A peine entrés au Paraguay, le Brésil nous manquait déjà! En trois jours autour de Ciudad del Este nous avons rencontré différents voyageurs qui revenaient du Pantanal avec des étoiles dans les yeux et des frissons sur la peau. Cette étape faisait partie de notre itinéraire de départ mais nécessitait tout de même un sacré détour. Malgré tout, nous sentions que nous n’en avions pas vraiment fini avec le Brésil et que ce pays avait encore de belles choses à nous révéler. De plus, en trois jours, ces rencontres qui ne sont jamais uniquement le fruit du hasard nous menaient toutes vers ce fameux Pantanal. Nous décidons alors de nous y rendre et de revenir au Paraguay plus tard.
Le Pantanal est la plus grande zone humide de la planète. C’est une immense plaine d’une superficie estimée entre 140 000 km2 et 195 000 km2 où des cours d’eau coulent doucement durant la saison humide en de nombreux méandres et submergent plus de 80 % du territoire, noyé sous les eaux quatre mois par an. Cet écosystème très particulier abrite la plus grande concentration de faune et de flore de la planète. A chaque saison des pluies (novembre à mars), le Pantanal (« Pantanao » en Brésilien = marais) se trouve inondé et se transforme en un gigantesque marais. Cette région est difficilement accessible, il faut de longs trajets de pistes pour pouvoir s’enfoncer au coeur de cette zone. Il est possible de le traverser en bateau en plusieurs jours (ce que feront nos amis français) mais nous choisissons une destination plus proche, à seulement 14 km de piste de la route principale menant à Corumba, frontière bolivienne.
Nous nous installons sur l’espace réservé aux camping car d’une lodge au bord de la rivière. C’est un petit hôtel qui comprend quelques chambres dans des cabanes en bois, une jolie piscine avec vue sur la rivière et un restaurant très simple mais très bon. Nous y passerons trois jours, le temps de profiter de la vue que nous offraient les oiseaux et autres animaux aquatiques tout au long de la journée depuis la terrasse et de partir une demi-journée sur la rivière pour observer le Pantanal de l’intérieur.
Cette excursion fut certainement une des plus belles du voyage, tant par la beauté du paysage que par la richesse de la flore et de la faune sauvage. Nous sommes partis en début d’après-midi à bord du petit bateau à moteur de Marcello. Ce guide local, conseillé par un couple de voyageurs rencontré quelques jours plus tôt, est un véritable connaisseur de la rivière et de la faune qui y vit. Il nous a emmené dans des espaces éloignés de la vie humaine où nous avons pu observer de nombreux animaux: capibaras, caïmans (dont une couvée), toucans, cigognes, oiseaux dont j’ai oublié le nom, loutre et … jaguars! A chaque nouvelle rencontre, nous ressentions cette émotion si particulière lorsqu’on voit un animal sauvage dans son milieu naturel : un mélange de béatitude et de gratitude agrémenté de délicatesse comme si l’on nous confiait un précieux trésor entre les mains qui allait s’évaporer au moindre mouvement. On sait ces instants éphémères, on mesure alors le privilège que l’on a de pouvoir effectuer cette rencontre furtive, remerciant chacun de ces êtres d’avoir accepté notre présence l’espace d’un instant. On coupe presque notre respiration, le silence se fait naturellement sur l’embarcation. Les yeux embués et les poils hérissés, on contemple. Le temps semble s’arrêter, plus aucune pensée ne traverse notre esprit, on est juste là, face à ce que la nature a de plus beau et de plus fragile, espérant photographier à jamais cette image dans notre mémoire.
Nous avons passé 6h sur ce bateau, découvrant les paysages typiques du Pantanal. Les enfants ont eux aussi été fascinés par les paysages et les rencontres animalières. A la tombée du jour, la rivière s’est peu à peu transformée en un miroir géant, reflétant le rivage, les arbres et le ciel tinté de roses et de violets. Ce moment tout particulier m’a beaucoup émue tant c’était beau! Nous avons profité du voyage pour discuter avec Marcello de la vie locale et notamment du tourisme de pêche qui déstabilise l’équilibre fragile de cet écosystème. Des groupes entiers de pêcheurs louent des hôtels flottants et s’enfoncent dans le Pantanal pour pêcher, sur fond de musique forte et de consommation de nombreuses canettes de bières, sans trop se soucier du dérangement causé aux habitants du marais… Les enfants sont de plus en plus sensibles à ces problématiques et mesurent l’impact humain sur les espèces vivantes. Gaspard veut d’ailleurs se lancer dans la protection des animaux! Nous rentrons à la nuit, les lunettes de soleil mouchetées de guibets et la peau moite de l’humidité du marais. Nous avons tous conscience que cette expérience restera une des plus belles de notre vie. Nous fêtons cela autour d’un cocktail sur la terrasse de la Lodge.
Le lendemain, nous décidons de rester la journée à profiter de la piscine, écrire, observer la faune depuis le balcon. Nous passons une très bonne journée de repos avant de repartir vers Bonito où nous rejoignons Yohan, Julie, Lubin et Soline, une famille de voyageurs français rencontrés à Iguazu.

















