Notre séjour à Cordoba terminé, il est temps d’accélérer. Nous devons impérativement être à Ushuaia le 4 décembre, un rendez-vous important nous y attend…je dirais même deux rendez-vous! Nous avons donc 11 jours pour parcourir 3500 km.
Nous passons les deux premiers jours à rouler. Rien d’intéressant jusqu’à Bahia Blanca, une route rectiligne, de la pampa à perte de vue, des poids lourds, des nids de poule…voilà pourquoi je ne commencerai mon décompte qu’à partir de l’entrée de la Ruta3.
Jour 1: A partir de Bahia Blanca, nous rejoignons la côte Atlantique et la fameuse Ruta 3 qu’on ne quittera (presque) pas jusqu’à Ushuaia. Nous n’avions pas vu l’Océan depuis le Brésil, cela fait pile deux mois. C’est donc avec un grand plaisir que nous faisons notre premier arrêt sur la plage du petit village balnéaire de El Condor. L’envie de se baigner les pieds est irrésistible pour Gaspard mais l’eau est fraîche et le vent assez fort ce jour-là. Nous optons donc pour une partie de ballon sur le sable. Nous passons une excellente nuit sur la plage, à l’abri des dunes. Quel plaisir de se réveiller les pieds dans le sable avec un grand soleil! Les enfants jouent, on déjeune, porte ouverte, en regardant l’océan… La mer donne envie de ralentir, de contempler, de profiter en laissant le temps filer… Nous prenons le temps d’aller courir, à tour de rôle, pour profiter encore de cette longue plage de sable fin et de l’air doux de cette belle matinée. Avant de quitter le village, nous nous arrêtons face aux falaises qui abritent des centaines de milliers de perroquets Loros à cette saison. Les creux façonnés par les embruns et le vent sont des abris de prédilection pour ces couples qui viennent ici se reproduire et élever leurs bébés. Ils repartirons dans quelques mois pour migrer vers une région plus chaude le temps d’un hiver avant de revenir l’année prochaine. Saviez-vous que les perroquets vivent en couple avec le même partenaire toute leur vie? Lorsque l’on s’approche de la falaise, un véritable vacarme se fait entendre. Les perroquets ne font pas dans la discrétion! Nous observons le joyeux ballet de ces oiseaux qui sortent des nids et reviennent avec la nourriture pour les petits. Puis nous reprenons la route vers notre deuxième destination.





Jour 2: Nous roulons tout l’après-midi sur cette interminable ligne droite puis nous arrêtons en fin de journée près de Sierra Grande, à Playas Doradas. Le temps est agréable, il n’y a pas de vent, nous sortons la table et les fauteuils, chose que nous n’avions pas fait depuis bien longtemps. La douceur du soir dure longtemps, idéal pour un barbecue devant le coucher du soleil. Les enfants jouent librement sur la plage pendant que nous préparons le dîner. Un beau paysage, le bruit des vagues, un repas simple en famille, rien de plus…mais c’est déjà tellement!



Jour 3: Le lendemain, nous roulons jusqu’à Puerto Madryn, la plus grande ville que nous croisons depuis Cordoba. C’est une petite ville balnéaire et touristique, camp de base pour la visite de la fameuse Péninsule de Valdes.
Nous décidons de faire laver notre linge ici et trouvons une laverie qui propose de laver et sécher le linge en quelques heures…chose très rare en Argentine où il n’existe pas de laveries automatiques, seulement des blanchisseries qui prennent votre linge pour 24h et vous le lavent, le sèchent, le repassent et l’imbibent d’adoucissant et de parfum. Cette laverie correspond plus à ce que l’on connait en France, sauf que la propriétaire lance elle-même les machines et les séchoirs. Vous pouvez ainsi vous promener en attendant et revenir quand c’est sec! La dame connaît même le lavage à 60°C!!! Miracle!!! Et pour couronner le tout, le tarif défie toute concurrence, à peine 8 euros pour 3 machines dont une à 60°C et trois séchages! Cela doit vous amuser (ou pas!!!;)peut-être que vous vous en fichez royalement!) de lire mon petit laïus sur le lavage du linge. Ce ne sont pas des questions que l’on se pose à la maison, mais j’avais tout de même envie d’en parler car tous ces petits gestes du quotidien que l’on fait sans y penser en France, deviennent une véritable problématique quand tu voyages à 4 dans 6 m² en te déplaçant quotidiennement! Bref, tout cela pour dire que c’est certainement la meilleure laverie d’Amérique du Sud que nous avons trouvé là. Nous avons laissé le linge à 14h30, elle nous a dit de revenir le chercher à 19h, cela nous laissait pas mal de temps pour profiter de la ville.
