Uruguay
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L’Uruguay en bref…

Après trois semaines en Uruguay, je souhaitais faire un petit récapitulatif de ce qui nous a le plus marqué:

  • La gentillesse et la générosité des locaux: Les Uruguayens sont très souriants, patients et toujours prêts à vous aider. A chaque fois qu’on a rencontré quelqu’un, il nous a donné son numéro de téléphone avec la consigne de l’appeler au moindre souci pour qu’il nous aide.
  • La sécurité: Partout en Uruguay nous nous sommes sentis en sécurité. C’est le pays le plus sûr de l’Amérique du Sud, idéal pour démarrer un voyage au long court et prendre nos marques.
  • Les prix: L’Uruguay est réputé pour être le pays le plus cher du continent sudaméricain. Ce n’est pas une légende! L’une des premières choses que nous demandent les locaux quand on discute avec eux, c’est si leur pays nous paraît cher! En effet, la nourriture est très chère, sauf la viande et le riz. Les Uruguayens usent de stratagèmes pour acheter à des prix raisonnables: ils font des allers-retours au Brésil et achètent en gros puis revendent en petites quantités ou font leurs emplettes dans les marchés et férias de rues où les prix sont beaucoup plus abordables qu’en supermarché. Ils mangent évidemment beaucoup de viande car elle est de bonne qualité et peu chère. La raison de ces tarifs élevé: les taxes. La TVA est de 22% à laquelle s’ajoute la taxe sur les produits importés. L’Uruguay, ayant peu d’échanges commerciaux avec l’étranger, ne pèse pas lourd dans la balance des négociations et subit 30 à 50% de taxe pour les importations. Par exemple, pour l’achat d’une voiture, les taxes représentent la moitié du prix du véhicule! Pour l’anecdote, je n’avais pas emmené mon sèche-cheveux en me disant que j’en trouverai un ici. J’ai dû comparer les prix dans une dizaine de magasins, ils s’élevaient parfois à plus de 60€! J’ai finalement acheté un sèche-cheveux basique à un prix raisonnable…de 39€!!!
  • Un développement à deux vitesses: en Uruguay, tu peux aussi bien croiser des voitures électriques dernier cri ou des pick-up flambant-neufs comme des tacots de 1960 tout rouillés ; des gens qui vivent avec l’équivalent de 200€/mois comme d’autres qui gagnent dix fois plus ; des fermiers qui vivent comme au début du XXème siècle en France, sans eau chaude ni machine à laver, qui doivent parcourir 30 minutes de piste pour rejoindre une ville (quand la route n’est pas coupée par une rivière en crue) et à seulement 200km, une côte océane bordée d’autoroutes asphaltées, de luxueux immeubles, de pistes cyclables et de shopping center. Des disparités comme celles-ci sont monnaie courante ici. Cependant, tout le monde semble manger à sa faim, être logé et en sécurité. Il y a ceux qui sont montés dans le train de la mondialisation et de la société de consommation et qui en ont tiré du confort et les autres qui, soit par choix, soit par fatalité, son restés sur le quai. Dans le Nord, c’est vraiment par choix. Les gens d’ici défendent la culture gaucho, le « bien vivre » à la campagne et la préservation de leur terroir. Revers de la médaille: un exode rural important chez les jeunes qui s’expatrient dans les villes et ne veulent plus revenir. Le tourisme rural est en pleine expansion et certains l’ont bien compris avant les autres: des pousadas (auberges) poussent un peu partout avec des nuits insolites dans des cabanes en A, des petites constructions géodésiques ou autre constructions peu banales. Une manière de redonner un peu de dynamisme à ces grandes étendues abandonnées…à tort ou à raison? Nous nous garderons bien d’émettre un avis sur le sujet. Pendant ces trois semaines en Uruguay, nous aurons rencontré des conservateurs, des pro-développement, des avant-gardistes, toutes ces visions cohabitent en bonne intelligence dans ce pays qui cherche encore la voie qu’il veut emprunter.
  • La gestion des déchets: Ma conscience écologique est mise à rude épreuve. Outre les sacs plastiques distribués dans les magasins (1 produit/1 sac!), j’aurai croisé à trois ou quatre reprises seulement des containers de tri en trois semaines! Même le verre va dans la poubelle ménagère! Montevidéo et Punta del Este semblent commencer à trier mais cela n’est pas encore rentré dans les consciences individuelles. Dans le Nord, là où l’eau est pure et les paysages préservés, on brûle tous les déchets dans une benne en métal sans tri aucun! Sur la côte, nous avons même vu un habitant sortir de sa maison, deux sacs poubelle à la main, passer tranquillement le portail de son joli terrain tondu ras et jeter, sans être gêné par notre présence, ses deux sacs directement dans la dune, à 5 mètres de l’océan!!! J’aurais voulu être plus à l’aise en espagnol à ce moment-là pour l’engueuler comme il le méritait. Je peux encore comprendre (même si je ne l’accepte pas) que les gens prisonniers de la nécessité de fassent pas de l’écologie leur préoccupation première, mais cet homme, qui vit dans une jolie maison tout confort en face de la plage, qui possède deux voitures dans sa cour pavée et qui dispose de containers à poubelles à deux coins de rue, lui, n’a pas le droit d’agir ainsi! C’est de l’individualisme à l’état pur et un crime assumé contre l’environnement!
  • Les aires de jeux: Partout dans le pays, chaque place accueille une aire de jeux pour enfants, un parcours santé ou un skate park…pour le plus grand bonheur de nos enfants qui nous demandaient de nous arrêter tous les 500 mètres pour aller tester le toboggan, la balançoire ou l’araignée!
  • L’odeur du cannabis: Ici le cannabis est légalisé. Pour autant, sa consommation n’est pas ostentatoire mais Agathe a bien appris à reconnaître cette odeur qui nous venait tout de même fréquemment aux narines. A noter: conduire en ayant fumé ne semble pas poser de problème contrairement à l’alcool (tolérance 0)!
  • Les animaux: Nous avons également été frappés par l’importante présence d’animaux, sauvages comme domestiques. D’abord les oiseaux : il y en a énormément! Des petits, des gros, qui volent et planent au-dessus de votre tête où que vous soyez. Bien sûr il y en a encore davantage à la campagne. Le chant des oiseaux vous accompagnent du matin au soir, c’est très plaisant! Les chevaux : nous ne nous étions pas trompés, l’Amérique du Sud est le continent du cheval. L’Uruguay ne fait pas exception: il y a un nombre impressionnant de chevaux dans les champs, servant aux gauchos, mais aussi en ville, parfois sur les pelouse, les bas-côtés. Le cheval est un animal domestique très répandu et très respecté. Enfin les chiens: chaque famille possède parfois un, souvent plusieurs chiens. Il y a des magasins spécialisés pour leur nourriture et leur bien-être à tous les coins de rue. Dans l’aéroport de Montévidéo, il y a même des toilettes pour femmes, de toilettes pour hommes (jusque-là rien de bien exceptionnel!) et … des toilettes pour chiens! Partout où nous allons, nous finissons toujours par être accompagnés d’un ou deux chiens errants cherchant un peu d’affection ou quelques restes de repas. Les animaux sont tous très gentils, nous n’avons croisé aucun chien agressif. Cependant, il est important de faire bien attention où l’on met les pieds (petite revanche contre ces humains qui jettent leurs déchets partout???)!

