Bonito est une petite ville touristique aux portes du Pantanal entourée de rios aux eaux cristallines dans lesquels on peut nager avec le poissons. Ici fleurissent les agences d’éco-tourisme, passage obligé pour se baigner dans ces eaux transparentes aux bleus si intenses. Les Fazendas (fermes), dont le domaine d’activité était historiquement l’agriculture, se sont transformées petit à petit en lieux touristiques et tirent largement bénéfice de la protection de l’environnement. Les propriétaires ont ainsi tout intérêt à maintenir l’environnement propre et sauvage afin de satisfaire leurs clients qui paient (très cher) le droit de se baigner quelques heures dans les rivières de leurs propriétés. L’état brésilien a ainsi trouvé le moyen de protéger la région de la déforestation et de la pollution. C’est un cercle vertueux financé par les touristes dans lequel faune, flore et populations locales ont trouvé un juste équilibre.
La particularité de ces rivières tient dans le fait qu’elles ne s’écoulent pas des montagnes mais surgissent du sol à différents endroits, pour quelques centaines de mètres, avant de s’y engouffrer de nouveau. Le sous-sol de cette région est composé de nombreuses galeries souterraines immergées. Avec le temps, l’eau a creusé de nombreuses cavités dans la roche calcaire, se gorgeant de minéraux tels que le calcium et le magnésium. Ces deux éléments donnent aux rios cet aspect si pur. Le calcium agit sur la transparence de l’eau et la clarté des fonds. Le magnésium, quant à lui, réfléchit de la lumière du soleil et donne ce camaïeu de bleu du turquoise aux bleus profonds selon sa concentration. Aussi, vous n’aurez pas la même vision de la rivière selon la luminosité. Si le ciel est nuageux, l’eau reste transparente mais la rivière semble plutôt verte car elle laisse toute sa place aux plantes aquatiques. Lorsque le soleil brille, la rivière s’illumine d’un magnifique bleu parfois turquoise, parfois azur, donnant aux lieux une touche de magie.
Nous avons profité de ces eaux cristallines à deux reprises, ce fut un régal pour les yeux! Gaspard rêvait de nager avec des poissons, je ne connais pas de meilleur endroit pour vivre cette expérience. C’est avec Yohan, Julie, Lubin et Soline que nous partagerons la descente de rivière en snorkelling, avant de passer ensemble une chaude soirée dans les rues de la ville animée de Bonito avant de quitter pour de bon ce cher Brésil que nous avons tant aimé.
A peine entrés au Paraguay, le Brésil nous manquait déjà! En trois jours autour de Ciudad del Este nous avons rencontré différents voyageurs qui revenaient du Pantanal avec des étoiles dans les yeux et des frissons sur la peau. Cette étape faisait partie de notre itinéraire de départ mais nécessitait tout de même un sacré détour. Malgré tout, nous sentions que nous n’en avions pas vraiment fini avec le Brésil et que ce pays avait encore de belles choses à nous révéler. De plus, en trois jours, ces rencontres qui ne sont jamais uniquement le fruit du hasard nous menaient toutes vers ce fameux Pantanal. Nous décidons alors de nous y rendre et de revenir au Paraguay plus tard.
Le Pantanal est la plus grande zone humide de la planète. C’est une immense plaine d’une superficie estimée entre 140 000 km2 et 195 000 km2 où des cours d’eau coulent doucement durant la saison humide en de nombreux méandres et submergent plus de 80 % du territoire, noyé sous les eaux quatre mois par an. Cet écosystème très particulier abrite la plus grande concentration de faune et de flore de la planète. A chaque saison des pluies (novembre à mars), le Pantanal (« Pantanao » en Brésilien = marais) se trouve inondé et se transforme en un gigantesque marais. Cette région est difficilement accessible, il faut de longs trajets de pistes pour pouvoir s’enfoncer au coeur de cette zone. Il est possible de le traverser en bateau en plusieurs jours (ce que feront nos amis français) mais nous choisissons une destination plus proche, à seulement 14 km de piste de la route principale menant à Corumba, frontière bolivienne.
Nous nous installons sur l’espace réservé aux camping car d’une lodge au bord de la rivière. C’est un petit hôtel qui comprend quelques chambres dans des cabanes en bois, une jolie piscine avec vue sur la rivière et un restaurant très simple mais très bon. Nous y passerons trois jours, le temps de profiter de la vue que nous offraient les oiseaux et autres animaux aquatiques tout au long de la journée depuis la terrasse et de partir une demi-journée sur la rivière pour observer le Pantanal de l’intérieur.
Cette excursion fut certainement une des plus belles du voyage, tant par la beauté du paysage que par la richesse de la flore et de la faune sauvage. Nous sommes partis en début d’après-midi à bord du petit bateau à moteur de Marcello. Ce guide local, conseillé par un couple de voyageurs rencontré quelques jours plus tôt, est un véritable connaisseur de la rivière et de la faune qui y vit. Il nous a emmené dans des espaces éloignés de la vie humaine où nous avons pu observer de nombreux animaux: capibaras, caïmans (dont une couvée), toucans, cigognes, oiseaux dont j’ai oublié le nom, loutre et … jaguars! A chaque nouvelle rencontre, nous ressentions cette émotion si particulière lorsqu’on voit un animal sauvage dans son milieu naturel : un mélange de béatitude et de gratitude agrémenté de délicatesse comme si l’on nous confiait un précieux trésor entre les mains qui allait s’évaporer au moindre mouvement. On sait ces instants éphémères, on mesure alors le privilège que l’on a de pouvoir effectuer cette rencontre furtive, remerciant chacun de ces êtres d’avoir accepté notre présence l’espace d’un instant. On coupe presque notre respiration, le silence se fait naturellement sur l’embarcation. Les yeux embués et les poils hérissés, on contemple. Le temps semble s’arrêter, plus aucune pensée ne traverse notre esprit, on est juste là, face à ce que la nature a de plus beau et de plus fragile, espérant photographier à jamais cette image dans notre mémoire.
Nous avons passé 6h sur ce bateau, découvrant les paysages typiques du Pantanal. Les enfants ont eux aussi été fascinés par les paysages et les rencontres animalières. A la tombée du jour, la rivière s’est peu à peu transformée en un miroir géant, reflétant le rivage, les arbres et le ciel tinté de roses et de violets. Ce moment tout particulier m’a beaucoup émue tant c’était beau! Nous avons profité du voyage pour discuter avec Marcello de la vie locale et notamment du tourisme de pêche qui déstabilise l’équilibre fragile de cet écosystème. Des groupes entiers de pêcheurs louent des hôtels flottants et s’enfoncent dans le Pantanal pour pêcher, sur fond de musique forte et de consommation de nombreuses canettes de bières, sans trop se soucier du dérangement causé aux habitants du marais… Les enfants sont de plus en plus sensibles à ces problématiques et mesurent l’impact humain sur les espèces vivantes. Gaspard veut d’ailleurs se lancer dans la protection des animaux! Nous rentrons à la nuit, les lunettes de soleil mouchetées de guibets et la peau moite de l’humidité du marais. Nous avons tous conscience que cette expérience restera une des plus belles de notre vie. Nous fêtons cela autour d’un cocktail sur la terrasse de la Lodge.
Le lendemain, nous décidons de rester la journée à profiter de la piscine, écrire, observer la faune depuis le balcon. Nous passons une très bonne journée de repos avant de repartir vers Bonito où nous rejoignons Yohan, Julie, Lubin et Soline, une famille de voyageurs français rencontrés à Iguazu.