Ce qui nous frappe dès que nous arrivons à Puerto Madryn, c’est l’ambiance européenne qui y règne. Elle est certainement la ville la plus européenne que nous ayons visité: restaurant, bars, musique qui passe dans la rue, boutiques et enseignes, vêtements et attitude des locaux…tout résonne Europe! On se croirait sur une plage espagnole en plein été!
Cette journée est magnifique, il fait presque 30 degrés, le vent est faible et la plage magnifique…à l’unanimité nous optons pour un après-midi baignade, ballon, bronzette, mots croisés!!! Comme cela est plaisant après plusieurs semaines de montagne, de sec, de poussière! L’océan est frais mais au bout de quelques minutes, nous arrivons tout de même à entrer dans l’eau et nous baigner. Les enfants jouent avec les vagues, puis une partie de foot s’engage…mission que je confie à Sylvain pour profiter un peu de ce moment pour finir mon cahier de mots fléchés qui a une dizaine d’années!!! L’après-midi passe ainsi et une fois le linge récupéré, nous quittons Puerto Madryn pour rejoindre les copains Tib-Casita qui sont à Puerto Pyramides, la porte d’entrée de la Péninsule de Valdes où ils viennent de passer 3 jours.




Nous passons la soirée avec Fred et Julie et nous nous racontons respectivement nos dernières aventures depuis Humahuaca, lieu de notre rencontre. Nous ne voyons pas les enfants de la soirées qui sont trop occupés à reprendre leurs histoires où ils les avaient laissées. Ils sont vraiment trop contents de se retrouver, notamment Agathe pour qui Julia est un vrai coup de coeur! Cette douce soirée est aussi très agréable pour nous, adultes, qui pouvons discuter sans avoir les enfants auprès de nous! Nous finissons tard, sans avoir fait le tour de tout ce qu’on avait à dire mais la fatigue se fait sentir! Cette nuit ne sera pas aussi reposante qu’escomptée…une colonie de petits scarabées a réussi à entrer dans le camion malgré nos précautions et la chasse avant de dormir ( j’ai une petite technique avec l’aspirateur à batterie…presque infaillible)! Au cours de la nuit, toujours une de ces petites bêtes pour venir nous chatouiller les jambes, les bras, le visage…un régal! Ajouté à cela: la chaleur! La soirée est chaude…la nuit aussi! Nous dormons les lanterneaux ouverts, jusqu’à ce qu’un orage éclate avec le vent et la pluie qu’il apporte avec lui. Pas le choix, il faut fermer les lanterneaux…et crever de chaud! Le vent secoue le camion assez fortement et nous avons bien du mal à retrouver un sommeil serein.
Jour 4: Le lendemain matin, le temps a bien changé. Impossible de déjeuner dehors tous ensemble! Julie nous livre ses bons pancakes (vraiment adorable!!!) et chacun prend son déjeuner chez soi. Nous prenons tout de même une bonne heure ensuite pour envoyer tous les enfants jouer dans le camping-car et nous prendre une tisane entre adultes dans le camion au calme…bonheur!!! Nous nous quittons ensuite pour plusieurs semaines ou plusieurs mois en nous promettant de nous retrouver sur la route!