Voilà ce qu’on retiendra principalement de l’Uruguay, ce petit pays que nous avons beaucoup apprécié visiter qui a beaucoup d’atouts. Maintenant place au Brésil…une toute autre histoire!

Punta Ballena et Punta Del Este

Nous rejoignons la côte après notre périple dans le nord du pays. Ici, rien ne ressemble à ce que nous avons connu au pays des gauchos: route asphaltées, maisons luxueuses et panneaux publicitaires géants mettent à l’honneur la société de (sur)consommation à laquelle nous cherchons tant à échapper . C’est comme si nous arrivions dans un autre pays alors que nous n’avons parcouru que 400km depuis Tacuarembo.

Nous ne nous attarderons pas ici, juste une halte d’une nuit à Punta Ballena qui, comme son nom l’indique, est un des endroits privilégiés pour observer les baleines. On ne peut pas nier que l’endroit soit magnifique: un beau cap rocheux balayé par le vent et frappé par les vagues entouré de magnifiques plages de sable blond et fin. On comprend pourquoi cet endroit est devenu une station balnéaire luxueuse pour les riches touristes Uruguayens, Argentins et Brésiliens. Nous ne verrons aucune baleine malgré le timing parfaitement respecté: crépuscule et aube (réveil matin à 6h30!!!).

Pour la première fois du voyage depuis notre passage chez Silvia à Paraiso Suizo, nous sommes entourés d’autres camions de voyageurs. Le matin, au réveil, nous rencontrons Damien et Martine, les Globelulus…un couple de voyageurs chevronnés qui reprennent leur périple après une année de pause en France. Nous commençons à discuter, à échanger des bons plans, à partager nos expériences… Le temps passe (toujours trop vite!). Nous nous installons à table au soleil pour partager un repas improvisé et comme tous français qui se respectent, nous passons la journée sur cette terrasse improvisée à siroter leur super cachaça dégotée dans une distillerie au Brésil. Nous continuerons à discuter ainsi jusqu’à la nuit tombée et resterons finalement une nuit de plus! Ce fut une belle parenthèse dans notre périple uruguayen! Le voyage c’est aussi cela, se laisser surprendre par les belles rencontres et remettre le programme d’aujourd’hui à demain…voire en changer complètement!

Le lendemain, nous rejoignons Cabo polonio par la côte en passant rapidement Punta Del Este qui ne présente que peu d’intérêt sauf si l’on aime l’architecture moderne, les yachts, le luxe et les cafés à 15€!

Cabo Polonio, le village du bout du monde…

Ce matin, nous partons visiter le village de Cabo Polonio, dans un parc national protégé qui abrite une des plus grande colonie de « lobos » d’Amérique du Sud.

C’est un village de pêcheur, non alimenté en eau ni en électricité, que l’on ne peut atteindre qu’à pieds par une balade de 7 km ou en prenant le seul transport autorisé à se rendre sur les lieux: un camion 4×4 qui fait 6 allers-retours par jour. Nous choisissons évidemment le camion qui fait très envie aux enfants!

Après une vingtaine de minutes de voyage à travers les dunes, nos corps balancés de droite à gauche, d’avant en arrière à chaque tour de roue du fameux « camion-tracteur » et nos poumons remplis de vapeurs de pot d’échappement, nous débarquons à Cabo Polonio. Ce charmant petit village encore authentique a séduit un bon nombre de hippies qui se sont installés là, coupés de tout, et ont ouvert de petites échoppes pour les touristes, toutes orientées « bien-être »… Ici on trouve des space cake ou des magic cookies à tous les coins de rue, des massages ayurvédiques, des soins énergétiques en tout genre, des porte encens, des fringues en coton bio, des bars à jus, des restaurants végans…tout cela dans de petites cabanes colorées ornées de pancartes sur lesquelles sont peintes en lettres de couleur, de jolies expressions qui te disent de kiffer la vie! C’est aussi un des seuls endroit d’Uruguay où je verrai des containers pour le tri des déchets et du compost! Inutile donc de vous dire que j’adore cet endroit!!!

Après cette ruelle principale, des petites maisons individuelles parsemées sur la presqu’île, finissent le décor. Les cabanes de pêcheurs au confort rudimentaire font place peu à peu à de petites maisons, toutes plus mignonnes et originales les unes que les autres, équipées de panneaux solaires, de sanitaires, voire de spa! Beaucoup en ont fait des locations d’été ou des chambres d’hôtes. On imagine bien l’ambiance qui doit régner ici en été où quelques dizaines de privilégiés viennent profiter des magnifiques plages qui entourent le phare, de la forêt de pin qui protège cette « île » du surtourisme. Aujourd’hui c’est l’hiver, le village est désert, beaucoup d’échoppes sont fermées, cela donne à ce lieu un véritable air de hameau du bout du monde, livré aux éléments, où le vie se déroule au ralenti.