Nous traversons la province de Missiones en Argentine pour rejoindre Foz do Iguaçu au Brésil. Ce trajet ne devait durer que 3 heures mais c’était sans compter le temps de passage de la frontière Brésil-Argentine puis de nouveau Argentine-Brésil. Nous savons maintenant que les journées de passage de frontière sont des journées perdues. Même si ce ne sont que de simples formalités (merci au passeport français), cela prend tout de même du temps: d’abord faire tamponner nos passeports pour la sortie du pays, puis faire tamponner le TIP du véhicule pour que lui aussi soit enregistré comme sorti du territoire. Ensuite passage à la douane d’entrée et recommencer: faire tamponner nos passeports pour l’entrée et faire-faire le document pour le véhicule. Ce jour-là nous sommes entrés en Argentine puis ressortis pour le Brésil, il a donc fallu faire ces démarches deux fois!
Nous traversons donc la belle province de Missiones dans laquelle nous aurions aimé passer plus de temps. Le paysage est verdoyant et vallonné, une petite appendice argentine coincée entre le Brésil et le Paraguay qui contient les deux grandes réserves naturelles de Yaboty et d’Iguazu et abrite de nombreuses espèces animales. Nous traversons la réserve d’Iguazu par la Nationale 101, qui se termine par 30km de piste de terre en pleine jungle. C’est vraiment très beau et encore une fois, on est seuls. Inkaiko est secoué malgré mes efforts pour éviter trous et bosses, cela fait beaucoup rire les enfants!
Nous arrivons de nuit à Foz Do Iguaçu, au Brésil, dans un camping proche des chutes brésiliennes. Certainement la dernière adresse bon marché du secteur qui se transforme à vitesse grand V en un temple du tourisme à l’américaine: hôtels 5 étoiles et parcs d’attractions en tout genre. Deux aéroports desservent la merveille naturelle: un côté argentin et un côté brésilien. Les touristes viennent pour la plupart en excursion de deux ou trois jours à l’occasion d’un voyage au Brésil ou en Argentine. Ils prennent un vol intérieur, visitent les chutes des deux côtés et repartent vers une autre destination. Notre petit camping, qui loue aussi quelques chambres et des cabanes, est très bien équipé. Ce doit être l’endroit le mieux organisé que nous ayons vu depuis le début du voyage. On sent l’empreinte du tourisme occidental, le fonctionnement ressemble à nos établissements français: réception, proposition de transport vers les chutes, proposition de livraison de repas, bar, possibilité de prendre le petit déjeuner sur place…
Le lendemain matin, nous prenons le transport organisé par le camping pour nous rendre aux chutes côté argentin. Nous avons choisi cette option afin d’éviter un nouveau passage de douane avec Inkaiko. Avec le recul, nous aurions mieux fait de dormir en Argentine pour visiter les chutes le lendemain puis entrer au Brésil, on aurait gagné notre temps (et notre argent!).
Nous arrivons au Parc national d’Iguazu et choisissons d’emprunter le sentier inférieur le matin, à l’inverse de la majorité des visiteurs. Nous avons de la chance, la fréquentation est faible. Nous avons beaucoup d’espace et de temps pour admirer les centaines de cascades qui jaillissent de toute part. Le spectacle est saisissant, on se croirait dans le jardin d’Eden avec ces longs rideaux blancs qui coulent sans fin le long des parois rocheuses habillées de végétation d’un vert éclatant. Le bruit de l’eau est apaisant et continu, chaque point de vue est plus beau que le précédent, c’est un régal pour les yeux! Nous continuons la visite par le sentier supérieur. L’intensité va crescendo au fur et à mesure que nous avançons. Une fois les deux sentiers terminés, nous montons dans le petit train qui mène tout en haut du site, au niveau du Rio qui coule paisiblement avant de s’écrouler avec force et fracas dans la gigantesque faille pour former ces cascades immenses. Le Rio semble presque immobile (ce n’est qu’une illusion car le débit et le courant sont très importants). C’est une rivière large et paisible entourée d’une dense végétation comme on commence à avoir l’habitude de voir. Je m’imagine les premiers explorateurs, descendant la rivière avec un sentiment naïf de toute puissance sans imaginer ce qui les attend quelques mètres plus loin et au moment de s’en rendre compte, ne rien pouvoir faire pour empêcher l’embarcation d’être emportée par ces eaux sauvages et puissantes. Cela s’est peut-être passé, ou peut-être pas, peu importe. J’aime rêvasser en me racontant ces histoires, en imaginant ce qu’était ce lieu avant que l’empreinte coloniale ne vienne le transformer. Cependant, malgré les passerelles et autres installations touristiques, le lieu n’est pas dénaturé. La nature ici reste reine. D’ailleurs, les passerelles ont déjà été détruites par deux fois suite à des années particulièrement pluvieuses et à une montée des eaux exceptionnelle. Des vestiges des anciennes passerelles ici et là nous rappellent que la Nature est et restera plus forte, quoique nous fassions.
Clou du spectacle: la Garganta del Diablo. 82 mètres de haut. Une longue passerelle nous conduit au bord de la chute et nous offre une vue imprenable et spectaculaire sur cette cataracte surpuissante. D’ici on peut sentir l’immense force de l’eau et son rugissement assourdissant. Il faut crier pour pouvoir se parler. On se sent tout petit, insignifiant face à cette monstrueuse merveille de la nature. Il n’y a pas assez de mots, nous sommes subjugués!
Nous finissons la balade tranquillement avant de rentrer au camping. Les enfants ont adoré et ont hâte de dessiner ce qu’ils ont vu dans leurs carnets de voyage. Nous profitons tous du retour en minibus pour faire une petite sieste.
De retour au camping, nous rencontrons Johan , Julie et leurs deux enfants qui arrivent pour s’installer avec leur camping-car. Nous passerons la soirée avec eux à échanger sur nos expériences de voyage. Ce sont des voyageurs chevronnés qui sillonnent les routes du monde depuis 5 ans et dont on a beaucoup à apprendre!
Le lendemain, nous partons visiter les chutes côté brésilien. Au regard de ce que nous avons vu la veille, nous avons du mal à imaginer qu’on puisse découvrir quelque chose de plus impressionnant, même si tout le monde dit que la vue la plus spectaculaire est au Brésil. On a d’ailleurs l’habitude de dire ici que l’Argentine a les chutes et que le Brésil a la vue. Les infrastructures brésiliennes sont très différentes de l’Argentine: un grand hall couvert pour la billetterie devant lequel a été construit un immense bassin d’ornement, des bus à double étage pour vous conduire à l’entrée du point de vue, une route parfaitement asphaltée et une piste cyclable aménagée pour les touristes qui souhaitent une plus grande immersion, un hôtel de luxe au bout…il ne reste pas grand chose de naturel dans cette partie du parc.
Une fois descendus du bus, nous commençons à emprunter la première passerelle. Là encore, nous avons la chance que la fréquentation soit faible, ce qui nous laisse du temps pour profiter. Petit à petit, le spectacle s’intensifie. De nombreux arcs en ciel apparaissent au pied des chutes d’eau, créant une atmosphère féérique, presque mystique. Plus on avance, et plus c’est beau. On ne nous avait pas menti, les chutes de ce côté sont magnifiques. On peut non seulement voir celles que nous avons la veille mais en plus, celles qu’on ne pouvait soupçonner. La passerelle nous conduit jusqu’au pied des chutes, où l’eau s’abat avec fracas, déplaçant l’air avec force et formant un nuage de gouttes d’eau rafraichissantes. On se croirait sur la côte normande en pleine tempête! Ici encore, la Nature nous offre généreusement ce qu’elle a de plus beau, de plus pure. L’eau, si abondante ici, donne à la végétation sa force et sa grandeur et me renvoie à mes pensées… Le merveilleux existe, il est là, devant nos yeux et sous nos pieds. L’eau est créatrice de toute vie, elle est partout autour de nous, en nous. Et nous avons une grande responsabilité : la préserver.