Nous prenons la direction de la Caleta Valdes qui est au bout de la presqu’île. C’est LE lieu privilégié pour observer de nombreuses espèces d’animaux marins: éléphants de mer, manchots de Magellan, nombreux oiseaux et…des orques! Fred et Julie ont passé trois jours ici à scruter l’horizon avec leurs jumelles sans apercevoir un seul petit aileron d’orque…le temps changeant sera-t-il plus favorable? Nous découvrons d’abord le long de la piste de nombreux guanacos, herbivores de la familles des lamas et des chameaux qui peuplent toute la patagonie. Nous croisons également de très beaux chevaux sauvages et des lapins. Une fois au bout de la péninsule, nous nous arrêtons à la pinguinera. Comme son nom l’indique, c’est ici que nous verrons nos premiers petits manchots de Magellan. Difficile d’imaginer, quand tu te baignes dans l’océan par 30°C que tu peux voir des manchots ici. Pour moi, manchots était égal à: banquise, froid, glace, arctique ou antarctique, bonnet, écharpe, gants… Nous partons vers un deuxième mirador, puis vers un troisième où nous pouvons observer des femelles éléphant de mer étalées lamentablement sur le sable pour faire la sieste. Certaines tentent un déplacement, lent et coûteux, absolument disgracieux, qui semble leur demander beaucoup d’énergie. Les éléphants de mer, contrairement aux otaries et loups de mer, n’ont pas la possibilité de se mouvoir avec leurs nageoires antérieures. Ils doivent se contorsionner pour ramper sur le sol, déplacement totalement inefficace qui les rend très vulnérables aux attaques d’orques. C’est justement pendant que nous nous amusons de ce spectacle désolant qu’une autre touriste française repère au loin des sauts dans l’eau: ce sont des orques, sur le mirador précédent. Ni une, ni deux, nous repartons en courant vers le camion pour nous rendre sur les lieux en espérant qu’ils attendront ces quelques minutes pour se laisser admirer. Coup de chance, les orques sont encore là, visibles à l’oeil nu et semblent essayer de chasser. Une éléphant de mer gît sur le sable, immobile alors que les 4 prédateurs s’approchent dangereusement d’elle…si l’un d’entre eux saute sur la plage, elle sera perdue. Coup de chance pour elle, les orques battent en retraite et rejoignent l’océan quelques minutes plus tard. Nous sommes ravis d’avoir pu les observer, même si c’était assez court. Nous avons eu beaucoup de chance de n’être là que quelques heures et de les voir. Jusqu’ici les horaires de milieu-fin d’après-midi sont plutôt propices à l’observation des animaux. C’est à cette heure-là que nous avons vu le plus de baleines franches au Brésil, que nous avons observé le Jaguar dans le Pantanal, les iguanes au Paraguay. En fin de journée, les animaux sortent de leur sieste pour se nourrir avant la nuit. Ils sont bien plus actifs que la journée. Ils le seraient aussi au lever du jour mais à chaque fois que nous avons mis le réveil pour les observer, nous avons fait choux blanc…c’est que cet horaire ne nous convient pas, la fin d’après-midi correspond mieux à notre rythme et par chance à celui des animaux!
Nous reprenons la piste qui nous ramène à Puerto Pyramides où nous avons dormi la veille. Nous repasserons une nuit ici avant de continuer notre route vers le Sud.












Jour 5: Le lendemain, nous roulons de nouveau quelques heures en direction de la réserve biosphère de la Laguna Azul (une parmi tant d’autres). Nous nous arrêtons brièvement à Trelew pour observer la réplique du dinosaure le plus grand du monde dont on a retrouvé des fossiles dans la région…impressionnant!!! Nous continuons la route jusqu’à la pingüinera Cabo Dos Bahias. Il est déjà tard, la réserve va bientôt fermé. Nous décidons de nous installer non loin de l’entrée sur un espace qui donne une vue magnifique sur la baie et qui nous offrira encore un magnifique coucher de soleil. Nous partons nous balader sur le bord de l’océan. Le paysage est magnifique, sauvage, brut. Le ciel est chargé, presque menaçant. Parfois, une éclaircie parvient à percer les nuages pour illuminer la pampa d’or, de vert, de blanc et de bleu. Le spectacle est saisissant, les sensations puissantes. Les guanacos, conscients de notre présence, prennent un peu de distance et se préviennent entre eux. Nous observons un grand nombre d’oiseaux qui, encore une fois, en cette fin de journée, sont très actifs et chassent. Il y a notamment le Pétrel, immense oiseau de proie de 2m d’envergure, qui se déplace gracieusement et rapidement, et le goéland dominicain, magnifique espèce blanche et noire au bec jaune-orangé, entre autres. Ici la présence humaine est quasiment inexistante. Seuls quelques touristes passent ici pour visiter la réserve. Il y a également une estancia dans une autre anse un peu plus loin. Et c’est tout. Peu de choses pour venir perturber le parfait équilibre naturel de cet écosystème. Nous voyons au détour de notre balade des squelettes de guanacos, peut-être malades ou dévorés par un puma. Ici c’est monnaie courante. Les animaux morts continuent à appartenir à la nature. Les charognards se chargent de nettoyer la place, nulle besoin d’une action humaine quelconque!