Tout au bout du village, derrière le phare, nous découvrons un lieu qui lui, est plein de vie. Des centaines d’âmes se prélassent sur les rochers rosés, chantant bruyamment sans se soucier de gêner la sieste du voisin. Il s’agit d’une grande concentration d’otaries et de lions de mer qui eux aussi, ont élu domicile ici. Lorsqu’on les observe, se prélassant de la sorte, se déplaçant avec nonchalance sur leur rocher, on pourrait les comparer à une communauté hippie qui aime se la couler douce dans un endroit tranquille! Seuls les petits semblent un peu excités. Certains barbotent dans l’océan agité, plongeant entre les rochers frappés par les vagues sous le regard peu affolé de leurs maman fatiguées, d’autres s’amusent à échapper au regard de leur mère et à se faufiler entre les rochers pour aller voir ce qu’il se passe plus loin… Nous passons un bon moment à observer ce spectacle très divertissant de tout ce petit monde que rien ne semble pouvoir perturber dans cette routine de farniente perpétuel!

Après quelques heures dans ce petit bout du monde, nous rentrons (cette fois à l’étage loin du pot d’échappement) dans notre autobus bien spécial pour le plus grand bonheur des enfants qui s’éclatent à se faire balloter dans tous les sens !

Minas…ou l’introuvable spot d’escalade!

Notre prochaine destination est le parc naturel de Minas, repéré sur une application d’escalade comme étant le seul spot d’escalade sportive de l’Uruguay. Il s’agit de Falaises d’une cinquantaine de mètres surplombant une forêts de feuillus endémiques. Nous nous stationnons sur un petit parking herbeux au bord d’une piste, en face du chemin de départ de randonnées. Le parking est interdit la nuit d’après l’écriteau. Je contacte le garde forestier responsable du site (son numéro est indiqué sur les pancartes) et lui demande si nous pouvons grimper le lendemain et passer la nuit ici. Il m’envoie un message automatique me disant qu’il est en réunion et qu’il me rappelle après…j’attends toujours! Puisque qui ne dit rien consent, nous décidons de passer la nuit ici. Nous sommes en basse saison, l’endroit et désert et je crois que cela lui importe peu qu’on reste là. Nous passons le début de soirée à jongler, les enfants nous préparent leur énième spectacle depuis le début du voyage…je dois dire que la prestation devient qualitative au fur et à mesure des représentations!

Le lendemain matin, nous prenons le matériel d’escalade, enfouissons le pique-nique et les gourdes dans le sac à dos, et n’oublions pas les jumelles et la boussole. Nous partons sur le sentier de randonnée menant au sommet, dans l’idée de rejoindre le haut des voies d’escalade et de les descendre en rappel avant de grimper sur couenne (le départ des voies n’étant pas accessible puisqu’il se trouve dans la propriété du garde forestier qui est fermée). Vingt minutes plus tard, nous sommes au sommet. La vue est superbe! Ce promontoire rocheux surplombe la campagne et les arbres semblent comme accrochés à la paroi. Nous suivons d’abord le sentier, puis voyant que nous redescendons, nous décidons de couper vers la gauche, à travers la dense végétation, là où semblent se dessiner des sentiers, peut-être tracés par des humains…ou par des animaux. Nous essayons d’atteindre les voies mais à chaque fois que nous choisissons un sentier, celui-ci finit par disparaître au profit d’une végétation trop dense pour continuer à progresser. Nous arrivons dans un espace dénué d’arbres et parsemé d’une dizaine de rochers de 2 à 5 mètres de haut qui ravivent notre envie de grimper. Nous posons nos sacs et commençons à escalader ces rochers qui nous offrent un joli espace de bloc! Il y en a pour tous les niveaux, chacun y trouve son compte. Nous pique-niquons dans cet endroit puis essayons de trouver le fameux spot d’escalade. Au bout d’une bonne heure de recherche, nous finissons pas laisser tomber et décidons de repartir. Notre petite séance de bloc nous aura tout de même consolés et la randonnée avec les enfants était très agréable.

Nous rejoignons sans difficulté le sommet et retrouvons le premier foulard bleu qui indique le chemin du retour. Oui, mais voilà…impossible de retrouver la sortie! Nous tournons en rond, essayons différents sentiers…aucun ne débouche sur notre chemin de retour. Tout se ressemble, impossible de repérer d’où nous sommes arrivés ce matin! Après une bonne heure à chercher, nous revenons à la balise bleue. Sylvain essaye un énième sentier…cette fois c’est le bon! Nous redescendons sans encombre au camion et quittons Minas sans jamais avoir trouvé ce fameux site d’escalade mais en ayant tout de même découvert un joli site de bloc non référencé!

San Gregorio de Polanco

Après Notre séjour dans la Vallée de Lunajero, nous décidons de rejoindre la côte. Sept heures de route nous séparent de l’océan, nous choisissons de couper le trajet afin de ne pas rouler trop longtemps et d’arriver en milieu d’après-midi sur notre bivouac pour profiter du lieu.

Après deux heures trente de route que nous avons valorisées en deux heures d’école, nous arrivons à San Gregorio de Polanco, une petite ville tranquille au bord du lac artificiel Ricon Del Bonete, créé en 1945 suite à la construction du barrage Gabriel Terra et de la plus grande centrale électrique d’Amérique du Sud à l’époque. De belles plages de sable fin bordent le lac et en font une destination touristique très prisée des Uruguayens.

Nous sommes en hiver, la plage est donc presque déserte. Seules quelques familles viennent s’y promener en ce jour férié de commémoration de l’Indépendance du pays (25 août 1825). Nous profitons de la plage avec les enfants, on joue au foot, on sort le matériel de jonglage, on profite de la douceur de l’air et de cette fin de journée jusqu’au coucher du soleil qui, soit dit en passant est très beau! Nous apprécions encore une fois ces moments simples dans une nature magnifique! Je ressens à ce moment-là beaucoup de gratitude pour ces instants précieux qui nous sont offerts.

