Nous arrivons à Garopaba en fin de journée. Nous faisons un petit tour à pied dans ce village de pêcheurs qui s’est peu à peu transformé en station balnéaire très européanisée, où le surf règne en maître: magasins de vêtements de marques, boutiques de surfs, bars et restaurants… On imagine bien, en plein été, les trottoirs grouillant de touristes et les terrasses animées, où s’installent familles et surfeurs pour siroter un cocktail ou se rafraîchir avec un sorbet à l’Acaï. Nous aimons tout de suite le centre historique. Il est composé d’une rue pavée parallèle à la plage, bordée de maisons colorées et de boutiques d’art, au bout de laquelle se trouve une jolie place pavée également. Ici, les pêcheurs débarquent leur prise du jour et découpe des filets de poisson qu’ils vendent directement sur place. Lorsque nous arrivons, un pêcheur est justement en train de mettre des filets en sachets. Je lui en achète 1kg pour quelques reals seulement.
Juste à côté se trouve la plus ancienne maison de Garopaba, une bâtisse coloniale recouverte d’un enduit bleu ciel réalisé avec de la graisse de baleine. En effet, jusque dans les années 90 (moratoire international en 1986), la chasse à la baleine était non seulement autorisée, mais représentait l’activité principale du secteur. Elles étaient chassées pour leur graisse qu’on transformait en huile de grande valeur et qu’on utilisait, entre autre, comme lubrifiant pour les machines et le cuir, comme combustible pour l’éclairage et la cuisine, comme savon et cosmétique ainsi que dans la construction pour les peintures et vernis. Garopaba a su transformer son activité économique et utilise aujourd’hui les baleines comme un attrait touristique pendant la saison creuse. Elles sont aujourd’hui très protégées par les locaux qui n’hésitent pas à appeler la police militaire s’ils aperçoivent un engin à moteur s’en approcher.
La pluie commence à tomber de nouveau, nous nous installons le long de la page pour la nuit et dégustons le poisson frais enrobé de panure…un régal!!!






Le lendemain matin, la pluie est de nouveau intense. Impossible de sortir sans être détrempés en cinq minutes! Les enfants travaillent dans le camion toute la matinée puis nous allons manger dans une petite cantine qui propose un plat unique (du poisson fraîchement pêché) avec accompagnement à volonté pour seulement 25 reals par personne. L’après-midi, nous nous rendons dans une petite distillerie artisanale de cachaça. Le propriétaire nous fait visiter sa fabrique familiale et nous explique qu’il produit de la farine de manioc l’hiver et de la cachaça le reste de l’année. La méthode est traditionnelle, transmise de père en fils depuis plusieurs générations. Nous restons un bon moment à discuter avec lui et à déguster ses recettes spéciales : cachaça à l’acaï, au maracuja, au café, etc. Sur le chemin, nous découvrons une immense dune de sable fin qu’il faut escalader par un grand escalier, ou, pour les plus courageux, directement dans la pente. Une fois en haut, une vue magnifique sur la baie de Siriu nous est offerte. Le sable fin de la dune se décline en un superbe camaïeu de blond qui contraste avec le bleu-gris de l’océan et du ciel très chargé de nuages. Les enfants ont l’impression d’être en plein désert du Sahara. Profitant d’une éclaircie, nous jouons à faire la course dans les pentes raides de la dune pendant un moment avant de nous installer sur le parking au pied de celle-ci pour la nuit.