Après l’un des plus beaux couchers de soleil qu’il nous aura été donné de voir, nous passerons la soirée chacun de notre côté, l’une écrivant, l’autre composant, autour d’une tisane et d’un carré de chocolat…douce soirée dans notre cocon, seuls dans ce grand silence.





Jour 6: Ce matin, nous visitons la pinguinera de Cabo Dos Bahias. Nous pouvons y observer une grande colonie de manchots de Magellan venue se reproduire et élever les petits ici. C’est vraiment une saison propice pour l’observation de ces animaux car les oeufs sont en train d’éclore et nous pouvons observer les petits. Les parents, vivant en couple, se relaient auprès des petits pour aller prendre un bain dans l’océan. Les manchots ont une plage et ont dessiné des sentiers pour s’y rendre. Ils sont vraiment drôles à observer avec leur démarche de clown et leur manière de se tenir en réunion. Ce sont des animaux sociaux, il n’y a aucun doute, il font beaucoup les choses en groupe. Nous nous régalons pendant une bonne heure à regarder ces petites boules de plumes et à analyser leur comportement. Un super moment en famille!
Puis, nous reprenons notre route en direction du Sud et nous arrêtons au bord de l’océan sur un petit parking éloigné de la route surplombant une plage. Encore un joli spot et une douce soirée qui nous permettra d’allumer une nouvelle fois le barbecue!











Jour 7: Ce matin, avant de partir, nous avons la chance d’observer deux dauphins qui jouent non loin du rivage. Ce sont les dauphins noirs et blancs de Patagonie. Spectacle court mais magnifique qui met de bonne humeur!
Nous reprenons la Ruta 3 en direction du Sud. Cette route est dangereuse: le vent de côté qui s’intensifie à mesure que nous roulons vers le Sud, les ornières dans le bitume créées par les nombreux poids lourds qui transitent par ici et les nombreux guanacos qui traversent comme si de rien n’étaient rendent la conduite vraiment stressante et peu agréable. Le paysage est le même pendant des centaines de kilomètres: de la steppe, quelques collines et des kilomètres de clôtures qui longent les lignes droites d’asphalte, auxquelles sont accrochés, par endroits, des cadavres de guanacos malchanceux qui n’ont pas réussi à la franchir avec le reste du troupeau. Après quelques heures, nous quittons la route pour nous enfoncer sur une piste de gravier qui nous mène à Puerto Deseado.
Cette petite bourgade portuaire se situe à l’embourchure du Rio Deseado, rivière vert jade qui se jette dans l’Océan atlantique. Nous y venons principalement pour partir en excursion sur une île qui abrite les fameux Pingouin Gorfou sauteurs, drôles de bêtes que l’on ne peut voir que sur une poignée d’îles dans le monde. Malheureusement, le mer étant trop déchaînée, il n’y aura pas de départ de bateau possible dans les deux jours à venir et notre rendez-vous de début décembre nous empêche de rester plus longtemps.