La soleil couché, nous déplaçons le camion de quelques centaines de mètres, sur l’autre rive, près d’un barbecue public, d’une table et d’un point d’eau. Une trentaine de minutes plus tard, nous voyons arriver un berger allemand (ou en tout cas un chien qui y ressemble beaucoup) rencontré sur la plage cet après-midi. Il a réussi à nous retrouver malgré les 500mètres qui nous séparent de la plage! Ici, il y a beaucoup de chiens errants, tous très gentils. Celui-ci semble être l’un d’eux. Il élit domicile devant notre camion et y passera la nuit, aboyant au moindre intrus qui s’approche! Ce chien qu’on ne connaît ni d’Êve ni d’Adam a décidé d’être notre ange gardien pour la nuit, juste par bonté, sans rien attendre en retour. Dans ce pays, même les chiens sont à l’image des habitants : généreux et bienveillants!

Nous passons une très bonne soirée autour de ce barbecue, à chanter, rire et danser.

La nuit ne sera malheureusement pas aussi agréable…ce sont surtout les moustiques qui ont chanté, rit et sucé (notre sang!) en nous narguant de leur petit sifflement strident dans nos oreilles à chaque fois que nous commencions à sombrer dans le sommeil, tels des tortionnaires avec leurs prisonniers! Nous avons joué à la chasse aux moustiques mais ils étaient plus forts et plus nombreux! Au réveil…nous nous sommes tous fait dévorer! Toutes les parties du corps qui dépassaient de la couette y sont passées! Heureusement, nous quittons le bord du lac ce matin vers la côte où il n’y a pas de moustiques à cette époque.

La Région de Tacuarembo…une autre facette de l’Uruguay

Vallé Eden

Après nos péripéties d’embourbement et de manque de carburant, nous gagnons la région de Tacuarembo, au Nord du pays. Nous faisons halte sur un petit terrain de camping (lui aussi ouvert et gratuit pendant l’hiver) et une fois n’est pas coutume, nous sommes seuls. Il y a une petite épicerie en face devant laquelle une pancarte indique « miel ».

Je vais donc discuter avec ce petit monsieur, coiffé d’un béret (que nous reverrons bien des fois dans cette partie du pays), qui observe ses veaux, vaches, brebis, chevaux, dans le champ juxtant sa boutique. Je me heurte à l’accent d’ici, très marqué! Tous les « lle, ye » se transforment en « che », les consonnes qui terminent les mots disparaissent…bref, un nouveau challenge pour la débutante en espagnol que je suis! Pour autant, je ne coupe pas la conversation et essaie de me débrouiller comme je peux. Je crois que cela l’amuse beaucoup! Nous lui achetons du miel et deux ou trois autres produits (encore trop chers, j’en parlerai dans un autre article) et rentrons au camion.

Le lendemain, nous nous dirigeons par la piste au coeur de ce que les locaux appellent la « Valle Eden » (dire « baché-den »). Paolo nous a indiqué une cascade cachée au milieu de la pampa, non loin de la piste qui relie Tembores. Nous prenons le camion afin de limiter la distance à parcourir à pieds car nous aimerions arriver de jour dans la vallé de Lunajero, notre prochaine étape. Mais cela était sans compter sur les rivières à traverser et les ponts encore une fois submergés. A bien y réfléchir, on est certains que le camion pouvait passer: le niveau d’eau n’était pas si haut et le courant faible. Mais étant donné nos mésaventures des jours précédents, on a décidé de se garer et de finir à pieds. Les 3 km se sont donc transformés en 13km au milieu des champs…mais c’était un régal!

La cascade serait introuvable si on ne nous l’avait pas indiquée. De la piste, on ne peut absolument pas deviner qu’un canyon somme toute assez profond se dessine quelques centaines de mètres plus bas. Le seul indice, que nous avons repéré déjà plusieurs fois, c’est l’alignée d’arbres qui semble tracer un chemin sinueux à travers la pampa. En effet, à chaque fois que nous avons vu ces bosquets sinueux, il y avait une rivière au pied. Nous nous arrêtons devant une clôture derrière laquelle un sentier semble mener vers la fameuse cascade. Nous hésitons puis décidons de franchir la clôture et de suivre le chemin. Les enfants ne sont pas rassurés, pénétrer dans des lieux fermés par des clôtures ne fait pas partie de leurs habitudes, ils ont l’impression de faire une bêtise, ou pire, d’aller vers quelque chose de dangereux…

Finalement, au bout d’un petit kilomètre, nous arrivons à la cascade…du mauvais côté! Il nous faut encore franchir la rivière qui est encore haute à cette saison. Alors nous enlevons nos chaussures pour la troisième fois de la balade et traversons. Cette petite randonnée a des allures d’aventure pour les enfants, c’est vraiment drôle!

Une fois devant la cascade, quel spectacle! Une chute d’une dizaine de mètres dans un bassin circulaire qu’on imagine bien servir de piscine naturelle aux locaux pendant l’été.

Il est 13h30, nous n’avons bien évidemment pas pris le pique-nique, pensant faire « un petit tour » mais j’ai quelques Alfajores (gros sablés à la maïzena et au Dulce de Leche, spécialité d’ici). Nous les dégustons avant de repartir et rentrons assez rapidement au camion pour grignoter un peu avant de repartir.

Valle de Lunajero

Après avoir fait le plein d’essence (réservoir + deux bidons) et de courses à Tacuerembo, nous reprenons la route vers la Vallé de Lunajero, 1h30 plus au Nord, à une trentaine de kilomètres de la frontière brésilienne. Nous n’avions pas envisagé aller dans cette région mais nous avons suivi les conseils de Paolo qui nous avait vanté ce lieu. A cause de notre longue randonnée, nous arrivons de nuit. La vallée est parcourue de pistes et il n’est vraiment pas évident d’évoluer là-dessus en pleine nuit. Il est difficile d’appréhender le terrain, les trous, les bosses…et les flaques! Nous décidons donc de dormir non loin de l’entrée de la vallée et de rejoindre notre point de chute le lendemain. Nous roulons jusqu’au bord de l’Arroyo Lunajero où nous nous arrêtons. Mais une fois de plus, notre intuition nous dit de remonter plus haut. On annonce encore de l’orage cette nuit et nous sommes au bord de l’eau…pas idéal! Nous nous installons donc plus haut, au bord de la piste.

