Ushuaïa et la Terre de Feu
Ushuaïa et la Terre de Feu

Ushuaïa et la Terre de Feu

Après ces 11 jours de route vers le Sud, nous arrivons enfin en Terre de Feu. Nous faisons halte à Tolhuin, petit village en bordure de l’immense Lac Fagnano. Ici, les petites maisons sont bardées de bois colorés et de chacune sort une cheminée fumante. De l’autre côté du lac, des montagnes aux sommets saupoudrés de neige et à leur pied, de grandes forêts de lengas. Ce paysage est totalement nouveau, loin de l’aridité des espaces que nous avons traversé en Argentine. A notre arrivée, nous avons très envie de sortir nous promener sur la plage de ce très beau lac. Nous sortons naïvement du camion, en short et en tongs (vêtements que nous n’avons pas quittés depuis près de 3 mois). Trois bourrasques de vent glacial plus tard, nous voilà revenus au chaud dans le camion, chauffage en route! Nous voilà officiellement dans un autre voyage! Il va falloir sérieusement penser à faire le switch des vêtements de la garde-robe!

Le lendemain matin, nous partons à la découverte des lagunes de Tolhuin. Une petite balade de 10 km qui borde le lac et traverse la forêt de lengas. De petits panneaux pédagogiques nous aident à découvrir ce nouvel écosystème froid et humide. Beaucoup de mousses, de résineux, de nouveaux oiseaux ainsi que des tourbières. Nous découvrons également nos premières lagunes vert-bleu et nous nous émouvons de ce nouveau monde, frais mais extrêmement beau.

L’après-midi, nous continuons notre route vers Ushuaïa. Il nous reste une bonne journée avant notre rendez-vous alors nous décidons de parcourir la « Ruta J », route de la fin du monde. C’est une piste de 60 km qui se parcourent en 3h environ car le ripio est en très mauvais état. Cependant, nous ne regrettons pas de nous y être engagés. Nous traversons d’abord une forêt assez densément peuplée pour la région. Les habitations sont souvent de simples cabanes en bois, de plein pied ou à un étage, au milieu d’un terrain herbeux, parcouru de petits ruisseaux, où s’entassent des monticules de bûches coupées à la hâche. Nous avons l’impression d’être transportés chez des trappeurs canadiens! La route longe ensuite le canal de Beagle pendant une bonne dizaine de kilomètres et le paysage est spectaculaire. Les eaux très calmes en l’absence de vent reflètent le paysage comme un miroir. On a parfois du mal à différencier l’eau et le ciel. La route sillonne entre terre et mer. Nous traversons tantôt des marais et des rivières, longeons de petits étangs dans lesquels barbotent canards et oiseaux. Nous pouvons parfois apercevoir l’autre rive du canal de Beagle, côté chilien. Nous ressentons véritablement cette ambiance de fin de la terre, d’autant plus que nous sommes quasiment seuls. Nous croisons tout au plus 3 véhicules durant les 60 km. Nous arrivons à la fin de la route en fin de journée. La route s’arrête au portail d’un sémaphore. Impossible d’aller plus loin en véhicule. Il existe un sentier qui permet de continuer un peu à pieds, jusqu’au bout du bout. Il se fait tard, nous cherchons un endroit où nous arrêter pour passer la nuit. Il n’est pas facile de trouver un endroit accessible sans risquer de nous enliser. Nous choisissons donc le bord de la route, le long d’une plage, à quelques centaines de mètres du sémaphore. Nous ne risquons pas d’être dérangés par les voisins ni par le trafic de voitures quasiment inexistant. Malgré l’heure tardive (certainement 21h), le soleil tarde à disparaître. En cette période de l’année, la nuit ne dure qu’à peine 4h. Nous aurons la chance d’assister au coucher de soleil le plus long de notre vie. Vers 22h30, le ciel s’embrase pendant plus d’une heure! Un spectacle saisissant qui n’en finit jamais de nous surprendre par ses changements de couleurs et de lumière. Le tout se reflétant dans le canal de Beagle sur lequel naviguent tranquillement deux ou trois paquebot de croisière qui filent doucement vers l’Antarctique. Cette « route J » mérite vraiment le long détour, c’est une expérience hors du commun.

Le lendemain matin, nous reprenons la route dans l’autre sens pour rejoindre la ville d’Ushuaïa. Ce nom est lourd de sens, il évoque le bout du monde, la partie la plus australe de la planète et en tout cas de notre voyage. Il marque aussi le début d’une toute autre aventure: celle des glaciers! La route qui mène à Ushuaïa est très belle et sillonne entre lacs et montagnes. L’arrivée dans la ville, quant à elle, n’a pas grand chose de spectaculaire. Deux grands poteaux de bois indiquent l’entrée puis il faut traverser pendant une bonne dizaine de minutes un long boulevard industriel et portuaire pour rejoindre le centre. Celui-ci se résume à une petite rambla le long du canal de Beagle et à quelques rues commerçantes parallèles perchées sur la montagne.

