Cordoba, la hermosa
Cordoba, la hermosa

Cordoba, la hermosa

Nous avions prévu au départ de passer quelques jours à Buenos Aires pour visiter les superbes quartiers de cette capitale. Mais le voyage c’est aussi l’imprévu, se laisser guider par nos intuitions, par les conseils des locaux et savourer le temps qui passe…Nous l’avons tellement savouré qu’il ne nous reste plus assez de temps pour aller jusqu’à Buenos Aires. Les locaux nous parlent tous de Cordoba, que c’est la plus belle ville du pays, qu’elle est agréable et sécure…

Nous nous laissons donc tenter par toutes ces éloges et décidons que notre city break, le premier depuis Montevideo et certainement le dernier avant très longtemps se passera à Cordoba.

A peine arrivés, nous sommes surpris par la circulation qui est plutôt limitée, les automobilistes sont courtois et font attention, on se croirait plus dans une petite ville que dans une capitale provinciale. Nous trouvons sur notre application I-Overlander des lieux gratuits et sécures pour stationner plusieurs jours, dans un parc en plein milieu de la ville. En effet, ce parc immense regorge de places de parking gratuites, tout au long des petites rues qui le traversent. Nous choisissons une place à peu près plate, sous un arbre et commençons déjà à apprécier cette ville accueillante.

Nous commençons notre visite par le centre historique qui s’est construit autour de la « Manzana Jésuitica ». En effet, au XVIème siècle, le royaume d’Espagne proposa à des diocèses de s’installer en Argentine pour évangéliser la population. Les frères Jésuites ont donc élu domicile ici, construisant de nombreux édifices religieux et des bâtiments annexes. Leur objectif était certes d’évangéliser la population mais également de l’instruire et de la cultiver. En effet, les jésuites étaient très attachés à l’éducation, à la connaissance, aux sciences et à l’art. Ils ont construit ici la première université d’Argentine. La ville a continué à croitre sur ce modèle et détient aujourd’hui la plus grande proportion d’étudiants (12%). L’université est très présente dans la vie de Cordoba, ainsi que sa vie culturelle et nocturne. Nous croisons de nombreux théâtres, salles et associations culturelles, académies de sciences, d’anthropologie, etc. Je ne connais pas la moyenne d’âge exacte de la ville mais nous sommes frappés par la proportion de jeunes.

Nous continuons notre visite en déambulant dans les rues, les différents quartiers: celui des grossistes, les centres commerciaux affichant les grandes marques aux prix européens et les échoppes bien plus abordables (certes avec quelques contrefaçons!). Au détour d’une rue piétonne, nous tombons sur la place principale, sur laquelle les joueurs d’échecs se retrouvent en fin de journée pour tenter d’affronter un cador. Quelques pas plus loin, artistes de rue, artisans et musiciens s’installent le long de la promenade et animent les rues en début de soirée. Nous remontons au camion à pieds le long du grand boulevard pour y déposer nos emplettes et nous rendons dans un bon restaurant non loin du parc.

Très bonne adresse (merci google!), tout le monde se régale! L’occasion de goûter le célèbre « Fernet Coca », boisson nationale. Cela a goût d’un médicament édulcoré au caramel…pas exceptionnel!!! Nous nous laissons même tenter par un dessert…chose qui ne nous arrive plus depuis que nous sommes en Argentine tellement les plats sont gros! Nous quittons ce très bon restaurant repus et nous arrêtons devant une guinguette à quelques mètres du camion. Ce soir il y a un concert et une très bonne ambiance. On y dégustera un Capirinha en écoutant la fin du concert avant d’aller nous coucher épuisés par cette belle journée.

La nuit ne sera pas des plus reposantes: à 5h du matin, quelques voitures se garent non loin du camion. Musique forte (comme on commence à en avoir l’habitude en Argentine), bavardages, rires…nous sommes vendredi soir et c’est l’heure de la sortie des bars. Les gens viennent boire un dernier verre ici avant de se quitter. Nous sommes réveillés pendant une bonne heure jusqu’à ce que tout le monde quitte les lieux. Deux heures plus tard, ce sont les débrousailleuses, balayeuses, tondeuses et tout un tas de trucs en -euses qui s’actionnent pour nettoyer le parc. Notre nuit est terminée…elle aura été de courte durée!

Nous sommes samedi matin, c’est le week-end. Le Parc Sarmiento grouille de coureurs et sportifs en tout genre qui viennent y faire de l’exercice. Cela nous donne bien évidemment envie de courir à nous aussi. Sylvain part faire son tour, puis Agathe et moi parcourons 4km en sillonnant le parc. C’est vraiment un endroit agréable, avec un petit étang sur lequel certains pratiquent le kayak, des promenades pour les piétons, une pistes cyclable et des équipements sportifs tous les 200 mètres. De plus c’est vraiment très ombragé, la température est douce et idéale pour courir et faire du sport. Quelques kilomètres de course à pied et une séance de yoga plus tard, nous voilà fin prêts pour une deuxième journée.

Nous commençons par nous rendre au marché agroécologique de l’Université, qui a lieu chaque samedi matin sur le campus. A peine arrivés, me voilà dans mon élément! Producteurs de légumes et de fruits bio, produits d’entretien bio pour le camion, falafels, tartes chaudes, boulettes indiennes, cosmétiques maison, miel…le paradis des écolos!!! Le tout animé par un concert de musique indescriptible devant lequel s’agitent une dizaine de personnes, dansant main dans la main autour d’une petite plante dans un pot de fleur…hippies-land bonjour!!! Nous passons un bon moment ici, en profitons pour acheter des produits bio pour nettoyer le camion et la vaisselle (introuvables dans les magasins), nous nous chargeons de fruits et de légumes bio vendus à des prix défiants toute concurrence! Nous dégustons quelques mets de toutes sortes dénichés sur des étals en écoutant le concert et en regardant, amusés, ces joyeux lurons adorer leur plante. Un super moment dans le seul marché bio que nous aurons rencontré jusqu’ici en Amérique du Sud.

