De Purmamarca à Tolar Grande…une aventure dans la Puna
De Purmamarca à Tolar Grande…une aventure dans la Puna

De Purmamarca à Tolar Grande…une aventure dans la Puna

Jour1: Purmamarca – Salinas Grandes – San Antonio de Los Cobres

Nous quittons la région de Jujuy et décidons de nous rendre aux Salinas Grandes, un petit salar parmi tant d’autres, le « mini Uyuni » comme on aime l’appeler ici pour faire venir les touristes. Nous traversons la Cuesta de Lipan, sommet montagneux qui culmine à 4170 m par une très belle route en lacets. Nous redescendons ensuite vers les salinas que nous apercevons au loin. Une grande étendue blanche tranchée dans la largeur par une route rectiligne qui mène vers le Chili et le fameux paso de Jama, poste frontière perché à plus de 3000m d’altitude. Nous nous arrêtons dans un petit bar sur le bord de la route qu’on appelle ici Parador afin de boire un thé de Coca. De l’intérieur, nous avons une vue magnifique sur les salinas. Nous étudions la carte, deux choix s’offrent à nous: faire demi-tour et rentrer à Salta ou emprunter la ruta 79 qui longe les Salinas puis rejoint la Ruta 40 jusqu’à San Antonio de Los Cobres, aux portes de la Puna et de Tolar Grande, mystérieux village dont le nom raisonne dans ma tête depuis longtemps sans que je sache expliquer pourquoi. Nous demandons par curiosité à la propriétaire des lieux l’état de la route jusqu’à San Antonio de Los Cobres. A notre grande surprise, elle nous dit que c’est tout à fait praticable avec notre camion, même s’il y a des portions un peu désagréables, en allant doucement, aucun souci. Nous nous regardons et nous disons: c’est parti!

Nous voilà donc lancés sur cette piste qui sera la première d’une longue série à travers la Puna, ces hautes plaines perchées à plus de 3000m d’altitude qu’on appelle communément l’Altiplano. La Puna est la partie Argentine de l’altiplano. Celui-ci s’étend également sur le Nord-Est du Chili, l’Ouest de la Bolivie et le sud du Pérou. Nous n’avions absolument pas connaissance de cette région argentine qui est peu connue en Europe. Nous avions bien entendu parler de Jujuy, de Salta, de Cafayate, mais de la Puna, jamais. Pour autant, depuis que nous sommes arrivés en Argentine, un ensemble de petits signes n’ont eu de cesse de me mener vers Tolar Grande, village poussiéreux, loin, haut, difficile d’accès qui semble pourtant recéler des trésors naturels incroyables. Quelques jours avant, je me renseignais pour parcourir cette partie de l’Argentine en 4×4 depuis Salta, persuadée que nous ne pouvions pas le faire avec notre camion. Un guide francophone m’a gentiment répondu par Whatsapp, me disant qu’on pouvait tout à fait le faire. Il m’a indiqué l’itinéraire, les points d’altitude, le numéro des pistes à suivre, etc.

Cet après-midi là, alors que la jeune femme qui nous a servi le thé de Coca nous dit que la route est praticable, la voie s’éclaire: nous partons maintenant à Tolar Grande! Cela nous prendra plusieurs jours mais nous venons, sans le savoir, de faire le plein d’eau, de courses, de carburant…rien ne nous retient!

Nous nous engageons donc sur cette fameuse route 79 puis 40 jusqu’à San Antonio de Los Cobres. Nous mettrons plus de 3h30 pour parcourir les 100 km de piste à travers des paysages époustouflants, tantôt montagneux, tantôt sableux, toujours poussiéreux! Nous sommes éblouis par ces paysages si singuliers, caractéristiques de l’Altiplano: des étendues de terre grise, jaune pâle, si fine qu’elle se répand au gré du vent qui souffle très fort en cette fin de journée, formant par endroit de petites dunes et recouvrant les quelques touffes d’herbes qui parviennent à subsister dans ces conditions extrêmes. Le soleil tape fort la journée, faisant monter le thermomètre à plus de 20°C mais la nuit tombée, celui-ci redescend vite à des températures proches de 0°C, voire négatives. Le vent souffle en continu, c’est puissant, abrutissant. La poussière vole dans tous les sens, des tornades de chaleur se forment par endroits et sont bien visibles grâce à la poussière qu’elles transportent. Les enfants sont fascinés par ce phénomène. Nous traversons des hameaux abandonnés, ensemble de quelques maisons de pierre et de terre, dépourvues de toit et partiellement recouvertes de sable. Nous comprenons aisément pourquoi personne ne souhaite vivre ici, dans ce paysage aussi fascinant qu’effrayant où le quotidien ne peut être que difficile et exigent. La piste est assez agréable jusqu’à la jonction avec la 40 et la Province de Salta. A partir de là, le revêtement est en moins bonne état. L’effet « tôle ondulé » est plus prononcé. Plus nous avançons, plus nous avons l’impression de nous enfoncer dans un désert rocailleux. A quelques kilomètres de San Antonio, nous croisons un guêt qu’il faut traverser. Nous doutons fortement de la capacité d’Inkaiko à traverser cette rivière. Cela semble profond à gauche, meuble à droite… Nous commençons à mettre tous les cailloux que nous trouvons au fond de la rivière. Les plus grosses pierres possible afin de créer un passage solide pour éviter que nous nous enfoncions. Tout à coup, un 4×4 pickup arrive. Je lui demande de nous tirer. Il nous dit d’essayer de passer et qu’il nous tirera si on s’embourbe. Sylvain s’exécute sans se faire prier, passer cette rivière en sachant qu’on a de l’aide au cas où…ça change la donne! Sylvain reprend les traces du 4×4, bien à droite du passage que nous pensions emprunter, et Inkaiko passe sans aucune difficulté! Nous continuons notre route jusqu’à notre spot pour la nuit, sur les hauteurs de San Antonio de Los Cobres.