Nous filons directement à notre premier rendez-vous: le retrait du dossard de Sylvain qui va participer au Ushuaia Marathon Race le lendemain matin. Nous arrivons donc dans le grand gymnase à la sortie de la ville et retirons rapidement son dossard. Nous passerons la fin de la journée à nous promener dans les rues commerçantes d’Ushuaia qui proposent essentiellement des magasins de souvenirs et de vêtements de sports, quelques bars et restaurants. Il reste quelques constructions en bois coloré, datant de l’origine de la ville mais l’incroyable croissance démographique de ces trente dernières années a créé une sorte de méli-melo de constructions sans harmonie: conteneurs, cabanes de tôles, bars modernes en béton… Ce serait mentir de dire qu’ Ushuaia est une jolie ville mais nous apprécions tout de même l’ambiance qui y règne. A nous très bientôt la montagne, la rando, les glaciers, moment tant attendu de notre voyage.

Nous irons ensuite nous garer dans un quartier résidentiel, spot vraiment pas glamour mais qui a l’avantage d’être proche du départ de la course.

Samedi 7 décembre, 6h du matin, Sylvain part très motivé pour réaliser son premier trail de 42km. Cette course est 100% montagne et totalise près de 3000m de dénivelé à parcourir. J’ai repéré un endroit stratégique dans l’une des dernières et plus difficiles côtes du parcours. Nous arrivons vers 11h sur les lieux, drapeau de Normandie en main, pour encourager Sylvain dans ce dernier effort. 35 minutes plus tard, alors que nous l’attendons de pied ferme pensant qu’il n’allait vraiment pas tarder, Sylvain m’envoie un message pour me dire qu’il est déjà arrivé! Nous l’avons raté de quelques minutes et sommes vraiment déçus! Il est allé bien plus vite qu’il ne croyait et termine le parcours en 5h30, ce qui lui donne la 11ème place du classement général et la 4ème place de sa catégorie! Une très belle performance!

L’après-midi, nous visitons le musée de l’ancienne prison d’Ushuaia. Ce lieu résume très bien l’histoire de la Terre de Feu et des explorations en Antarctique. Un couloir a même été laissé en l’état pour permettre aux visiteurs de mieux s’imaginer les conditions de vie dans la prison. Il faut savoir qu’Ushuaia était une colonie pénitentiaire, c’est-à-dire qu’on y envoyait des prisonniers pour travailler à la construction de la ville. Un petit train reliait la prison à l’actuel parc national de Terre de Feu où étaient envoyés les bagnards pour exploiter les forêts et rapporter le bois nécessaire aux constructions. Nous passons l’après-midi dans ce musée à en apprendre un peu plus sur les peuples indigènes et les premiers colons ainsi que sur les explorateurs.

Le soir, notre deuxième rendez-vous important arrive. Direction l’aéroport d’Ushuaia pour accueillir…Papy et Mamie! Nous sommes tous très émus de nous retrouver après ces 4 mois de séparation! Nous nous rendons dans le Air BnB loué pour trois jours et passons une belle soirée de retrouvailles à raconter nos aventures et à lire les courriers des copains des enfants.

Nous passerons les trois premiers jours à visiter Ushuaia et ses environs: le parc national Tierra del Fuego et la laguna Esmeralda. Ces petites randonnées de mise en jambe nous permettent de profiter des uns des autres, de nous raconter tout ce que nous n’avons pas pu nous dire en 4 mois et de nous délester un peu des enfants qui sont ravis d’avoir de nouvelles oreilles à leur écoute! Le parc Tierra del Fuego est joli mais pas transcendant. Les sentiers déambulent tantôt dans la forêt de lengas, tantôt dans de petits marais semés d’herbes hautes et de petits arbustes épineux. Nous longeons un grand lac dans lequel plongent de basses montagnes aux sommets enneigés. De l’autre côté, le parc est bordé par le canal de Beagle qui apporte sur le rivage d’énormes moules agripées aux rochers. Sur la plage se trouve la poste du bout du monde, le bureau de poste le plus austral de la planète. La visite se réalise dans la journée et les sentiers ne présentent pas de difficulté particulière.

Le soir, nous profitons de l’ambiance de la ville en nous baladant sur la rambla et en allant manger une planche dans le bar Patagonia, marque d’une bière artisanale créée en Patagonie.

Nous finirons notre séjour ici par la célèbre laguna Esmeralda, un petit lac vert émeraude que l’on découvre après une randonnée de 9km à travers une forêt puis une zone humide longeant une rivière sur laquelle les castors ont construits d’énormes barrages et enfin un petit pierrier. C’est la première lagune d’une longue série que nous découvrons avec beaucoup de ravissement. Nous ne sommes pas seuls sur cette balade phare des environs d’Ushuaia. Certains continuent jusqu’au glacier, nous nous contenterons du pique-nique au bord de l’eau avant de redescendre. Pour finir, nous irons visiter rapidement le secteur du glacier Martial, qui n’est autre que la station de ski en hiver. Comme dans toutes les stations de ski, le paysage est dénaturé par les infrastructures et les travaux estivaux. En revanche, la vue sur Ushuaia depuis la piste de ski est très jolie.

Avant de partir, nous postons nos cartes postales du bout du monde, espérant qu’elles arriveront avant notre retour!

A partir de demain les choses sérieuses commencent…