L’après-midi, nous visitons le Parque das Aves. C’est un très beau parc de volières dans lesquelles ont peut observer les Aras, perroquets, perruches, colibris, toucans, etc, et découvrir la biodiversité de la Matà Atlanticà. Le Parc est magnifique et très pédagogique. Les affichages sont simples, visuels et concis, si bien que les enfants en ressortent en ayant bien compris les enjeux de la lutte contre la déforestation car celle-ci détruit l’habitat des oiseaux, leur alimentation et conduit à leur disparition. Il y a également toute une explication sur le Cecropia, arbre emblématique et pionnier de la Mata Atlanticà qui représente un écosystème à lui tout seul. Les relations d’interdépendance entre les espèces dans la forêt et la notion d’écosystème sont également très bien expliquées et sensibilisent le public. Ce parc a réussi le pari de faire d’une attraction touristique un lieu de sensibilisation et tout cela dans un cadre magnifique et agréable, bravo à eux!
Nous sommes tous les quatre ravis de ces deux jours passés à Iguazu qui terminent en beauté ce mois passé au Brésil, pays où la nature est reine et abondante. Nous aimerions y passer encore plus de temps mais nous décidons finalement de passer au Paraguay pour poursuivre notre route ensuite vers l’Argentine.
Etape très attendue pour Sylvain et moi, le trail de Yaboty qui a lieu le dimanche 21 septembre. Avant de rejoindre le camping d’où partira le trail, nous décidons d’aller visiter les chutes de Yucumà. L’Argentine et le Brésil se partagent cette merveille naturelle, créée par une cassure au fond de l’immense Rio Uruguay, dessinant une cascade de 1800m de long.
Nous commençons la journée par un « café colonial » chez une famille de fermiers qui préparent le petit déjeuner traditionnel aux touristes. Un menu gargantuesque: gras de porc grillé, omelette, pains maison à de différentes farines (maïs, blé), gâteau à la banane, biscuits maison, pastéis au boeuf, gougères, confitures maison, mélasse de sucre de canne, jus de fruit maison, tisane et café maison… Nous repartons repus, prêts à affronter les 30 km de vélo à travers la jungle pour rejoindre les chutes!
Lorsque nous arrivons, nous sommes très surpris d’apprendre que l’entrée du parc naturel est payante et que nous devons obligatoirement être suivis d’un driver du parc en 4×4 qui nous distribuera de l’eau si besoin et pourra mettre nos vélos sur la remorque quand nous en auront marre. On a beau expliquer que ce n’est pas nécessaire, on n’a pas vraiment le choix. Pour couronner le tout, nous devons obligatoirement mettre casque, genouillères et coudières…question d’assurance me dit-on à l’accueil! Je vous laisse imaginer la tête de Sylvain lorsqu’il a dû s’habiller comme robocop pour faire du vélo, sur une piste certes, mais très propre et sans difficulté! Les 15km à parcourir sont vraiment agréables. Nous avons croisé des coatis, un cobra corail, des papillons par centaines, des oiseaux immenses. Quelques côtes font un peu peiner Gaspard mais il parvient tout de même au bout de cette piste sans monter dans le 4×4! Au bout, les chutes. Malheureusement ce jour-là, le fleuve était trop haut et les chutes presque invisibles. Selon la hauteur du Rio Uruguay, les chutes peuvent être invisible ou mesurer jusqu’à 30 mètres de haut! La balade vaut malgré tout le coup, une guide présente sur la rive nous donne pas mal d’explications sur le fleuve, la faune et la flore locale et même sur la retraite des Brésiliens! En effet, elle nous explique qu’elle fait ce job alors qu’elle est retraitée afin de réunir assez d’argent pour voyager en Europe. Le durée de cotisation obligatoire au Brésil est entre 18 et 35 ans selon la pénibilité du travail. On aimait déjà beaucoup ce pays, mais sur ce coup, il marque encore un point!
Nous repartons par la piste à vélo, sauf Gaspard qui déclare forfait pour les 15km retour (principalement en montée) et préfère faire une sieste dans le 4×4. Il sera rejoint quelques km plus loin par Agathe qui aura bien pédalé mais les grandes côtes et la chaleur humide auront eu raison de son courage! Finalement, assez pratique le driver au 4×4!!! Le gars de l’accueil nous dira par la suite que jusqu’à aujourd’hui, une seule personne avait fait l’aller-retour à vélo…nous serons donc les deuxièmes!
Nous prenons la route ensuite vers Sao Miguel do Oeste pour aller retirer nos dossards pour la course de dimanche. La route est belle et vallonnée. Nous entrons dans les territoires agricoles et fertiles à la terre rouge où les contrastes sont saisissants: le vert est pure et éclatant, le rouge vermillon est mat et brut et pour sublimer cela, le ciel est bleu azur, sans l’ombre d’un nuage. Nous roulons sur une piste de cailloux de 30 km. Notre Inkaiko tremble de toute part, tout vibre à l’intérieur, les portes s’ouvrent, les étagères dégoulinent d’objets en tout genre, les couverts s’entrechoquent dans un vacarme métallique, les enfants abandonnent leur travail, trop secoués pour pouvoir tracer le moindre trait sur leurs cahiers…cette fois nous y sommes, au fin fond du Brésil!!! La fin de la route est heureusement beaucoup plus calme, avec un passage de fleuve sur une barge qui amuse beaucoup les enfants…et les parents!!!
Nous passerons ensuite 3 jours et 3 nuits à Paraiso, dans ce camping de la jungle, en compagnie de coureurs et d’organisateurs argentins (et des burrachudos!!!). Dès notre arrivée, le contact se fait facilement avec Gustavo et ses deux équipiers. Ils viennent de Santa Fe et Gustavo est là pour entraîner et encourager les deux autres. Il nous propose rapidement de s’occuper des enfants pendant qu’on court et de les conduire jusqu’à l’arrivée, à Paraiso, la petite ville à 10km de là. Les enfants se sentant en confiance, on acceptera sa proposition. C’est fou comme on accorde la confiance rapidement à quelqu’un en voyage, nous fiant à notre seule intuition! Les rencontres, lorsqu’elles viennent à nous, sont sensibles, véritables et souvent intenses. Elle s’imposent à nous, comme une évidence. Quand le « courant » passe, les échanges deviennent très vite familiers. Je ne sais pas vraiment encore si c’est propre à l’Amérique du Sud ou bien à cette attractivité que nous créons par le seul fait de vivre cette aventure… Ici, les touristes étrangers ne viennent jamais. On est bien loin des circuits touristiques ordinaires. Autant vous dire que les Français semblent venir d’une autre galaxie!
Nous rencontrons également José, Gricelda et leurs deux petits fils, Xavier et Benjamin. Une fois n’est pas coutume, nous passerons le samedi après-midi à bavarder autour d’un maté en évoquant tout un tas de sujets sociaux, historiques et politiques. José est très cultivé et plus calé que nous sur l’Histoire de l’Europe! Nous percevons de plus en plus la jeunesse de ce Continent et l’empreinte coloniale européenne dans la culture des Argentins comme des Brésiliens. Benjamin, du haut de ses 11 ans, connaît parfaitement la faune locale. Il nous apprend à différencier les crapauds inoffensifs des vénéneux, nous présente une mygale, un petit poisson qu’il vient de pêcher dans la rivière. Il nous parle un peu de la réserve nationale de Yaboty et de ses caïmans… Benjamin a soif de connaissances, il échange beaucoup avec nous et cherche à connaître des mots en Français. Demain, il courra les 13 km à travers la jungle avec son cousin de 8 ans…de quoi donner une belle leçon à bon nombre d’enfants du même âge en France! En fin de journée nous partons tous ensemble faire une petite marche de reconnaissance sur le début du sentier…ça grimpe!!! Le défi ne sera pas une mince affaire.