La nuit ne tarde pas à tomber. Le vent souffle très fort, au point que le camion se fait fortement secouer. Nous nous attendons à passer une mauvaise nuit. Mais soudainement vers 22h, le vent tombe d’un seul coup. C’est un phénomène complexe lié aux différences de températures entre le jour et la nuit qui n’a absolument rien à voir avec le vent que nous connaissons en France. Nous passons finalement une très bonne nuit, à 3600 m d’altitude

Jour 2 : Le lendemain, nous faisons le plein d’essence à San Antonio avant de nous engager sur la piste 51 qui mène à notre première étape: le Salar de Pocitos. Dernière vérification auprès du pompiste qui nous confirme qu’en allant doucement, notre véhicule peut y aller sans problème.

Nous partons donc pour une grosse journée de piste. Celle-ci commence par une partie bien dégueulasse, effet tôle ondulée dès qu’on dépasse les 20km/h! Nous passons devant la piste secondaire qui mène vers le viaduc de la Polvorilla, pont courbé de 224m de long et de 63m de haut, perché à 4220m d’altitude. Ce viaduc est une prouesse technique des ingénieurs qui réussirent à faire circuler un train entre Salta et le col Paso Socompa à la frontière chilienne. Surnommé « le train des nuages » et inauguré en 1924, celui-ci a longtemps fait le lien entre les villages Andins, les mines et Salta. Nous nous disons que nous irons voir ce viaduc en rentrant car cela ajoute tout de même 36 km aller-retour à notre trajet (soit plus d’une heure!).

La route continue ensuite à monter en lacets et mène jusqu’à un sommet à 4650m d’altitude avant de redescendre vers le Salar de Pocitos. De nombreux camions empruntent cette piste à flanc de montagne. Le métier de routier ici n’est pas des plus facile, cela demande une attention vraiment soutenue en permanence. Nous quittons la route 51 qui mène au Chili et entrons dans la Puna par la 29. A partir de Pocitos, la piste est super bonne, agréable et roulable, on roule à plus de 60 km/h! Une longue ligne droite interminable traverse le salar de Pocitos. Nous nous arrêtons brièvement pour observer cette croûte de sels minéraux qui reste accrochée à la terre lors de l’évaporation de l’eau. Le salar ressemble à une champ labouré avec des blocs de terre rouge recouverts d’une fine pellicule blanche.

Nous continuons notre route vers Tolar Grande. Les paysages qui s’offrent à nous sont de plus en plus spectaculaires. Les montagnes alentours sont multicolores, dégradés de couleurs indescriptibles contrastant avec le bleu du ciel toujours aussi franc et profond. Plus nous avançons, plus ces grandes étendues d’herbes dorées laissent place à une terre rouge et sèche. Des monticules rouges s’érigent de toute part, nous donnant l’impression d’entrer sur la planète mars! La piste sillonne dans une sorte de canyon, notre camion laisse derrière lui un nuage de poussière rouge…qui s’infiltrera partout à l’intérieur! Une pancarte en bois indique « Desierto del Diablo ». Celui-ci porte bien son nom: un désert rouge, sec, rude, avec des formations rocheuses inquiétantes qui forment un canyon sinueux dans lequel nous nous engouffrons. Nous passons le Salar del Diablo, étendue blanche au milieu de tout ce rouge puis sortons de ce magnifique enfer très impressionnant. La piste continue à travers des paysages toujours plus grandioses, aux couleurs inattendues et inexplicables, jusqu’aux fameuses « Ojos de Mar ». Ce sont des petites étendues d’eau plus ou moins profondes qui recèlent un grand trésor: des bactéries qui sont présentes depuis plus de 3500 millions d’années et qui ont été à l’origine de la vie sur Terre…intéressant, non? Ces petits étangs ressemblent à des yeux vus du ciel, d’où leur nom (ojos=yeux). Le soleil tombant de la fin d’après-midi donne une couleur or aux montagnes environnantes et fait briller les sels minéraux qui recouvrent les berges des Ojos…encore un spectacle incroyable, aux frontières de l’irréel qu’il est vraiment difficile à décrire!