Nous décidons alors d’aller faire un peu d’escalade dans un des canyons bien connu des grimpeurs locaux. Un grands nombre d’entre eux sont présents en ce dimanche après-midi. Nous sommes immédiatement accueillis par l’une d’entre eux, qui nous présente le secteur et les voies qui sont agréables. La roche est très abrasive, c’est une roche sableuse avec de nombreuses aspérités qui paraissent être de bonnes prises. Une fois sur les voies, ces prises ne sont finalement pas si bonnes et le vent qui s’engouffre dans le canyon rend la grimpe difficile et peu agréable. Après quelques voies bien laborieuses, nous décidons de profiter de la fin d’après-midi pour faire quelques courses en ville et trouver un joli spot pour dormir.
Nous décidons d’emprunter la piste le long du Rio qui sillonne à travers des canyons creusés par les marées. En effet, ici, le Rio se mêle à l’océan et l’eau entre dans les canyons à marée haute. Le paysage est sublimé par la lumière de fin d’après-midi qui fait ressortir les contrastes de vert et d’or. Nous trouvons un spot parfait, en bordure de falaise mais à l’abri du vent, surplombant le Rio et l’un des canyon qui s’emplit deux fois par jour, à marée haute. Nous passons la fin de journée à observer le Rio changer de couleur au fur et à mesure que le soleil descend. Nous profitons d’un magnifique coucher de soleil qui nous rappelle encore une fois à quel point nous sommes chanceux d’être là, à cet instant précis, seuls dans cette nature sauvage et préservée.











Jour 8:
Le lendemain matin, nous nous réveillons avec un paysage extraordinaire. Les couleurs sont encore différentes de la veille. Le rio est vert clair laiteux, les touffes d’herbes jaunes de la steppes sont légèrement couchées par le vent et les lapins sauvages sautillent de part et d’autres à la recherche de leur petit déjeuner. Sylvain part courir sur la piste qui longe le rio et moi je vais me balader dans le canyon voisin pour admirer les nids que les oiseaux ont créé dans les creux des falaises. Au fond du canyon, là où le rivage n’est que rarement recouvert par les marées les plus importantes, une herbe rase et vert fluo pousse, sur un sable blanchi par le sel. Quelques animaux viennent ici se délecter de cette végétation salée: chevaux, brebis, lapins… Après cette balade, nous prenons le temps de faire une petite séance de yoga en observant ce paysage singulier.
Nous reprenons la route en fin de matinée en direction de Puerto San Julian. Nous n’avons que deux heures de route et arrivons en milieu d’après-midi. Nous décidons donc de parcourir la piste côtière qui surplombe l’Océan. De magnifiques miradors nous permettent d’observer (et d’écouter) des colonies de lions de mer qui se vautrent au soleil sur les rochers plats. Les plus jeunes s’amusent à faire des saltos dans l’eau en se propulsant à l’aide des rochers. Les femelles, elles, sont lamentablement étalées sur la pierre chaude, sous le bon contrôle d’un mâle jaloux qui guette quelconque rival qui voudrait s’approcher de son harem. Après avoir longuement observé ce théâtre, nous décidons de rejoindre une petite plage repérée à l’entrée de la piste pour passer la nuit. Nous nous y rendons et visualisons un espace à peu près plat qui semble bien stabilisé pour garer Inkaiko. Mais cette stabilité n’était qu’une impression, nous avons à peine le temps de nous rendre compte qu’il y a plus de sable que de cailloux que nos roues sont déjà ensablées de 10 cm. Inutile d’essayer d’avantage, nous n’avancerons plus sans aide. Heureusement, deux couples de jeunes pêcheurs sont présents avec leur pick-up sur la plage et acceptent gentiment de nous tirer de là. Nous nous garons un peu plus haut cette fois et passons une soirée et une nuit paisible avec des températures vraiment clémentes et l’absence de vent, choses rares pour cet endroit à en croire ce que nous disent nos sauveurs.