Le lendemain matin, dès 5h, c’est l’effervescence sur le petit terrain de camping. Les navettes déposent les coureurs du 50km qui partent à 5h pétante, accompagnés d’un animateur survolté et de musique festive! Le départ du 36km à 6h30 sonnera aussi la fin de notre nuit. L’ambiance est très sympathique et bon enfant. Nous prenons un léger mais énergétique petit déjeuner, puis Sylvain se prépare lui aussi à partir pour le 26km. L’animateur appelle Sylvain et lui pose quelques questions au micro…mais qui sont donc ces Français qui viennent courir? Certains pensent qu’on est connus en France!!! Le départ est vraiment très festif, musique, chant, danse, fumigène coloré… La télévision est présente et je me retrouve interviewée: questions en Portugais, réponses en Espagnol…on s’arrange!!! A quelques minutes du départ, l’orage attendu fait son apparition, grondement de tonnerre et pluie battante s’abattent sur la ligne de départ: la course s’annonce particulièrement humide! C’était peu dire! C’est sous un orage tropical que je pars pour les 13km de course: pluie torrentielle, grêle, tonnerre, éclairs et vent de face…les pires conditions que j’ai jamais connues, comme si la jungle voulait me montrer de quoi elle était capable, comme pour me prévenir que si je voulais fouler son sol, je devais savoir que cette terre était hostile et montrer que j’en étais digne! Nous évoluons à travers la forêt dense sur des « sentiers » étroits dessinés à coups de machette, passant parfois à travers des champs pentus et détrempés que certains coureurs prennent pour des toboggans. De temps à autres, nous débouchons sur une piste qui nous permet d’être plus détendus mais aussi plus exposés aux éléments. Tout à coup, j’entends des cris, des éclaboussures, ce doit être la fameuse cascade. Le chemin traverse une rivière, au pied d’une chute d’eau que j’ai à peine le temps d’apercevoir, puis continue droit dans la rivière. Près d’un km à sonder chaque pas pour ne pas glisser sur un rocher. Le rythme est haché, en fonction du terrain rencontré mais étant partie dans la première vague, je ne me retrouve pas coincée derrière d’autres coureurs dans les passages techniques comme une échelle ou une corde. J’avance bien, sans pour autant me faire violence. Je veux que cette expérience reste un bon souvenir et du plaisir. Lorsque j’arrive enfin proche de la ligne d’arrivée, Agathe et Gaspard, le sourire aux lèvres et fiers de leurs parents, m’accompagne pour le passage de la ligne d’arrivée. Petite interview à la fin à laquelle je me contente de répondre que je ne sais pas dire si ce sont les pires ou les meilleures conditions que j’aie jamais connues…c’était incroyable!
Belle surprise lorsque nous regardons le classement: Sylvain remporte la 6ème place au général (sur 111 coureurs) et 3ème de sa catégorie. Quant à moi, 79ème au général sur 228 coureurs, 28ème féminie et 11ème de ma catégorie…mon meilleur résultat! Après avoir assisté au podium, nous rentrons au camping préparer un repas pour José et sa famille. Je pensais leur faire découvrir des plats français mais j’avais omis le fait qu’on était dimanche et que tous les magasins étaient fermés. Heureusement, le propriétaire du camping a de la viande plein les congélateurs et me vend 2,8 kg de côte de boeuf et me trouve quelques patates chez lui. Avec ce que j’avais dans le camion, je prépare un repas complet « entrée-plat-dessert ». Nous faisons cuire la viande dans l’immense barbecue, à la brésilienne : sur des pics à brochette en métal qui ressemblent à des épées de près d’un mètre de long! C’est un grand plaisir pour moi de cuisiner pour des gens. J’en ai l’habitude en France et cela fait bien longtemps que je n’ai pas fait cela. Au moment de nous mettre à table, José prononce quelques mots de gratitude pour nous avoir rencontrés, auxquels nous répondons réciproquement. Il termine ce court échange en souhaitant bon appétit à tout le monde et je comprends à ce moment-là qu’il s’agit d’une tradition…comme une prière avant le repas. Ouf, je n’avais pas encore tapé dans mon assiette!!! Nous passons un excellent moment à nous remémorer la course et à échanger sur nos traditions culinaires et sociales avant de se souhaiter bonne nuit après cette journée éreintante et riche en émotions!
Le lendemain matin, nous nous quittons chaleureusement et échangeons nos contacts. Comme presque à chaque fois que nous avons rencontré quelqu’un, José me dit de le contacter en cas de souci en Argentine. C’est encore une fois le coeur rempli et des souvenirs plein la tête que nous tournons cette nouvelle page, prêts à démarrer un nouveau chapitre à Iguazu.
Nous ne parcourons que quelques kilomètres après Garopaba car la nuit tombe déjà. Nous nous arrêtons à Gamboa, petit village balnéaire, et nous stationnons juste en face de la plage, au fond d’une ruelle en terre. Ce qui ne devait être qu’une étape d’une nuit s’est finalement transformée en un de nos endroits préférés. Nous y passerons deux nuits et deux jours entiers à contempler et écouter l’océan et ses puissants rouleaux, à observer les mamans et bébés baleines sauter en continu du matin au soir tout près de la plage et à profiter en famille de l’ambiance très cool du front de mer (et du restaurant excellent!!!). Peu de choses à dire, ce furent deux jours pendant lesquels le temps a filé, discrètement, sans se faire remarquer. Nous étions juste là, à vivre ces moments de plénitude comme si plus rien n’avait d’importance sauf ce que la nature offrait à nos sens. Comment nommer cet espace-temps dans lequel nous pourrions rester pour l’éternité si ce n’est « paradis »?
Nous quittons Gamboa, même si nous aurions aimé rester un peu plus. Mon téléphone ne fonctionne plus depuis notre aventure en canoë et je dois trouver une réparateur à Florianopolis en espérant pouvoir le remettre en état, sinon en changer. Après un bout d’après-midi dans un mall de Florianopolis, nous avons hâte de quitter la ville et de retrouver un endroit paisible pour profiter des derniers jours sur la côte. En effet, Florianopolis, capitale de l’état de Santa Catarina, est une grande ville moderne à la circulation importante, et où la consommation semble être le credo à en juger par le nombre important de centres commerciaux clinquants neufs accueillant toutes les plus grandes enseignes internationales… C’est comme si, d’un seul coup, on nous sortait d’un très beau rêve pour nous ramener à tout ce que l’on déteste. Malgré tout, c’est un passage obligé à la fois géographiquement pour atteindre le sud de l’Île de Santa Catarina et également pour trouver un téléphone. Nous nous rendons donc dans un de ces centres commerciaux au sol brillant, achetons rapidement un téléphone, faisons quelques courses et mangeons un burger au hardrock café (bah oui…quitte à y être autant y aller à fond!!!) puis repartons fissa loin de ce tumulte. Nous choisissons la plage la plus éloignée de toute forme d’urbanisation et nous installons au bout de la plage de Pantana do Sul où nous resterons 3 jours.