Au réveil, après une nuit de pluies diluviennes, nous retournons voir le bord de rivière…elle n’a pas vraiment montée, mais nous ne regrettons tout de même pas notre décision de la veille.

Nous nous rendons donc à « Miradores del Valle », une petite ferme qui accueille des voyageurs. Nous mettons 1h à parcourir les 14km de piste qui nous séparent de cette ferme, très reculée dans la vallée. Le paysage est magnifique, la piste bordée de fermes authentiques, de chevaux par centaines, de brebis, de vaches et autour se dessinent des collines verdoyantes. Nous sentons déjà que nous nous sentirons bien ici.

Nous sommes accueillis par Silvia et David, un couple de quinquagénaires très gentils qui nous expliquent que c’est leur fille qui gère la petite activité touristique. Ils nous installent dans l’espace prévu pour nous, un petit jardin avec un charmant barraquement en bois dans lequel ils ont créé deux chambres, deux cuisines et deux salles de bain. Il y a également une petite terrasse couverte et un barbecue. A peine posé le pied dans cette ferme, nous nous y sentons comme chez nous! David est très locace, il ne rate pas une occasion pour venir discuter avec nous! Il parle doucement, mélange l’espagnol et l’anglais, utilise ses mains et multiplie les mimiques sur son visage…une véritable pièce de théâtre! Avec lui, nous progresserons à toute vitesse en Espagnol!

Nous décidons de rester ici quelques jours pour nous poser un peu, laver le linge et profiter des balades que leur fille propose. Nous passons l’après-midi à enchaîner les machines à laver (notre petite machine ne lave que 2kg à chaque fois et nécessite deux rincages…c’est fastidieux!) et à compléter le site internet.

Le lendemain matin, nous devions faire une balade à cheval mais Nathalie, la fille de David et Silvia souffre d’une indigestion et reporte à l’après-midi. Puisque nous sommes levés et prêts, nous en profitons pour assister au nourrissage des animaux de la ferme. Les enfants apprécient beaucoup ce moment.

David nous raconte comment leur fille Paola a sauvé sa jument lorsqu’elle avait 11 ou 12 ans. La jument venait de mettre bas mais elle ne laissait pas David récupérer le placenta. Elle était en train de faire hémorragie et allait mourir. David fit prévenir sa fille qui était au Collège. Celle-ci a quitté son cours et est rentrée en vitesse à la ferme. Elle s’est couchée sur sa jument et lui a parlé, elle a versé ses larmes sur elle. La jument aurait pleuré elle aussi. Puis, tout à coup, la jument s’est relevée, Paola a réussi à l’accompagner jusqu’à la mangeoire et la jument a commencé à s’alimenter. David a pu retirer le placenta et la jument a survécu. C’est à ce moment-là qu’ils ont découvert le don de Paola : « horse whisperer ». Elle en fait aujourd’hui son métier, a gagné des concours de dressage et cloue le bec de bien des voisins qui n’arrivent pas à tirer quoique ce soit de leur bourrin, en leur faisant faire ce qu’elle veut…

Cette belle histoire m’a beaucoup émue et la théâtralisation dont fait preuve David n’y est pas pour rien! Il nous a raconté beaucoup d’histoires en quelques jours: la bataille entre les colons et les indiens autochtones sur le promontoire rocheux situé plus haut, sur ses terres ; sa jeunesse, les virées en voiture avec ses potes, bourrés, le jour de la fête de l’indépendance ; sa rencontre avec Silvia et leur retour au « campo » ; les voisins jaloux ; son amour pour la musique … de très beaux échanges, très riches qui nous ont permis de sentir l’âme originelle de ce pays qu’est l’Uruguay, ou tout du moins de cette partie nord du pays.

L’après-midi, nous vivons une superbe expérience lors d’une balade à cheval à travers les terres de David, accompagné de Nathalie et de sa fille Mano, 4 ans, cavalière hors-pair! Ici, les chevaux sont montés sans étriers, avec comme première couche un tapis de laine pour les protéger du froid et des frottements, en deuxième couche un tapis antidérapant et enfin une selle en laine de mouton, épaisse, sanglée au cheval. Les rennes se tiennent dans une seule main et l’on dirige le cheval en écartant le bras à droite ou à gauche. Nathalie m’explique que le mors est très différent de celui que nous utilisons en France. Monter dans de telles étendues est un plaisir incroyable. Les chevaux trottent quasiment en permanence et galopent très facilement. Leurs allures sont toutes agréables. Ici on ne pratique pas le « trot enlevé », on suit simplement les mouvements du cheval…un régal! Les chevaux sont très adroits dans les passages de rivière, la boue, les marécages… Nous avons tous adoré ce moment magique!

En fin de journée, les enfants jouent avec Mano, qui cherche à entrer en communication avec Gaspard. De notre côté, nous préparons la viande d’agneau que Nathalie nous a vendue…6,50€ le kilo!!! Je n’aime pas le mouton ni l’agneau en France mais Sylvia, notre hôte suisse du début du voyage m’avait dit que je pouvais manger celui d’ici, qu’il n’avait pas du tout le goût que je connais. En effet, c’était un délice!

Le lendemain, nous partons en randonnée tôt le matin (vers 9h30) pour découvrir les collines et deux cascades cachées sur les terres de David. C’est Nathalie qui nous accompagne. La balade est agréable, Nathalie nous raconte l’histoire du chemin que nous empruntons, qui était utilisé par les indiens autochtones puis par les familles de colons qui se sont installées ici et qui l’empruntaient deux fois par an pour aller vendre leurs cultures ou leur bétail à d’autres villages. Elle nous montre des plantes médicinales, nous parle de la faune et de la flore locale. Nous discutons également politique, économie, société…encore une belle occasion de progresser en Espagnol, d’autant que Nathalie a grandi à bonne école, elle a la même capacité que son père à adapter sa vitesse ses mots et à comprendre nos imperfections.