Jour 9: Aujourd’hui, dernière étape argentine de notre descente vers la Terre de feu. Nous faisons un bref passage à Rio Gallegos, ville ultra-moche qui fut le principal port militaire de la guerre des Malouines. Depuis le début de notre descente, nous avons croisé de nombreux panneaux sur lesquels était inscrit: « Las Malvinas fueron, son y seran argentinas ». Nous nous rendons sur un site mémorial de cette guerre qui a eu lieu en 1982 et opposait l’Argentine au Royaume-Uni. Les Îles Malouines sont un archipel situé au large de la Terre de Feu dans l’Océan atlantique appartenant au Royaume-Uni. En 1982, l’Argentine décide d’en reprendre le contrôle et déclare la guerre. Celle-ci ne durera que 4 mois et se terminera au profit du Royaume-Uni qui en conservera la souveraineté. Malgré la défaite, l’Argentine continue à revendiquer la souveraineté de ces territoires bien que ses habitants, principalement anglais, aient voté très majoritairement pour le maintien de la gouvernance du Royaume-Uni. Ce mémorial nous permet d’expliquer aux enfants ce qu’il s’est passé ici, dans cette ville-base aérienne d’où décollaient les avions de guerre argentins. Après une trentaine de minutes sur les lieux à supporter un vent abrutissant, nous décidons de reprendre la route pour nous approcher au maximum de la frontière.


Nous arrivons en fin de journée au bord de la « Laguna Azul », petit cratère volcanique qui abrite une lagune et un grand nombre d’animaux qui ont élu domicile dans ce petit espace protégé des rudes éléments patagons. Nous garons le camion en faisant attention à ce qu’il soit face au vent afin d’éviter les secousses pendant la nuit et partons visiter ce petit cratère. C’est un véritable ravissement qui s’offre à nos yeux. Nous avons l’impression de pénétrer dans un petit monde enchanté où cohabitent lapins, brebis, oiseaux, canards. Nous nous promenons au coeur du cratère en toute humilité en essayant de perturber le moins possible ce petit ecosystème fragile et féérique. Nous passerons notre dernière soirée bien au chaud dans le camion en écoutant le vent siffler dehors.





Jour 10: passage des frontières détroit de Magellan, arrivée en Terre de Feu
Dernier jour de route avant d’atteindre la Terre de Feu. Nous avons deux frontières à passer (Argentine-Chili puis Chili-Argentine) ainsi que le célèbre détroit de Magellan. En effet, la Terre de Feu est une province argentine mais elle est séparée du reste du pays par un territoire chilien d’environ 200km. Nous avons bien fait attention à vider notre frigo de nos produits frais, interdits d’entrée au Chili. Nous passons la frontière sans encombre. Celle-ci est plutôt bien organisée et les étapes bien définies: migration pour nos passeports, puis douane pour le document du camion et enfin la SAG pour la vérification des produits interdits. La liste est longue et nous avons forcément quelques articles prohibés. Cependant, la femme qui inspecte le véhicule est très sympa, elle nous laisse nos lentilles en nous demandant de les finir à Ushuaia et vide notre poubelle des peaux de bananes et autres épluchures de légumes. Nous continuons notre route jusqu’au fameux détroit de Magellan, ce nom qui nous rappelle nos cours de géographie, les histoires d’explorateurs, de transatlantique, de colons. Ce nom à lui seul est synonyme de voyage et de terres lointaines. Il nous rappelle que nous sommes très loin de chez nous, à quelques jours de la fin du monde! Nous arrivons devant l’embarquement de la barge qui va nous faire traverser le bras de mer. Pas de chance, l’une d’elle vient de partir et nous devons attendre une heure pour embarquer sur la prochaine. Nous en profitons donc pour prendre quelques photos et boire un maté dans le camion. On ne tient pas longtemps dehors, le vent glacial gèle nos jambes nues qui n’ont pas mis de pantalon depuis bien longtemps! Nous comprenons alors que notre voyage va prendre une autre tournure et que nous allons pouvoir sortir nos vêtements d’hiver. Les glaciers et l’Antarctique ne sont plus très loin, nous les avons attendus et pourtant, nous ne sommes pas vraiment prêts! A peine une heure plus tard, nous voici embarqués sur le ferry pour une bonne heure de traversée. Le détroit est agité, certaines vagues parviennent à éclabousser jusque sur le camion, à l’intérieur du Ferry. Nous observons le détroit à travers les vitres du salon des voyageurs en prenant conscience d’une nouvelle aventure qui commence…