Là encore, les paysages sont magnifiques. De petites montagnes coniques couvertes de végétation se jettent dans un océan bleu, vert et turquoise. L’Île est le paradis des surfeurs qui ont l’embarras du choix pour trouver le spot idéal en fonction du vent et des courants. Le lendemain, nous parcourons 16 km pour explorer l’extrême sud de l’île. La randonnée est technique et difficile : 900m de dénivelés sur 16km avec des passages rocheux, des sentiers escarpés. Le chemin débouche une la Praia dos Naufragados, une magnifique anse accessible uniquement à pieds qui a vu s’échouer de nombreux bateaux en raison des courants forts et parfois contraires qui fracassent à coup sûr contre les rochers quiconque n’est pas d’ici. Les enfants ont encore une fois été de super marcheurs et ont beaucoup apprécié la journée. Seule embûche sur le chemin, un taureau pas très amical, qui, sous prétexte de vouloir protéger sa dulcinée, m’a bien malmenée… Même si j’utilise le ton de la rigolade aujourd’hui, je peux vous assurer que je ne crânais pas, j’ai vraiment cru qu’il allait m’encorner! On a une nouvelle fois eu de la chance sur ce coup (merci à notre bonne étoile ou à vos bonnes ondes!). Au retour, nous avons dégusté un smoothie acaï-banane dans le petit bar de plage à côté du camion, sur fond de reggae et, profitant de la douceur de la soirée, nous avons installé un apéro-dinatoire sur la plage et sorti la guitare pour chanter ensemble. Le lendemain, nous avons rencontré Fabio, un surfeur natif de l’île qui vit dans son van aménagé la plupart du temps. Nous avons commencé à discuter (un peu difficilement au début) puis, de fil en aiguille, nous nous sommes retrouvés tous les trois installés dans nos fauteuils à boire une bière en discutant de tout et de rien dans une langue hybride de portugnol-ingles!!! La journée a filé ainsi, les enfants lisant dans les hamacs ou jouant dans le sable et nous, parlant politique et société avec Fabio. Il faut dire que la langue hybride est très belle mais elle demande trois fois plus de temps pour exprimer quelque chose parce qu’il faut souvent répéter deux fois, mimer, détourner…on se croirait dans « Times’up »! Je propose à Fabio de partager le repas avec nous. Nous partageons une cachaça que je prépare avec celle que nous avons achetée à Garopaba et il sort une bouteille de vin rouge (qu’il avait mise au frigo)!Ma cachaça française et son vin à la brésilienne ne sont pas très conventionnels mais sont à l’image de ce moment d’échange et de connexion. Nous terminons la soirée dans le camion car la pluie a fait son retour.
Le lendemain matin, nous décollons en même tems que Fabio pour aller dans sa cabane de pêche proche de Florianopolis. L’objectif est d’aller chercher une lyre et un adaptateur pour remplir notre bouteille de gaz argentine avec sa bouteille brésilienne. Nous pensions pouvoir tenir largement jusqu’en Argentine avec notre bouteille mais nous avons constamment cuisiné dans le camion et épuisé notre réserve. Malheureusement, Fabio n’a pas le bon adaptateur. Il nous fait tout de même cadeau de la lyre et nous conseille d’aller dans un magasin qui pourra nous dépanner. En attendant, il nous fait visiter la petite bicoque familiale qui appartient à son grand-père, où est abrité un bâteau de pêche. Il y a une petite cuisine, une salle des sanitaires…de quoi faire de belles fêtes de famille au bord de l’eau. Il aurait aimé nous emmener en bateau et passer une soirée ici avec nous mais nous devons quitter la côte aujourd’hui. Nous nous promettons de revenir plus longtemps la prochaine fois et de profiter davantage ensemble. Fabio fut une des plus belles rencontres depuis le début du voyage…
Preuve encore que la connexion entre les âmes destinées à se rencontrer passe bien au-delà des mots, elle est non verbale, sensible et inéluctable.
Nous arrivons à Garopaba en fin de journée. Nous faisons un petit tour à pied dans ce village de pêcheurs qui s’est peu à peu transformé en station balnéaire très européanisée, où le surf règne en maître: magasins de vêtements de marques, boutiques de surfs, bars et restaurants… On imagine bien, en plein été, les trottoirs grouillant de touristes et les terrasses animées, où s’installent familles et surfeurs pour siroter un cocktail ou se rafraîchir avec un sorbet à l’Acaï. Nous aimons tout de suite le centre historique. Il est composé d’une rue pavée parallèle à la plage, bordée de maisons colorées et de boutiques d’art, au bout de laquelle se trouve une jolie place pavée également. Ici, les pêcheurs débarquent leur prise du jour et découpe des filets de poisson qu’ils vendent directement sur place. Lorsque nous arrivons, un pêcheur est justement en train de mettre des filets en sachets. Je lui en achète 1kg pour quelques reals seulement.
Juste à côté se trouve la plus ancienne maison de Garopaba, une bâtisse coloniale recouverte d’un enduit bleu ciel réalisé avec de la graisse de baleine. En effet, jusque dans les années 90 (moratoire international en 1986), la chasse à la baleine était non seulement autorisée, mais représentait l’activité principale du secteur. Elles étaient chassées pour leur graisse qu’on transformait en huile de grande valeur et qu’on utilisait, entre autre, comme lubrifiant pour les machines et le cuir, comme combustible pour l’éclairage et la cuisine, comme savon et cosmétique ainsi que dans la construction pour les peintures et vernis. Garopaba a su transformer son activité économique et utilise aujourd’hui les baleines comme un attrait touristique pendant la saison creuse. Elles sont aujourd’hui très protégées par les locaux qui n’hésitent pas à appeler la police militaire s’ils aperçoivent un engin à moteur s’en approcher.
La pluie commence à tomber de nouveau, nous nous installons le long de la page pour la nuit et dégustons le poisson frais enrobé de panure…un régal!!!
Le lendemain matin, la pluie est de nouveau intense. Impossible de sortir sans être détrempés en cinq minutes! Les enfants travaillent dans le camion toute la matinée puis nous allons manger dans une petite cantine qui propose un plat unique (du poisson fraîchement pêché) avec accompagnement à volonté pour seulement 25 reals par personne. L’après-midi, nous nous rendons dans une petite distillerie artisanale de cachaça. Le propriétaire nous fait visiter sa fabrique familiale et nous explique qu’il produit de la farine de manioc l’hiver et de la cachaça le reste de l’année. La méthode est traditionnelle, transmise de père en fils depuis plusieurs générations. Nous restons un bon moment à discuter avec lui et à déguster ses recettes spéciales : cachaça à l’acaï, au maracuja, au café, etc. Sur le chemin, nous découvrons une immense dune de sable fin qu’il faut escalader par un grand escalier, ou, pour les plus courageux, directement dans la pente. Une fois en haut, une vue magnifique sur la baie de Siriu nous est offerte. Le sable fin de la dune se décline en un superbe camaïeu de blond qui contraste avec le bleu-gris de l’océan et du ciel très chargé de nuages. Les enfants ont l’impression d’être en plein désert du Sahara. Profitant d’une éclaircie, nous jouons à faire la course dans les pentes raides de la dune pendant un moment avant de nous installer sur le parking au pied de celle-ci pour la nuit.
