fait pas d’eux des personnes moins aimables ni moins serviables mais on comprend bien qu’on est en train de changer de territoire et de culture. Les Andes ne se dressent pas encore dans le paysage que la population locale nous laisse déjà pressentir ce qui nous attend : un autre monde se dessine, un autre voyage commence…