Cordoba, en plus d’être jolie, culturelle, agréable, est aussi la ville la plus européenne que nous ayons visité depuis le début du voyage. On s’y sent un peu comme chez nous et même si nous sommes venus chercher la découverte d’autres cultures, je dois avouer que ce petit air de France, après presque 4 mois de voyage, a quelque chose de doux et de réconfortant, comme quand on revient passer quelques jours chez sa maman.

L’après-midi, après avoir parcouru la moitié de la ville à la recherche d’un Western Union ouvert (qu’on trouvera finalement au fond du nouveau terminal de la gare routière), nous nous rendons dans le quartier de Guëmes. C’est l’ancien quartier colonial de la ville, qui longe la rivière et qui fut délaissé par la population, aspirant à des lieux plus modernes. Aujourd’hui parfaitement réhabilité, c’est le quartier hipster de la ville, le plus touristique mais aussi celui qui accueille toute la vie nocturne. Nous retrouvons ici les maisons coloniales typiques que nous avions découvert à Montevideo: de petites constructions colorées, basses à toit plat avec portes et fenêtres arrondies. Elles ont presque toutes été réhabilitées et forment un ensemble charmant et chaleureux. De nombreux passages étroits menant vers des cours intérieures recèlent des trésors cachés: bars à bières, salons de thé, petites boutiques de créateurs. Il y a de nombreux bars, tous plus originaux les uns que les autres, prêts à accueillir touristes mais aussi tous les jeunes de cette ville qui, le soir venus, quittent leur costume d’étudiants pour profiter de Cordoba by night! Il faut attendre un bon 17h30 pour que les rues de ce quartier s’animent. Le paseo de Los Artes, marché artisanal, s’installe chaque soir et des centaines d’artisans de toutes spécialités viennent exposer leur travail. C’est vraiment magnifique! Il y a tout type d’artisanat: pierres, bijoux, bois, couture, cosmétiques, nourriture, antiquités, coutellerie, céramique, etc. Le travail est toujours d’une grande qualité et les prix très raisonnables comparés à ce que l’on peut trouver en France. Nous passons deux bonnes heures à déambuler dans les ruelles, puis, les bras chargés, décidons de remonter au camion en taxi pour déposer tout cela avant de revenir dîner dans ce quartier qu’on apprécie tant. Nous sommes frappés par l’effervescence qui règne dans les rues. Nous sommes samedi soir, comme partout ailleurs en Argentine la ville se transforme. Tout le monde sort, prêt à retrouver ses amis pour un repas, un verre, un pique-nique au bord de l’eau ou une nuit de folie dans les bars et les boîtes de la ville. Tous les trottoirs grouillent de jeunes gens, mêlés aux familles, aux couples, aux bandes de copains qui se rendent à leur lieu de fête. En voyage, j’apprécie beaucoup les samedi soir en ville, même petite. C’est une véritable plongée dans la vie sociale des locaux et en Argentine notamment, la différence avec les autres jours de la semaine est vraiment frappante.

L’heure du repas un samedi soir à Cordoba est proche de 22h. Cela nous laisse encore un peu de temps pour profiter de la petite fête foraine, promesse faite aux enfants la veille. Après une heure de manèges, nous reprenons le taxi pour nous rendre dans un des restaurant emblématiques de Cordoba, dans le quartier Guëmes, la puña traditionnel « Los infernales ». A peine entrés, nous retrouvons l’ambiance de la puña que nous avions fait à Salta. Tables en bois éparpillées, décoration locale un peu chargée, musiciens et couvert simple. Nous sommes très bien accueillis et nous nous faisons plaisir avec une planche apéro, une belle pièce de boeuf, une bonne bouteille de vin, et même un mi-cuit au chocolat en dessert! J’aime beaucoup l’ambiance des puñas, cette douce simplicité alliée à la passion de la musique qui réunit des argentins de tout âge appréciant de chanter tous ensemble toute la soirée. La bonne bouffe, les amis, la musique…la vie quoi!!! Nous traînons jusqu’à un bon 1h du matin avant de reprendre notre taxi pour rentrer au camion.

Nous redoutions cette deuxième nuit de fête étant samedi soir, mais étonnamment, celle-ci sera plus silencieuse que la précédente.

Le dimanche matin, nous nous réveillons au chant des aspirateurs, balayeurs, nettoyeurs qui remettent le parc en ordre après une nuit de fête. De nombreux sportifs sont déjà en train de courir, marcher ou s’exercer dans le parc. Comme la veille, nous en profitons nous aussi pour courir et faire un peu de yoga avant de déguster un gros brunch et de dire « au revoir » à Cordoba, la Hermosa!

Nous avons tous sans exception beaucoup apprécié cette ville et ne regrettons pas du tout d’y avoir passé le week-end. Elle est à la hauteur de sa réputation, tant par sa beauté que par l’ambiance qui y règne. J’ai même proposé à Agathe de venir y faire un an d’étude pour profiter de tout ce qu’elle a à offrir, chose qu’elle envisage en effet!

Nous quittons la ville pour une longue route, la plus grande distance que nous n’aurons jamais parcouru: près de 3500km à parcourir en 11 jours pour gagner l’autre extrémité du pays: Ushuaia!