Le lendemain, un soleil radieux réchauffe le camion. Les enfants travaillent toute la matinée et profitent de l’immense balançoire en guise de récréation. Ils commencent à vraiment apprécier cette école nomade qui offre chaque jour une nouvelle cour de récré! L’après-midi, nous partons explorer les alentours. Au détour d’une balade, nous découvrons un sentier qui nous mène vers une pointe surélevée entre la dune de Siriu et la plage de Garopaba qui sert de Mirador pour observer les baleines franches australes qui viennent chaque année entre juin et octobre dans cette baie aux eaux chaudes et peu profondes pour donner naissance à leurs petits et les éduquer avant de se lancer dans l’océan. Voilà près d’une semaine que nous essayons d’en apercevoir sans succès et là, sans l’avoir cherché, nous observons plusieurs baleines. Nous sommes comme des enfants, émerveillés devant ce spectacle hypnotisant. Nous restons assis à les observer pendant un bon moment, le temps passe sans que l’on s’en rende compte. L’après-midi est déjà bien avancé, nous partons faire quelques courses en passant par la plage pour le plus grand bonheur des enfants qui jouent (d’un peu trop près) avec les vagues. Une journée de farniente, de plage et de soleil…cela faisait longtemps qu’on en rêvait!!!
Ce matin du troisième jour à Garopaba, nous partons en randonnée en longeant la côte. Le soleil est radieux, le paysage est magnifique, et varié. Nous passons tantôt à travers la forêt, tantôt sur les rochers au bord de l’eau ou même encore en haut de falaises qui surplombent l’océan. Nous avalons ces 13 km en quelques heures, profitant des piscines naturelles, des blocs d’escalades frappées par la houle et des plages rencontrées sur notre passage. Les enfants marchent très bien, ils ne se plaignent même pas (sauf quand la côte est trop raide!). Faire marcher des enfants dans la nature est assez facile, il y a des distractions partout, des trésors à ramasser et une liberté de mouvement qui leur convient bien.
En fin de journée, nous partons en balade en canoë avec Ninon, une jeune française qui s’est installée ici il y a un an et demi avec Luiz, un surfeur natif de Garopaba. Ensemble ils ont créé cette petite affaire de balade en canoë qui nous a été conseillée par les Globelulus lors de notre rencontre à Punta Ballena. Luiz est le seul à pouvoir s’approcher des baleines avec son canoë havaiana car il n’a pas de moteur. Ninon nous promet une sortie incroyable ce soir, au coucher du soleil, car on recensé aujourd’hui 21 baleines et leurs petits soit 42! Incroyable et inoubliable…elle ne croyait pas si bien dire!!!
Nous ramons en direction de la plage de Siriu et apercevons très vite des baleineaux en train de s’exercer à sauter. Il y en a plusieurs, de tous les côtés, c’est magnifique! Luiz frappe de temps à autre sur son canoë pour signaler notre présence aux baleines. Elles nagent paisiblement, leur dos scintillant au dessus de l’eau, et se retournent de temps à autre en nous saluant de leurs fines nageoires. Parfois, elles se déplacent en ondulant, nous permettant d’apercevoir leur immense queue. Elles évoluent gracieusement dans l’océan comme si elles dansaient, sans ce préoccuper de nous. Elles nous font même le cadeau de nous laisser entendre leur chant à plusieurs reprises. Nous observons ce ballet fantastique pendant plus d’une heure, mesurant la chance que l’on a de pouvoir profiter d’un tel spectacle. Même Ninon et Luiz, qui pourtant sont habitués, sont subjugués. Nous revenons petit à petit vers la plage de Garopaba. Les baleines sont très nombreuses et proches de la plage. Luiz dirige l’embarcation de sorte à ne pas nous approcher trop près d’elles. Le rivage n’étant plus très loin, nous commençons à ressentir quelques vagues se former juste devant le canoë pour se casser quelques mètres plus loin en de gros rouleaux appréciés par les surfeurs. Ceux-ci se régalent, ils domptent les vagues au coucher du soleil en observant les baleines de près…quel spot magnifique!
Tout à coup, une vague sortie de nulle part nous sort de notre rêverie. Elle est trop haute, elle va se casser trop tôt et malgré les efforts de Luiz pour placer le canoë de face, celui-ci reste trop de côté. Luiz a à peine le temps de crier « Seguro! » que la vague se casse sur nous. Notre embarcation chavire et nous nous faisons malmener par le puissant rouleau. Heureusement, nous sommes tous équipés de gilets de sauvetage. Gaspard hurle de peur, il s’agrippe à Ninon, manquant de la faire couler. Luiz se dirige rapidement vers lui pour le calmer et le sécuriser. Nous mettons quelques secondes, peut-être une minute à réaliser ce qu’il vient de se passer. Les surfeurs accourent sur leurs planches pour nous venir en aide. La mer, elle ne s’arrête pas de nous bousculer, nous envoyant toutes les 20 secondes des rouleaux puissants qui ont pour effet de nous remettre sous l’eau mais aussi de relancer les hurlements de Gaspard. Agathe, elle reste très calme et avance tranquillement avec Sylvain jusqu’à la plage. Pour ma part, je suis déboussolée par les vagues incessantes et focalisée sur la mise en sécurité de Gaspard. Finalement, Luiz m’attrape aussi et me ramène sur le rivage avec Gaspard. Tout est tombé à l’eau: Nous retrouvons sans difficulté nos chaussures qui flottent à la surface. En revanche, pas de sac à dos. Dedans se trouvent nos clé de camion. Ninon et Luiz ont également perdu un téléphone et des lunettes de vue. Luiz retourne le canoë, aidé par les surfeurs, pendant que nous reprenons nos esprits. Miracle! Notre sac à dos réapparaît, Agathe l’avait coincé sous mon banc, il était donc resté coincé sous la coque.
Luiz semble très en colère, c’est la première fois que cela arrive, il est pourtant bon navigateur et connaît bien la mer mais cette vague-là, il ne l’a pas vue venir! Il reprend son bateau seul pour le ramener à notre point de départ. Nous l’observons s’éloigner du rivage, naviguant avec vigueur, attaquant les vagues de front sans difficulté. Le canoë ne bouge pas, il semble très stable, insubmersible. Ninon et nous parcourons les 2km restant en marchant le long de la plage, cela nous permet de nous remettre de nos émotions. Les enfants grelottent, Gaspard est choqué. Agathe, elle, jubile! Elle dit à Ninon qu’elle a adoré les sensations! Ce mélange d’émotions est difficile à décrire. Même en y repensant aujourd’hui, il est difficile d’identifier exactement les émotions ressenties et nos pensées à l’instant T. C’est un peu comme si notre cerveau s’était mis sur pause, l’instinct de survie ayant pris le dessus, nous empêchant d’analyser profondément la situation. Il ne nous reste en mémoire qu’une série d’images et de sensations séquencées, tel un short vidéo pour réseaux sociaux.
Nous rentrons à la nuit tombée, transis de froid. Heureusement nous pouvons tous les quatre profiter d’une douche bien chaude dans le camion. Nous passons la soirée à discuter de ce qu’il vient de se passer, pour essayer de l’encrer dans le réel. Les enfants éprouvent le besoin de dessiner ce qu’il s’est passé. On finit par en rire, même Gaspard, même si on a conscience d’avoir eu de la chance. Une chose est sûre, cette excursion restera gravée dans nos mémoires à jamais!
Le lendemain, nous retrouvons Ninon et Luiz chez le réparateur de téléphone. Le mien ne se rallume plus, celui de Sylvain semble aussi montrer quelques signes de faiblesse. Ninon nous sert de traductrice. Nous laissons nos portables pour la journée afin qu’ils prennent un bain chimique afin d’éviter la corrosion. En attendant, nous passons la journée sur la plage. Après le travail scolaire, les enfants font du body-board, Gaspard parvient petit à petit à se remettre à l’eau et à prendre du plaisir. Je m’installe sur le sable avec ma guitare et profite de cette dernière journée dans cette petite ville de Garopaba qu’on aime tant.