Après cette longue journée de route et toutes les images emmagasinées dans mon téléphone et dans notre tête, nous nous rendons compte que les pistes ont eu raison de notre galerie de toit qui a perdu une patte de fixation dans la bataille. Elle avait déjà commencé à plier au centre depuis plusieurs semaines, mais là; elle ne tient plus que sur un point à l’arrière et manque de se briser. Sylvain fabrique une réparation de fortune avec nos cales afin de ne pas empirer le problème jusqu’à notre arrivée à Salta pour réparer.

Nous entrons en fin de journée dans le village de Tolar Grande qui semble de prime abord être un village totalement abandonné. Finalement, après l’ancien village tombé en désuétude, nous pénétrons dans le nouveau village, qui lui, contrairement à ce que nous imaginions, est plutôt vivant. Il possède une école, quelques petits commerces, auberges et restaurants. Nous passerons la nuit ici, face à l’école, sur un petit parking plat à l’abri du vent.

Jour 3 : Le lendemain matin, nous nous réveillons avec un défilé de locaux qui entrent et qui sortent de l’école à côté de laquelle nous sommes garés. Celle-ci a été transformées en bureau de vote. En effet, ce matin, les Argentins doivent élire leurs représentants à l’Assemblée et au Sénat pour donner ou non la majorité à Milei (majorité qu’il n’a pas aujourd’hui, ce qui fait barrière au passage de nombreuses lois). Un habitant vient nous parler, curieux de savoir d’où on vient et surtout comment ce véhicule français est arrivé jusqu’ici, à 3500m d’altitude, au fond de la Puna argentine! Il a marché 7 km pour venir voter ce matin, dans la fraîcheur du lever du jour. Lorsque je lui demande si la vie n’est pas rude ici, il peine à comprendre ma question. Pour lui, la vie ici est parfaite, il va de temps en temps à Salta pour faire le plein de courses, de feuilles de coca mais c’est tout. Il aime sa montagne, son village, son mode de vie. Il respire d’ailleurs le bonheur avec ses yeux rieurs et son sourire franc. Il a bien du mal à comprendre pourquoi nous nous infligeons cette année entière de voyage à travers l’Amérique du Sud! Ici, les gens ne prennent pas de vacances, pas de jours de congé. On travaille tous les jours, pour gagner peu. Le mode de vie des européens est à des années lumières des réalités des andins.

Nous quittons Tolar Grande avec une lumière matinale éclatante, qui donne à l’altiplano des couleurs magnifiques encore différentes de celles de la veille. Je crois qu’il n’est pas possible de se lasser d’un tel spectacle. Nous roulons la fenêtre ouverte, comme pour nous imprégner encore une fois de ce paysages que l’on sait unique. J’ai conscience à ce moment là, que je suis en train de contempler un des plus beaux paysages que je verrai de ma vie…je savoure cet instant en pleine conscience, les yeux écarquillés, émerveillée!

Nous faisons la route en sens inverse avec le même émerveillement que la veille. Dans l’autre sens, nous voyons de nouvelles choses, les paysages nous semblent différents et tout aussi époustouflants!

Sur la route, les enfants en profitent pour avance dans leur programme scolaire. Nous nous arrêtons également à Pocitos pour récupérer un peu de bois dans les tas de déchets qui servira à réparer la galerie.

Nous rentrons le jour même à Salta, sans trop nous arrêter si ce n’est que pour regonfler nos pneus à San Antonio de Los Cobres. La route entre San Antonio et Salta se fait bien, elle est asphaltée et semble jolie. Malheureusement, lorsque nous quittons les hautes altitudes, nous entrons dans les nuages et la grisaille. Salta est sous la pluie et nous ne verrons pas les beaux panoramas que nous offre la route.

Nous arrivons en fin de journée à Villa San Lorenzo, banlieue riche de Salta, où nous attend Franck dans son petit camping pour voyageurs…