La Région de Tacuarembo…une autre facette de l’Uruguay
La Région de Tacuarembo…une autre facette de l’Uruguay

La Région de Tacuarembo…une autre facette de l’Uruguay

Vallé Eden

Après nos péripéties d’embourbement et de manque de carburant, nous gagnons la région de Tacuarembo, au Nord du pays. Nous faisons halte sur un petit terrain de camping (lui aussi ouvert et gratuit pendant l’hiver) et une fois n’est pas coutume, nous sommes seuls. Il y a une petite épicerie en face devant laquelle une pancarte indique « miel ».

Je vais donc discuter avec ce petit monsieur, coiffé d’un béret (que nous reverrons bien des fois dans cette partie du pays), qui observe ses veaux, vaches, brebis, chevaux, dans le champ juxtant sa boutique. Je me heurte à l’accent d’ici, très marqué! Tous les « lle, ye » se transforment en « che », les consonnes qui terminent les mots disparaissent…bref, un nouveau challenge pour la débutante en espagnol que je suis! Pour autant, je ne coupe pas la conversation et essaie de me débrouiller comme je peux. Je crois que cela l’amuse beaucoup! Nous lui achetons du miel et deux ou trois autres produits (encore trop chers, j’en parlerai dans un autre article) et rentrons au camion.

Le lendemain, nous nous dirigeons par la piste au coeur de ce que les locaux appellent la « Valle Eden » (dire « baché-den »). Paolo nous a indiqué une cascade cachée au milieu de la pampa, non loin de la piste qui relie Tembores. Nous prenons le camion afin de limiter la distance à parcourir à pieds car nous aimerions arriver de jour dans la vallé de Lunajero, notre prochaine étape. Mais cela était sans compter sur les rivières à traverser et les ponts encore une fois submergés. A bien y réfléchir, on est certains que le camion pouvait passer: le niveau d’eau n’était pas si haut et le courant faible. Mais étant donné nos mésaventures des jours précédents, on a décidé de se garer et de finir à pieds. Les 3 km se sont donc transformés en 13km au milieu des champs…mais c’était un régal!

La cascade serait introuvable si on ne nous l’avait pas indiquée. De la piste, on ne peut absolument pas deviner qu’un canyon somme toute assez profond se dessine quelques centaines de mètres plus bas. Le seul indice, que nous avons repéré déjà plusieurs fois, c’est l’alignée d’arbres qui semble tracer un chemin sinueux à travers la pampa. En effet, à chaque fois que nous avons vu ces bosquets sinueux, il y avait une rivière au pied. Nous nous arrêtons devant une clôture derrière laquelle un sentier semble mener vers la fameuse cascade. Nous hésitons puis décidons de franchir la clôture et de suivre le chemin. Les enfants ne sont pas rassurés, pénétrer dans des lieux fermés par des clôtures ne fait pas partie de leurs habitudes, ils ont l’impression de faire une bêtise, ou pire, d’aller vers quelque chose de dangereux…

Finalement, au bout d’un petit kilomètre, nous arrivons à la cascade…du mauvais côté! Il nous faut encore franchir la rivière qui est encore haute à cette saison. Alors nous enlevons nos chaussures pour la troisième fois de la balade et traversons. Cette petite randonnée a des allures d’aventure pour les enfants, c’est vraiment drôle!

Une fois devant la cascade, quel spectacle! Une chute d’une dizaine de mètres dans un bassin circulaire qu’on imagine bien servir de piscine naturelle aux locaux pendant l’été.

Il est 13h30, nous n’avons bien évidemment pas pris le pique-nique, pensant faire « un petit tour » mais j’ai quelques Alfajores (gros sablés à la maïzena et au Dulce de Leche, spécialité d’ici). Nous les dégustons avant de repartir et rentrons assez rapidement au camion pour grignoter un peu avant de repartir.

Valle de Lunajero

Après avoir fait le plein d’essence (réservoir + deux bidons) et de courses à Tacuerembo, nous reprenons la route vers la Vallé de Lunajero, 1h30 plus au Nord, à une trentaine de kilomètres de la frontière brésilienne. Nous n’avions pas envisagé aller dans cette région mais nous avons suivi les conseils de Paolo qui nous avait vanté ce lieu. A cause de notre longue randonnée, nous arrivons de nuit. La vallée est parcourue de pistes et il n’est vraiment pas évident d’évoluer là-dessus en pleine nuit. Il est difficile d’appréhender le terrain, les trous, les bosses…et les flaques! Nous décidons donc de dormir non loin de l’entrée de la vallée et de rejoindre notre point de chute le lendemain. Nous roulons jusqu’au bord de l’Arroyo Lunajero où nous nous arrêtons. Mais une fois de plus, notre intuition nous dit de remonter plus haut. On annonce encore de l’orage cette nuit et nous sommes au bord de l’eau…pas idéal! Nous nous installons donc plus haut, au bord de la piste.

Au réveil, après une nuit de pluies diluviennes, nous retournons voir le bord de rivière…elle n’a pas vraiment montée, mais nous ne regrettons tout de même pas notre décision de la veille.

Nous nous rendons donc à « Miradores del Valle », une petite ferme qui accueille des voyageurs. Nous mettons 1h à parcourir les 14km de piste qui nous séparent de cette ferme, très reculée dans la vallée. Le paysage est magnifique, la piste bordée de fermes authentiques, de chevaux par centaines, de brebis, de vaches et autour se dessinent des collines verdoyantes. Nous sentons déjà que nous nous sentirons bien ici.