Nous passons le dernier après-midi à profiter du soleil, lire, cuisiner, nous reposer, faire de la musique…les enfants jouent avec Mano qui vit sa meilleure vie!

Nous quittons « Miradores del Valle » le lendemain matin avec 24 oeufs de ferme achetés à Silvia et le sentiment d’avoir mieux compris l’histoire de l’Uruguay, son peuple et son âme.

Quand la pampa nous met à l’épreuve…ou les erreurs de débutants!

Après notre passage au bord du Rio Uruguay, nous décidons de partir vers le nord du pays, une région agricole, berceau de la culture gaucho. Nous faisons une halte aux thermes de Guaviyù. Cette sorte de piscine municipale à ciel ouvert, bien connue des locaux propose plusieurs bassins chauffés par des sources chaudes naturelles. Il y a une petite dizaine de bassins en tout, chauffés à des températures différentes. Nous y passons la nuit, ils ont un petit camping avec eau et électricité. Le lendemain, nous nous baignons dans une eau à 37°C…c’est super agréable, d’autant plus que nous sommes seuls (c’est lundi, tout les locaux sont au travail 😉 ! ).

En fin de journée, nous reprenons la route et décidons de tirer un peu plus loin que Paysandù, sur la route de Tacuarembo. Nous trouvons un spot sur Google Maps…le seul sur des dizaines de km le long de cette route du rien! Le spot est proche d’une rivière. Nous nous installons d’abord à l’entrée du pont en pierre qui permet de franchir la rivière. Agathe et moi traversons le pont à pieds et découvrons une clairière un peu en hauteur. Nous décidons de bouger le camion pour nous y installer…une vague intuition qui s’avèrera plutôt bonne!

Une heure plus tard, à la nuit tombée, nous avons la visite de Paolo dans son Kangoo. Nous avons d’abord pensé qu’il s’agissait du propriétaire des lieux qui venait nous dire que ce terrain était privé et que nous devions partir. Mais il n’en était rien. C’est un voisin, professeur dans le lycée agricole d’à côté, qui venait nous prévenir qu’il allait beaucoup pleuvoir et que nous ne devions pas rester au bord de l’eau (intuition correcte donc!!!). Il nous apporte en prime un plat préparé par sa femme, tout chaud, à peine sorti du four! Il nous demande de venir le lendemain à sa maison pour signer son livre d’or. Il a créé ce point sur Google Maps et aime voir des voyageurs s’y arrêter…même si nous sommes finalement assez peu nombreux à nous enfoncer au Nord de l’Uruguay. Il nous indique une piste que nous pourrons emprunter demain pour repartir si le pont n’était pas praticable.

Paolo avait raison, la nuit fut mouvementée! Une pluie diluvienne s’est abattue sur la plaine, jusqu’à midi environ. Nous en profitons pour rester au chaud et travailler un peu: Ecriture et lecture pour Gaspard, rédaction pour Agathe, Espagnol pour moi et MAO pour Sylvain… Vers midi, une accalmie nous permet de sortir. Nous allons voir s’il est possible de traverser par le pont. Paolo avait bien raison, la rivière est montée de 2 mètres! Si nous avions dormi là, le camion aurait été emporté par le courant!

Nous repartons donc par la piste indiquée la veille chez Paolo, avec l’intention de nous rendre chez lui pour remercier sa femme et signer leur livre d’or. Nous marchons quelques dizaines de mètres pour vérifier l’état de la piste. Cela a l’air de passer. Nous nous aventurons donc sur cette piste, qui n’est autre en réalité qu’un chemin herbeux emprunté par des tracteurs…transformé pendant la nuit en un marécage plus ou moins profond. Notre Inkaiko s’en sort plutôt bien, jusqu’à un passage vraiment profond. Nous étudions le terrain sous tous ses angles…ça ne passera pas! Nos options? Bien maigres! Demi tour: impossible – Marche arrière: très aventureuse! – Tenter le tout pour le tout : on ne sait jamais, sur un malentendu ça pourrait passer!

Nous décidons alors d’essayer de passer en dessinant un chemin un peu moins immergé que le reste de la piste. Cela fonctionne…sur 5 mètres!!! Comme nous l’imaginions, notre Inkaiko s’enfonce par l’avant. On sort les plaques de désensablement, cela fonctionne sur 1 mètre mais elles sont trop légères, le camion trop lourd, et la boue trop profonde. On ne s’en sortira pas seuls, il faut aller chercher de l’aide!

Agathe et moi partons donc à pieds vers le lycée agricole où travaille Paolo à 500 m de là. Je reconnais sa voiture sur le parking. Nous allons frapper à la porte. Paolo nous ouvre et je lui explique notre problème. Voici un nouveau mot que je viens d’apprendre en Espagnol: « enterrado! » Sa collègue appelle de suite le gaucho de la ferme voisine. Celui-ci va arriver avec un tracteur et nous remorquer. Paolo nous ramène en Pick-up jusqu’au camion, puis le tracteur arrive vingt minutes plus tard. Il nous tire de là sans encombre et nous ramène jusqu’à la route. Sans traîner, le gaucho repart à la ferme et nous salue.