En fin de journée, nous récupérons nos téléphones et quittons Garopaba en direction de Florianopolis.
Nous décidons de nous rendre à Laguna, sur les conseils des Globelulus, pour aller voir la pêche traditionnelle avec les dauphins. Une tempête et de grosses pluies sont annoncées. Nous choisissons de nous installer dans un camping pour pouvoir monter le auvent et attendre le retour d’une météo plus clémente.
Le camping heureusement est très bien équipé, au bord de l’océan et comme à l’accoutumée nous sommes seuls. Nous passerons la première journée sous le auvent et dans le camion. La pluie n’a pas cessée pendant plus de 24h! Le froid et les intempéries sont des épreuves pour la vie en camion: nous devons vivre à 4 dans un espace réduit sans trop nous marcher dessus. Alors on s’adapte: on avance sur l’école, on écrit, on cuisine, on va bavarder avec le gérant de l’épicerie…les journées s’écoulent finalement assez rapidement.
Le lendemain, nous avons pu mettre le nez dehors et sommes partis à vélo vers Laguna. L’océan était encore trop déchaîné pour que les dauphins montrent le bout de leur nez. En revanche, on a fait une belle balade de 20km à vélo et avons trouve un pump-track naturel dans les dunes pour le plus grand bonheur des enfants! Le paysage est magnifique et très sauvage. Cette partie de la côte est en plein essor, avec des terrains constructibles à vendre un peu partout le long du littoral…dans quelques années le paysage sera totalement transformé!
Le Dimanche, lors d’une balade à vélo sur la plage, nous avons pu assister à la pêche traditionnelle au filet. les pêcheurs se retrouvent à plusieurs dizaines, vont déposer un filet gigantesque avec un petit bateau puis le tirent tous ensemble. Ils en sortent des dizaines de poissons qu’ils vont vendre ensuite soit directement sur la plage, soit au marché.
Le soleil étant enfin de retour, nous poursuivons notre route vers Garopaba, en espérant trouver l’été et sortir les maillots de bain!
Suivant les conseils du gérant du camping de Cassino (une jolie plage au sud de Porto Alegre), nous nous rendons à Praia Grande, dans le Parc national de Serra Geral. C’est une ville touristique qui accueille principalement pendant l’été (décembre, janvier, février) de nombreux Brésiliens, mais aussi des Uruguayens et des Argentins qui recherchent des lieux en pleine nature et des vues époustouflantes.
La géographie des lieux est très particulière: de hauts plateaux s’érigent au sommet de falaises escarpées, découpées par des rivières et torrents, formant des canyons de 700 mètres de haut! L’eau coule à flots, évacuant les pluies intenses des terres vers l’Océan atlantique qui n’est qu’à une trentaine de kilomètres. Elle est présente partout: du petit ruisseau à la grande rivière, l’eau dévale les pentes en permanence, sans que rien ne puisse l’arrêter. Lorsqu’il pleut en amont, les rivières sortent de leur lit en moins de 30 minutes et montent de plusieurs mètres. Le niveau baisse également rapidement car l’eau s’évacue très vite jusqu’à la mer. Le relief abrupte offre à nos yeux une vue spectaculaire des canyons depuis les différents miradors et l’eau, dans sa course infernale, chute de temps à autres de plusieurs dizaines de mètres, formant de magnifiques cascades qui tombent, tels des voiles de mariées, dans des piscines naturelles d’eau pure. L’eau dans le parc est potable et très minéralisée, son passage à travers le sol, les plantes, les racines et les cailloux la filtre et la minéralise. Attention cependant à ne pas en abuser!
Praia Grande se trouve entre deux parcs nationaux (Aparados da Serra et Sera Geral) qui font partie des 74 parcs nationaux du Brésil qui visent à préserver les écosystèmes naturels mais aussi à la recherche scientifique, à l’éducation environnementale et à l’éco-tourisme. Les alentours sont truffés de Pousadas (auberges) proposant des petites cabanes en bois, allant de la plus simple à la plus luxueuse.
Nous choisissons le « camping Malacara », situé aux portes du canyon du même nom que nous souhaitons visiter le lendemain. Le lieu ressemble plus à un parking qu’à un camping, au milieu d’un hameau, où se réunissent les voisins en fin de journée pour capter internet. Nous arrivons à la nuit tombée. Sur la place, devant la petite construction en bois qui semble servir de réception, sont réunis trois adultes et sept à huit enfants. Nous avons bien du mal à identifier la propriétaire des lieux mais heureusement, l’un des villageois parle espagnol et nous parvenons à converser avec lui. Il nous présente Jenny, une septuagénaire très tranquille, qui ne parle pas un mot d’espagnol, ni d’anglais, ne de quoi que ce soit d’autre que le portugais. Nous comprenons que le camping lui appartient. Elle nous montre les toilettes, les douches (chaudes d’après elle…) et nous branche à l’électricité. Il y a aussi une petite cuisine à disposition avec un frigo, une gazinière, un évier et un peu de vaisselle. L’autre femme, une jeune trentenaire, bébé sous le bras, une cigarette à la main, joue machinalement à une sorte de Candy Crush sur son téléphone, levant la tête de temps à autre pour traduire à Jenny un mot qu’elle a compris dans notre espagnol bien approximatif. Nous échangeons un bon moment ainsi, dans une langue peu officielle de « portu-gnol » tinté de français et d’anglais…on ne se dit pas grand chose mais le peu prend pas mal de temps!!! Je comprends tout de même que 4 des enfants présents sont à elle, que les deux fillettes brunes sont les voisines et que Luna est la fille du monsieur qui parle espagnol. Les quelques enfants du village sont très intrigués par Inkaiko et en font la visite. Agathe se lie rapidement avec Luna. Elle a son âge, apprend aussi le violon et aime les chevaux. A coup de Google traduction, elles parviennent à discuter et à faire connaissance. Gaspard échange quelques passes avec un garçon d’à-peu-près son âge. Luna me demande de sortir ma guitare alors je m’exécute. Je joue quelques morceaux pour le plus grand bonheur du petit David, 18 mois, qui tombe littéralement amoureux de moi à en juger par son regard rempli de tendresse et d’admiration! Il ne me lâche plus d’une semelle. Sa maman s’étonne car elle me dit qu’il est très sauvage et ne va jamais avec personne. Tout ce joyeux petit monde continue comme cela à jouer, à discuter, sans que l’heure avancée ne semble inquiéter personne! Nos enfants, eux, ont les estomacs qui crient famine et aimeraient bien rentrer au calme dans le camion. En effet, il est presque 21h! Finalement, je dis au revoir et nous rentrons dans le camion. Peu de temps après, tout le monde rentre chez soi.
Le lendemain matin, Luna vient nous voir et nous demande si nous voulons aller dans le canyon Malacara accompagnés de sa maman. Celle-ci est guide officielle et est habilitée à accompagner les touristes. En effet, le canyon ne peut pas se visiter sans guide pour trois raisons: la première c’est que le sentier n’est pas balisé et qu’on se perdrait à coup sûr ; la deuxième c’est que les guides sont en permanence en lien avec le contrôle météo pour pouvoir rebrousser rapidement chemin en cas de crue annoncée (il peut bien pleuvoir à plusieurs kilomètres et la rivière peut monter sans prévenir) ; enfin la troisième c’est qu’elle a en sa possession des guêtres épaisses à mettre le long de nos jambes pour prévenir les morsures de serpents! Nous acceptons donc volontiers qu’elle nous accompagne.