Le lendemain, un soleil radieux réchauffe le camion. Les enfants travaillent toute la matinée et profitent de l’immense balançoire en guise de récréation. Ils commencent à vraiment apprécier cette école nomade qui offre chaque jour une nouvelle cour de récré! L’après-midi, nous partons explorer les alentours. Au détour d’une balade, nous découvrons un sentier qui nous mène vers une pointe surélevée entre la dune de Siriu et la plage de Garopaba qui sert de Mirador pour observer les baleines franches australes qui viennent chaque année entre juin et octobre dans cette baie aux eaux chaudes et peu profondes pour donner naissance à leurs petits et les éduquer avant de se lancer dans l’océan. Voilà près d’une semaine que nous essayons d’en apercevoir sans succès et là, sans l’avoir cherché, nous observons plusieurs baleines. Nous sommes comme des enfants, émerveillés devant ce spectacle hypnotisant. Nous restons assis à les observer pendant un bon moment, le temps passe sans que l’on s’en rende compte. L’après-midi est déjà bien avancé, nous partons faire quelques courses en passant par la plage pour le plus grand bonheur des enfants qui jouent (d’un peu trop près) avec les vagues. Une journée de farniente, de plage et de soleil…cela faisait longtemps qu’on en rêvait!!!






Ce matin du troisième jour à Garopaba, nous partons en randonnée en longeant la côte. Le soleil est radieux, le paysage est magnifique, et varié. Nous passons tantôt à travers la forêt, tantôt sur les rochers au bord de l’eau ou même encore en haut de falaises qui surplombent l’océan. Nous avalons ces 13 km en quelques heures, profitant des piscines naturelles, des blocs d’escalades frappées par la houle et des plages rencontrées sur notre passage. Les enfants marchent très bien, ils ne se plaignent même pas (sauf quand la côte est trop raide!). Faire marcher des enfants dans la nature est assez facile, il y a des distractions partout, des trésors à ramasser et une liberté de mouvement qui leur convient bien.









En fin de journée, nous partons en balade en canoë avec Ninon, une jeune française qui s’est installée ici il y a un an et demi avec Luiz, un surfeur natif de Garopaba. Ensemble ils ont créé cette petite affaire de balade en canoë qui nous a été conseillée par les Globelulus lors de notre rencontre à Punta Ballena. Luiz est le seul à pouvoir s’approcher des baleines avec son canoë havaiana car il n’a pas de moteur. Ninon nous promet une sortie incroyable ce soir, au coucher du soleil, car on recensé aujourd’hui 21 baleines et leurs petits soit 42! Incroyable et inoubliable…elle ne croyait pas si bien dire!!!
Nous ramons en direction de la plage de Siriu et apercevons très vite des baleineaux en train de s’exercer à sauter. Il y en a plusieurs, de tous les côtés, c’est magnifique! Luiz frappe de temps à autre sur son canoë pour signaler notre présence aux baleines. Elles nagent paisiblement, leur dos scintillant au dessus de l’eau, et se retournent de temps à autre en nous saluant de leurs fines nageoires. Parfois, elles se déplacent en ondulant, nous permettant d’apercevoir leur immense queue. Elles évoluent gracieusement dans l’océan comme si elles dansaient, sans ce préoccuper de nous. Elles nous font même le cadeau de nous laisser entendre leur chant à plusieurs reprises. Nous observons ce ballet fantastique pendant plus d’une heure, mesurant la chance que l’on a de pouvoir profiter d’un tel spectacle. Même Ninon et Luiz, qui pourtant sont habitués, sont subjugués. Nous revenons petit à petit vers la plage de Garopaba. Les baleines sont très nombreuses et proches de la plage. Luiz dirige l’embarcation de sorte à ne pas nous approcher trop près d’elles. Le rivage n’étant plus très loin, nous commençons à ressentir quelques vagues se former juste devant le canoë pour se casser quelques mètres plus loin en de gros rouleaux appréciés par les surfeurs. Ceux-ci se régalent, ils domptent les vagues au coucher du soleil en observant les baleines de près…quel spot magnifique!