Paolo nous conduit ensuite en pick-up jusqu’à chez lui, cette fois nous laissons le camion sur le bitume! Il s’excuse d’avance pour le désordre dans sa maison qui est en réalité un container qu’il a fait installer ici il y a un an, lorsqu’il a acheté ce terrain. Il a pour projet de construire une maison écologique et de créer un petit camping pour accueillir des voyageurs. Pour le moment il vit dans ces quelques 20m² avec sa femme Denise et son fils Octavio dans la plus grande simplicité. Denise nous accueille avec un grand sourire. Nous passons un petit moment avec eux, échangeons des photos grâce à notre appareil instantané et écrivons chacun des petits mots dans nos livres d’or respectifs. Denise me partage la recette du plat qu’elle nous a concocté hier soir et m’offre un collier réalisé par son amie. C’est un pendentif en résine dans lequel sont emprisonnées des pétales de fleurs de son jardin (j’en ferai mon porte-bonheur, elle y a mis tellement d’intention positive!). Denise semble très attachée à ce lieu et souhaite y faire de grandes choses. Elle offre également aux enfants un livre sur les animaux d’Uruguay. Octavio sort tous ses jouets pour partager un moment avec Gaspard qui, pour une fois, fait le timide. La barrière de la langue fait vraiment obstacle à sa spontanéité. Cette famille nous touche énormément. Ils ont si peu de choses et se montrent tellement généreux. Nous n’avons rien à leur offrir hormis cette photo instantanée de nous 7 et quelques « muchas gracias » qu’on ne cesse de répéter. Une belle leçon d’hospitalité et d’humanité! Nous nous quittons avec de grandes accolades et promettons d’un jour revenir séjourner dans leur camping!

Nous reprenons la route. Environ 150 km nous sépare de Tacuarembo, la prochaine ville. Notre réservoir nous indique 100km restants, il nous faut trouver une station service. Or, nous avons beau chercher sur Maps, aucune station avant Tacuarembo! Nous entrons en réserve en nous demandant comment faire, sans pour autant céder à la panique. Un étrange sentiment de confiance m’anime, comme l’intuition que nous allons trouver une solution. Il n’y a rien ici: pas un village, pas âme qui vive… A un carrefour, nous passons devant une école dans laquelle il semble y avoir du monde. Je descend pour demander où je peux trouver un peu de gasoil. Une enseignante me propose d’entrer. A l’intérieur, une dizaine d’enfants de tout âge, réunis autour d’une unique table près d’un feu de cheminée. Ici les enfants se font rares. C’est l’exode rural. Certaines école (escuela rural) ne comptent que 3 ou 4 élèves. L’enseignante m’indique une maison, 20km en arrière, au km 141, qui vend de l’essence. Nous rebroussons donc chemin. Il doit nous rester de quoi parcourir 30km à tout casser dans le réservoir.

Nous arrivons à la maison indiquée. C’est une grande construction en tôle sur laquelle un écriteau affiche « cerrado » (fermé). Nous nous garons un peu plus haut et un monsieur âgé vient à notre rencontre. Il parle un espagnol très local, flanqué d’un accent incompréhensible! Nous peinons à nous comprendre. En gros, nous comprenons qu’il n’a plus de carburant pour le moment mais qu’il sera livré le lendemain vers midi. Nous demandons donc à passer la nuit ici. Il accepte volontiers….nous sommes sauvés! Nous nous garons un peu plus haut, sur une surface plane et passons le reste de la journée à jouer aux jeux de société.

La nuit suivante est très venteuse, le camion est fréquemment secoué par les bourrasques. Ici, il n’y a rien pour arrêter le vent. Nous sommes au milieu d’une plaine gigantesque et aride, balayée par le vent. Nous apercevons au loin quelques estancias distantes les unes des autres de plusieurs kilomètres. Les prairies ici sont énormes, bien plus étendues que nos champs normands. Il y a bien plus de vaches, de chevaux, de moutons et d’oiseaux que d’humains dans ces contrées reculées.

Le lendemain, nous profitons de l’attente pour travailler à nouveau notre espagnol. Gaspard s’adonne à son travail scolaire, Agathe continue à écrire ses articles…nous vivons doucement en vaquant chacun à nos occupations. Le monsieur, peu bavard, me confirme que le Gasoil va arriver aujourd’hui. L’heure passe. Nous partons en balade le long du chemin au bord duquel nous sommes garés. Il mène à une estancia quelques kilomètres plus loin. Nous prenons la mesure de l’immensité de ces territoires. La plaine s’étend à perte de vue, sans aucun obstacle à l’horizon. Pas une colline, pas une construction, que des champs d’herbe sèche bordées de clôtures où paissent paisiblement les animaux.

Nous rentrons au camion, préparons un maté et attendons patiemment cette livraison de carburant qui semble ne jamais arriver.

Enfin, vers 15h30, une pick-up apparaît sur la route et entre dans le chemin. Nous attendions un camion citerne…ce n’est en réalité qu’un coupe de cinquantenaires qui rentre de la ville, le pick-up chargé de provisions. Il s’avère que ce sont les propriétaires du barraquement en tôle et qu’à l’intérieur se trouve…une épicerie! La femme accroche le panneau « abierto » sur la porte. Je vais à leur rencontre et pénètre dans l’épicerie. C’est une sorte de foire à tout: nourriture, vêtements, cigarettes, pain et tout un tas de bric à broc qui pourrait être utile aux locaux dans l’urgence. Nous expliquons notre problème de carburant. L’homme est déjà au courant, le vieux monsieur l’ayant prévenu par téléphone. Nous en profitons pour acheter deux bières, des cigarettes et un peu de pain. L’homme nous dépanne 20 litres de diesel et nous préviens de toujours faire le plein avant de quitter une ville.

Nous le remercions vivement et reprenons la route vers Tacuarembo.

Pendant ces deux jours, la pampa nous aura mis à l’épreuve. Nous commençons à prendre la mesure des distances sur ce continent et à comprendre ce que veut réellement dire « in the middle of nowhere »! Ici la vie est rude, les éléments ne font pas de cadeau aux habitants en cette saison hivernale. Nous nous disons que vivre ici relève tout de même du défi!

Pendant ces deux jours nous aurons appris, pendant ces deux jours nous aurons voyagé…

Colonia et sa région

Après ces 3 jours de repos et de préparation, nous voilà fin prêts pour commencer notre aventure. Nous quittons le petit cocon rassurant de Sylvia avec tout de même un peu d’appréhension car cette fois, nous nous jetons vraiment dans le grand bain!

Nous nous dirigeons donc vers Colonia del Sacramento, à l’ouest du pays, petite ville coloniale réputée pour sa tranquillité, ses rues pavées et ses maison colorées. C’est en effet une jolie petite bourgade touristique où il fait bon vivre. Les passants se promènent le long de la rambla, sirotant un maté, thermos sous le bras. Ici plus qu’ailleurs, on peut sentir la « coolattitude » des Urugayens.