La randonnée est très agréable. Nous suivons Dani à travers cette forêt atlantique dense et humide. Elle nous fait découvrir des plantes médicinales et arbres endémiques, nous suçons des trèfles 10 fois plus gros que ceux que nous connaissons en France, dégustons des fruits dont j’ai oublié le noms (mais délicieux!) et découvrons l’histoire des canyons et de la région. Elle nous explique qu’une partie du chemin empruntée était, avant 1992, date à laquelle la Serra est passé sous la protection des parcs nationaux, une route empruntée par des gros camions qui venaient couper des arbres. Depuis la fermeture de la route, la nature a repris ses droits rapidement, les arbres ont poussé à grande vitesse si bien qu’e l’on ne puisse pas du tout ‘il est difficile d’imaginer que des camions passaient ici il y a 30 ans! Le chemin est tantôt boueux, tantôt pierreux et nous traversons à plusieurs reprises la rivière avec de l’eau arrivant parfois jusqu’au genou. Nous observons le sommet du canyon depuis ses profondeurs accompagnés par le chant des oiseaux et les cris des singes que l’on perçoit au loin. L’humidité ambiante, la végétation luxuriante, et le son de l’eau parcourant les rochers créent une atmosphère brumeuse et mystique. Au bout du sentier, nous trouvons deux piscines naturelles dont l’une d’elle mesure 13 mètres de profondeur. L’envie de s’y baigner est très forte mais à cette saison l’eau est fraîche et la température extérieure pas suffisamment élevée pour se réchauffer. Nous tenterons la baignade jusqu’à mi-cuisses mais pas plus loin.
Nous rentrons pour 13h au camion, ce fut une très belle balade à la découverte de la fameuse « mata atlanticà ».
Cet après-midi là, nous partons à vélo à travers les pistes de Praia Grande pour découvrir la jolie petite ville, déguster un sorbet à l’Acaï tant attendu pour ma part et aller admirer la « Cascata Magia das Aguas ». Le soir, les enfants sont de nouveau au rendez-vous, accompagnés de leur maman qui vient comme chaque soir capter internet pour jouer sur la place avec son téléphone. Luna revient jouer avec Agathe accompagnée d’une amie. Les filles s’entendent bien et passent un bon moment. Gaspard, lui, pourtant d’habitude locace et extraverti, se terre dans le camion pour éviter les échanges avec son camarade de jeu de la veille. Je crois que la barrière de la langue est vraiment difficile pour lui.
Le lendemain, le temps est pluvieux. Nous tentons de nous rendre sur les plateaux pour admirer la vue. Nous nous arrêtons sur deux miradors et pouvons observer le haut des canyons surplombant une magnifique mer de nuages. Un paysage cotonneux qui laisse vite place à un brouillard épais bouchant totalement la vue. C’est avec regrets que nous quittons la serra, la météo du lendemain ne sera pas plus clémente. Aussi, nous repartons vers la côte pour trouver un endroit où nous poser quelques jours en attendant la fin de la perturbation.
Nous passons une dernière nuit à une vingtaine de kilomètres de la frontière brésilienne pour finir les produits frais qu’il nous reste dans le frigo, la loi brésilienne interdisant toute entrée de produits périssables venant d’un autre pays.
Le matin du 31 août, nous nous dirigeons donc vers Chuy pour passer au Brésil. Les formalités ne prennent pas de temps. Il n’y a personne au poste frontière côté Uruguay. Nous devons d’abord faire valider notre sortie de territoire et faire tamponner le TIP d’Inkaiko pour justifier que le véhicule est bien sorti du pays. Cela prend un petit quart d’heure.
Nous prenons ensuite un peu de temps dans Chuy pour acheter des cartes prépayées brésiliennes pour nos téléphones dans une pharmacie (eh oui, au Brésil c’est le pharmacien qui vend les cartes de téléphone!). Ils se mettent à trois pour nous expliquer tant bien que mal qu’il nous faut un « CPF » pour valider notre numéro. Nous comprenons que c’est à la douane brésilienne que nous devons avoir ce CPF, pensant qu’il s’agit d’un numéro qu’on obtient systématiquement lors de la pose du tampon sur notre passeport. Nous prenons tout de même les cartes sim en nous disant que nous les activerons après le poste frontière. Nous nous arrêtons ensuite dans un supermarché pour faire quelques courses. Les prix n’ont rien à voir avec ceux de l’Uruguay, on est plutôt 20 à 30% moins chers qu’en France. De nombreux Uruguayens se rendent d’ailleurs régulièrement à la frontière pour faire le plein de vivres à des prix abordables.
Une fois le plein de courses effectué, nous nous arrêtons au poste frontière brésilien. Là encore, le passage est une formalité très rapide. Le camion n’a pas besoin de papier car le Brésil a une frontière commune avec la France (la Guyane). Finalement, personne ne nous demandera si nous transportons des vivres périssables. La grande fréquentation de cette frontière par les Uruguayens qui viennent remplir leurs frigos finit par rendre les douaniers plus laxistes…ce qui nous arrange bien! les douaniers très sympathiques nous souhaitent un bon voyage et continuent à visionner leur film en noir et blanc sur leur écran d’ordinateur…
Une fois la frontière passée, j’essaie d’activer ma carte SIM…quelle histoire! Je ne comprends absolument rien, on me demande mon DDD, mon CPF…tout cela en portugais brésilien! Nous comprenons mieux pourquoi le pharmacien insistait pour nous dire de demander ce numéro à la frontière! Je lis dans le guide du Routard que l’activation d’une carte SIM au Brésil relève du parcours du combattant et que le mieux est de demander à un ami brésilien de vous prêter son CPF (décidément, ce numéro a l’air d’être un véritable sésame ici!!!) sans quoi il faudra passer dans une poste locale pour effectuer diverses démarches administratives afin d’avoir notre propre numéro qui semble servir de numéro d’identification fiscale. Nous nous disons que nous ferons ces démarches demain (n’ayant pas d’ami brésilien sous le coude!).
Nous roulons jusqu’à Cassino, une petite ville balnéaire au Sud de Porto Alegre où nous souhaitons nous poser quelques jours. Nous nous installons dans un camping très bien équipé, tenu par un quarantenaire très sympathique. Je lui parle de mon problème de carte SIM et le pauvre homme, que la bonté perdra, me propose de m’aider. Il passera plus d’une heure à activer ma carte, scanner sa pièce d’identité contenant le fameux « CPF », trouver le bon indicatif (il y en a un pour le Brésil et un différent pour chaque état), et recommencera l’opération pour celle de Sylvain! Il me dit qu’au Brésil, ils ont l’art et la manière de compliquer les choses! En tout cas il est clair que sans son aide je n’y serai jamais arrivée! Je m’excuse mille fois pour avoir abusé de son temps…je ne croyais pas si bien dire, en un clin d’oeil la nuit est tombée! Je crois que lui non plus n’avais pas mesuré le temps qu’il y avait passé! Se rendant tout à coup compte de l’heure, il part précipitamment en me disant poliment qu’il habite la maison qui jouxte le terrain de camping et qu’on peut l’appeler en cas de besoin (mais je crois qu’il croisait fort les doigts pour que nous ne l’interpellions plus!).
Jusqu’ici nous avons beaucoup de chance, nous croisons les bonnes personnes au bon moment et ce qui pourrait se transformer en petit tracas reste finalement une formalité. Cela a été le cas pour le gaz avec Sylvia, pour notre enlisement avec Paolo et pour cette carte Sim avec ce propriétaire de camping! Le soir venu, je remercie en silence cette bonne étoile qui semble veiller sur nous depuis que nous sommes partis en espérant qu’elle continue à nous accompagner jusqu’à la fin de ce voyage et plus encore!!!