Tout à coup, une vague sortie de nulle part nous sort de notre rêverie. Elle est trop haute, elle va se casser trop tôt et malgré les efforts de Luiz pour placer le canoë de face, celui-ci reste trop de côté. Luiz a à peine le temps de crier « Seguro! » que la vague se casse sur nous. Notre embarcation chavire et nous nous faisons malmener par le puissant rouleau. Heureusement, nous sommes tous équipés de gilets de sauvetage. Gaspard hurle de peur, il s’agrippe à Ninon, manquant de la faire couler. Luiz se dirige rapidement vers lui pour le calmer et le sécuriser. Nous mettons quelques secondes, peut-être une minute à réaliser ce qu’il vient de se passer. Les surfeurs accourent sur leurs planches pour nous venir en aide. La mer, elle ne s’arrête pas de nous bousculer, nous envoyant toutes les 20 secondes des rouleaux puissants qui ont pour effet de nous remettre sous l’eau mais aussi de relancer les hurlements de Gaspard. Agathe, elle reste très calme et avance tranquillement avec Sylvain jusqu’à la plage. Pour ma part, je suis déboussolée par les vagues incessantes et focalisée sur la mise en sécurité de Gaspard. Finalement, Luiz m’attrape aussi et me ramène sur le rivage avec Gaspard. Tout est tombé à l’eau: Nous retrouvons sans difficulté nos chaussures qui flottent à la surface. En revanche, pas de sac à dos. Dedans se trouvent nos clé de camion. Ninon et Luiz ont également perdu un téléphone et des lunettes de vue. Luiz retourne le canoë, aidé par les surfeurs, pendant que nous reprenons nos esprits. Miracle! Notre sac à dos réapparaît, Agathe l’avait coincé sous mon banc, il était donc resté coincé sous la coque.
Luiz semble très en colère, c’est la première fois que cela arrive, il est pourtant bon navigateur et connaît bien la mer mais cette vague-là, il ne l’a pas vue venir! Il reprend son bateau seul pour le ramener à notre point de départ. Nous l’observons s’éloigner du rivage, naviguant avec vigueur, attaquant les vagues de front sans difficulté. Le canoë ne bouge pas, il semble très stable, insubmersible. Ninon et nous parcourons les 2km restant en marchant le long de la plage, cela nous permet de nous remettre de nos émotions. Les enfants grelottent, Gaspard est choqué. Agathe, elle, jubile! Elle dit à Ninon qu’elle a adoré les sensations! Ce mélange d’émotions est difficile à décrire. Même en y repensant aujourd’hui, il est difficile d’identifier exactement les émotions ressenties et nos pensées à l’instant T. C’est un peu comme si notre cerveau s’était mis sur pause, l’instinct de survie ayant pris le dessus, nous empêchant d’analyser profondément la situation. Il ne nous reste en mémoire qu’une série d’images et de sensations séquencées, tel un short vidéo pour réseaux sociaux.
Nous rentrons à la nuit tombée, transis de froid. Heureusement nous pouvons tous les quatre profiter d’une douche bien chaude dans le camion. Nous passons la soirée à discuter de ce qu’il vient de se passer, pour essayer de l’encrer dans le réel. Les enfants éprouvent le besoin de dessiner ce qu’il s’est passé. On finit par en rire, même Gaspard, même si on a conscience d’avoir eu de la chance. Une chose est sûre, cette excursion restera gravée dans nos mémoires à jamais!



Le lendemain, nous retrouvons Ninon et Luiz chez le réparateur de téléphone. Le mien ne se rallume plus, celui de Sylvain semble aussi montrer quelques signes de faiblesse. Ninon nous sert de traductrice. Nous laissons nos portables pour la journée afin qu’ils prennent un bain chimique afin d’éviter la corrosion. En attendant, nous passons la journée sur la plage. Après le travail scolaire, les enfants font du body-board, Gaspard parvient petit à petit à se remettre à l’eau et à prendre du plaisir. Je m’installe sur le sable avec ma guitare et profite de cette dernière journée dans cette petite ville de Garopaba qu’on aime tant.
En fin de journée, nous récupérons nos téléphones et quittons Garopaba en direction de Florianopolis.