Colonia mérite d’y passer une petite journée (repas du midi compris) pour profiter de la vieille ville mais aussi de sa longue rambla le long de l’embouchure du Rio Uruguay.

En face, l’Argentine. Des touristes de Buenos Aires traversent l’embouchure en bateau pour venir passer la journée ici. La traversée dure une heure seulement.

Après une balade dans la vieille ville, nous allons poser Inkaiko un peu plus loin, au bord de la plage pour passer la nuit. On se sent vraiment en sécurité ici, les habitants sont adorables et bienveillants. C’est sans crainte que nous dormons à poings fermés dans un parc le long de la rambla.

Nous décidons de repartir le lendemain matin en direction de Paysandù, en longeant le Rio Uruguay. Nous ferons escale au bord du fleuve pour profiter (enfin) d’être en pleine nature. Nous trouvons un lieu magnifique, un camping municipal, gratuit hors saison mais qui offre tout de même eau et électricité. Nous sommes quasiment seuls, il y a un petit van à 100mètres et un papa et son fils avec leur voiture et une tente plus loin, près de l’entrée.

Il y a des dizaines de Barbecues disséminés sous les pins. Ceci est très fréquent en Uruguay où l’Asado (viande grillée) est une institution! Les Uruguayens sont des férus d’activités de plein air et passent leur temps dehors à marcher, pêcher, faire du sport ou simplement se réunir dans les parcs autour d’un barbecue pour la journée.

Nous ferons alors notre premier Asado du voyage…au feu de bois s’il vous plaît! La viande est excellente et très peu chère en Uruguay…ce qui fait le bonheur de Sylvain et d’Agathe qui sont de véritables carnivores! Nous buvons l’apéritif devant un coucher de soleil spectaculaire sur le Rio Uruguay avec l’Argentine comme horizon, en pensant que dans quelques semaines nous serons nous aussi de l’autre côté. Nous passons une excellente soirée au coin du feu, comme on les aime, seuls au monde.

Paraiso Suizo…quelques jours au calme pour nous acclimater et nous organiser

A la sortie du port, nous nous sommes dirigés vers ce petit écrin de verdure en bordure de l’océan tenu par Sylvia, une Suisse qui accueille les voyageurs qui reviennent du port de Montevidéo ou ceux qui repartent. C’est une super adresse!

Sylvia vous accueille comme ses invités, vous pouvez y trouver une bouteille de gaz, remplir le réservoir d’eau, brancher l’électricité. En prime, des sanitaires très propres, un four à pain, un barbecue, un espace pour la vaisselle… et chaque soir un apéro organisé avec tous les voyageurs présents!

Nous sommes aussitôt accueillis par Christophe et Monica, un couple austrio-germanique qui roule en Unimog et qui vit dans son camion à l’année! Des gens adorables!

Nous passerons 3 jours et 4 nuits ici, le temps d’organiser le camion, de faire des courses, de mettre en route la Starlink et le Blog. Les enfants apprécient, nous sommes loin de l’effervescence de Montevideo, ils peuvent jouer librement dans le terrain et faire du vélo en toute sécurité!

La plage est à 50m, une magnifique étendue de sable blanc et fin qui s’étire à perte de vue, surmontée de hautes dunes grignotées par l’océan. Le vent d’Ouest est fort. Ici c’est encore l’hiver et les éléments sont encore déchaînés. La balade le long du littoral est vivifiante. On imagine notre continent, là-bas, de l’autre côté de l’Océan et on prend doucement la mesure de ce qu’on est en train de vivre.

Ces 4 jours chez Sylvia nous ont permis d’atterrir…dans tous les sens du terme et de nous caler sur un nouveau rythme…au ralenti. Je croyais que cela prendrait plus de temps, mais finalement nous apprécions très rapidement de ne rien faire…le fait d’avoir un an devant nous change complètement notre vision des choses! Il n’y a plus rien d’urgent, d’impératif. L’efficacité est le dernier de nos soucis…nous faisons les choses parce qu’on en a envie et on arrête quand on en a marre. Nous sommes au ralenti dans cette roue du temps qui continue à défiler rapidement et qu’importe!

Ce que nous retiendrons de cet arrêt chez Sylvia c’est cela : nous avons appris à ralentir!

Arrivée à Montevideo

Après un long voyage de plus de 24h, 3 escales et quelques heures de sommeil entrecoupé, nous atterrissons à Montevideo. Un taxi nous emmène jusqu’à l’appartement que nous avons réservé pour 3 nuits en attendant le camion. La personne qui nous ouvre l’appartement arrive juste 5 min après nous. Il fait froid dehors (11°C) et la température à l’intérieur de l’appartement est à peu près similaire! Apparemment les Uruguayens ne craignent pas le froid…les fenêtres sont toujours grandes ouvertes dans les maisons, même en hiver! La femme de ménage nous montre rapidement l’appartement, ses équipements (très sommaires!), dans un espagnol rapide et incompréhensible!!!

Nous sommes fatigués, un peu déboussolés par le décalage horaire, mais heureux d’être là, tous les 4, à l’aube de notre aventure. Gaspard s’effondre sur un lit pour quelques heures et pendant ce temps là, Agathe et moi partons faire un tour dans les rues voisines pour faire du change à un taux intéressant, acheter des cartes de téléphone et quelques vivres pour manger. Ici personne ne parle anglais, même dans les bureaux de change, je comprends vite qu’il va falloir progresser en Espagnol rapidement! Mais les gens sont extrêmement gentils, ils s’expriment doucement pour me permettre de comprendre et finalement on s’en sort plutôt bien. Nous finissons cette journée par un petit tour dans les environs: nous longeons l’immense port dans l’espoir d’apercevoir le camion sans succès, puis allons voir la plage. Le vent est glacial, la nuit tombe tôt (18h) et nous rentrons manger. Le sommeil nous gagne très tôt, il est 20h ici mais déjà 1h du matin en France…la journée a été très longue!