Nous sommes accueillis par Silvia et David, un couple de quinquagénaires très gentils qui nous expliquent que c’est leur fille qui gère la petite activité touristique. Ils nous installent dans l’espace prévu pour nous, un petit jardin avec un charmant barraquement en bois dans lequel ils ont créé deux chambres, deux cuisines et deux salles de bain. Il y a également une petite terrasse couverte et un barbecue. A peine posé le pied dans cette ferme, nous nous y sentons comme chez nous! David est très locace, il ne rate pas une occasion pour venir discuter avec nous! Il parle doucement, mélange l’espagnol et l’anglais, utilise ses mains et multiplie les mimiques sur son visage…une véritable pièce de théâtre! Avec lui, nous progresserons à toute vitesse en Espagnol!

Nous décidons de rester ici quelques jours pour nous poser un peu, laver le linge et profiter des balades que leur fille propose. Nous passons l’après-midi à enchaîner les machines à laver (notre petite machine ne lave que 2kg à chaque fois et nécessite deux rincages…c’est fastidieux!) et à compléter le site internet.

Le lendemain matin, nous devions faire une balade à cheval mais Nathalie, la fille de David et Silvia souffre d’une indigestion et reporte à l’après-midi. Puisque nous sommes levés et prêts, nous en profitons pour assister au nourrissage des animaux de la ferme. Les enfants apprécient beaucoup ce moment.

David nous raconte comment leur fille Paola a sauvé sa jument lorsqu’elle avait 11 ou 12 ans. La jument venait de mettre bas mais elle ne laissait pas David récupérer le placenta. Elle était en train de faire hémorragie et allait mourir. David fit prévenir sa fille qui était au Collège. Celle-ci a quitté son cours et est rentrée en vitesse à la ferme. Elle s’est couchée sur sa jument et lui a parlé, elle a versé ses larmes sur elle. La jument aurait pleuré elle aussi. Puis, tout à coup, la jument s’est relevée, Paola a réussi à l’accompagner jusqu’à la mangeoire et la jument a commencé à s’alimenter. David a pu retirer le placenta et la jument a survécu. C’est à ce moment-là qu’ils ont découvert le don de Paola : « horse whisperer ». Elle en fait aujourd’hui son métier, a gagné des concours de dressage et cloue le bec de bien des voisins qui n’arrivent pas à tirer quoique ce soit de leur bourrin, en leur faisant faire ce qu’elle veut…

Cette belle histoire m’a beaucoup émue et la théâtralisation dont fait preuve David n’y est pas pour rien! Il nous a raconté beaucoup d’histoires en quelques jours: la bataille entre les colons et les indiens autochtones sur le promontoire rocheux situé plus haut, sur ses terres ; sa jeunesse, les virées en voiture avec ses potes, bourrés, le jour de la fête de l’indépendance ; sa rencontre avec Silvia et leur retour au « campo » ; les voisins jaloux ; son amour pour la musique … de très beaux échanges, très riches qui nous ont permis de sentir l’âme originelle de ce pays qu’est l’Uruguay, ou tout du moins de cette partie nord du pays.

L’après-midi, nous vivons une superbe expérience lors d’une balade à cheval à travers les terres de David, accompagné de Nathalie et de sa fille Mano, 4 ans, cavalière hors-pair! Ici, les chevaux sont montés sans étriers, avec comme première couche un tapis de laine pour les protéger du froid et des frottements, en deuxième couche un tapis antidérapant et enfin une selle en laine de mouton, épaisse, sanglée au cheval. Les rennes se tiennent dans une seule main et l’on dirige le cheval en écartant le bras à droite ou à gauche. Nathalie m’explique que le mors est très différent de celui que nous utilisons en France. Monter dans de telles étendues est un plaisir incroyable. Les chevaux trottent quasiment en permanence et galopent très facilement. Leurs allures sont toutes agréables. Ici on ne pratique pas le « trot enlevé », on suit simplement les mouvements du cheval…un régal! Les chevaux sont très adroits dans les passages de rivière, la boue, les marécages… Nous avons tous adoré ce moment magique!

En fin de journée, les enfants jouent avec Mano, qui cherche à entrer en communication avec Gaspard. De notre côté, nous préparons la viande d’agneau que Nathalie nous a vendue…6,50€ le kilo!!! Je n’aime pas le mouton ni l’agneau en France mais Sylvia, notre hôte suisse du début du voyage m’avait dit que je pouvais manger celui d’ici, qu’il n’avait pas du tout le goût que je connais. En effet, c’était un délice!

Le lendemain, nous partons en randonnée tôt le matin (vers 9h30) pour découvrir les collines et deux cascades cachées sur les terres de David. C’est Nathalie qui nous accompagne. La balade est agréable, Nathalie nous raconte l’histoire du chemin que nous empruntons, qui était utilisé par les indiens autochtones puis par les familles de colons qui se sont installées ici et qui l’empruntaient deux fois par an pour aller vendre leurs cultures ou leur bétail à d’autres villages. Elle nous montre des plantes médicinales, nous parle de la faune et de la flore locale. Nous discutons également politique, économie, société…encore une belle occasion de progresser en Espagnol, d’autant que Nathalie a grandi à bonne école, elle a la même capacité que son père à adapter sa vitesse ses mots et à comprendre nos imperfections.

Nous passons le dernier après-midi à profiter du soleil, lire, cuisiner, nous reposer, faire de la musique…les enfants jouent avec Mano qui vit sa meilleure vie!

Nous quittons « Miradores del Valle » le lendemain matin avec 24 oeufs de ferme achetés à Silvia et le sentiment d’avoir mieux compris l’histoire de l’Uruguay, son peuple et son âme.